Les géométries urbaines en suspens d’André Guenoun

Éléments
André GUENOUN
Préface Arnaud Claass
Éditions NAIMA
ISBN 978-2-37440-254-3
28 euros 
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Le livre au format de faux carré est protégé par sa couverture cartonnée, un bandeau en bas de page donne le titre en majuscules « ÉLÉMENTS » accompagné du nom de l’auteur André GUENOUN. Une table de pierre et son ombre portée jouent pour nous en un noir et blanc contrasté l’habile parodie de la suspension en apesanteur. En quatrième de couverture, l’indication Éditions NAIMA 2026 est précédée d’un court texte signé Arnaud Claass.

Qui mieux que lui, qui défend en France depuis plus d’un demi-siècle dans ses œuvres comme dans ses essais, les pratiques de la photographie directe, straight photography dit on en anglais, pouvait mieux prétendre à préfacer cet ouvrage. Question de filiation, en dehors de sa propre postérité, Arnaud Claass assimile justement cette esthétique rigoureuse à celle d’Aaaron Siskind et du Friedlander de Letters to the People. Il évoque ces images comme « de petites épiphanies » constituant « une œuvre de célébration musicale des apparences ». Il énumère les formes et figures saisies dans leur simplicité, autour des paramètres de l’anguleux, du triangle et de l’arrondi, et lit les différents fragments trouvés dans la quête citadine, tels les motifs géométriques des tests visuels proposés par les neuropsychologues.

En effet, accompagnant le photographe dans sa dérive urbaine, nous sommes confrontés à des visions singulières qui restent à déchiffrer de sols et de murs, d’éléments du quotidien, grilles, plaques d’égout, anneaux, tuyaux, rubans et déchets de tous ordres. Une sorte de « Parti-pris des choses » en dysfonctionnement, dont le sens reste en suspens. Mais écoutons plutôt Georges Braque « Oublions les choses, ne considérons que les rapports ». Dès lors nous ne pouvons que nous intéresser à ces aspects de traces en cours d’effacement, de cartographie devenue illisible, sans référence. Nous comprenons alors que ce choix exclusif du noir et blanc est lié à la spécificité photographique, quand nous savons qu’André Guenoun est aussi peintre. À propos de sa dernière exposition picturale de limons, j’évoquais les « territoires imaginaires de ses fluidités sensibles », terme qui pourrait définir beaucoup des images ici reproduites. À la vacuité poétique du monde quotidien dans nos villes, ce livre semble répondre de façon sensible et créative à cette interrogation de Bernard Noël dans La chute des temps :
« qui donc voudrait
sentir sur la peau de ses yeux
autre chose que le vide du monde ? »