Soviet scientific institutes

Soviet scientific institues
Eric Lusito
Fuel Publishing
ISBN 978-1-06-829460-0
37 euros 
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Non ce n’est pas du braille mais des bandes perforées informatiques. Voilà des touches en relief que parcourent nos doigts qui glissent sur cette couverture de livre. Au-dessus, une photo, ce n’est pas un piano mais une salle de contrôle d’un de ces instituts.

 L’odyssée d’un monde en ruine mais qui vit encore. 

Non, ce n’est pas de la science-fiction, ce sont bien des photographies du présent, celles d’Éric Lusito. 

Quatre années de voyages, d’allers-retours dans ce qui fut un empire disparu, à travers l’ancien bloc soviétique : Arménie, Ouzbékistan, Kazakhstan, Géorgie, Lettonie, Roumanie, Hongrie et bien sûr, et surtout l’Ukraine. Un archipel d’instituts scientifiques, de laboratoires, de machines étranges, parfois à l’abandon, agonisants ou maintenus en vie par des savants obstinés.

Des installations dressées dans des paysages grandioses, immenses, semi-désertiques : montagnes, forêts, steppes, griffées par des enchevêtrements métalliques incompréhensibles. D’immenses entrelacs de ferrailles, de métal, des forêts d’antennes qui sont en réalité des outils de recherche. Parfois, on pourrait croire à des œuvres de land art, à des sculptures contemporaines. Quelques arcs de Bernar Venet, quelques plaques en équilibre instable de Richard Serra, mais surtout les entrelacs d’acier de Mark Di Suvero. Mais non, ce sont des instruments scientifiques.

Et là, au milieu de tout ce métal, paissent des vaches, et puis là encore un chien solitaire, et ailleurs une vieille voiture verte venue d’un autre temps.

À l’intérieur on dirait un capharnaüm, mais tout est bien à sa place. Un décor de sculptures colorées, des boutons partout, des tuyaux rouges, jaunes, bleus, verts, des téléphones d’un autre âge. Le royaume d’un docteur Folamour. Nous sommes chez Kubrick, ou chez Jules Verne avec le savant fou Thomas Roch. 

Mais attention, ici et là, un portrait de Lénine, et puis des portraits d’Igor Kurchatov, le père du programme nucléaire soviétique. L’histoire passée nous interpelle et pourtant nous sommes bien dans le présent. Le passé n’est pas passé.

Le temps semble comprimé, aplati, replié. Sous les portraits des fondateurs, sous les affiches soviétiques défraîchies, quelques scientifiques poursuivent leur tâche. Derniers habitants d’un monde disparu. Des professeurs Tournesol en chair et en os. 

À travers ce livre et ces photographies, entre des tempêtes de neige et la chaleur des réactions thermonucléaires, entre l’observation des rayons cosmiques et celle de phénomènes invisibles, entre les laboratoires et la chaleur des fours solaires, Éric Lusito nous amène dans un voyage singulier. Dans le domaine du rêve, d’une certaine mélancolie mais aussi dans la dureté du monde actuel. Un voyage où l’utopie technique – ou la folie diront certains – continue de battre dans les décombres de l’histoire.

 Éric Lusito possède cette capacité de nous montrer les soubresauts d’un monde qui s’éteint sans mourir.