Les faits. La veille du vernissage, le 13 mai 2026, à l'Alliance française de Botafogo (Rio de Janeiro, Brésil), l’exposition la « Petite Encyclopédie Sociopolitique Illustrée du Brésil Contemporain » d’Andrea Eichenberger, est annulée et démontée.
Raison : L’Alliance française, en tant qu’institution culturelle et association brésilienne est tenue à une stricte neutralité politique et ne peut maintenir l’exposition d’un travail artistique comportant « des prises de position politiques explicites sur la vie politique brésilienne et des acteurs politiques nommément cités ».
Les faits posent plusieurs questions. Pourquoi programmer l’exposition d’un travail artistique dont on sait, par des présentations précédentes – 2021, festival Fictions documentaire de Carcassonne ; Festival international de photographie et d’arts visuels de Covilhã (Portugal) ; festival FestFoto de Porto Alegre (Brésil) ; festival Photaumnales –, qu’il ouvre à un débat politique ? En programmant une exposition, qui engage un travail spécifique de l’artiste, de la commissaire d’exposition et de toutes les personnes qui participent à son accrochage, ne s’engage-t-on pas, juridiquement et moralement, à mener le projet jusqu’au bout ? En régime démocratique, y compris dans un contexte diplomatique international, qu’est-ce que la neutralité politique ?
Tout en prenant acte de la violence que manifestent les faits, cette dernière question vaut peut-être d’être examinée avant d’aborder le contenu du travail de l’artiste. Dans le domaine politique, puisque c’est ce qui est en jeu – L’Alliance française, ONG culturelle, a, entre autres, pour mission de « promouvoir la diversité et le dialogue entre les cultures » –, comme dans le domaine axiologique, la neutralité ne signifie pas le refus du débat, des recherches et des opinions contradictoires mais le refus d’en adopter une ou de lui donner une valeur supérieure aux autres sous prétexte d’un contexte politique. Dans le domaine culturel, l’artiste est libre de ses questionnements et de leur mise en image dans la limite de son inscription dans les lois et les valeurs démocratiques et de leur respect. L’exposition est source d’un dialogue où peuvent être développées toutes les argumentations contradictoires et l’honneur revient à l’institution qui l’accueille d’en être le vecteur.
Revenons-en à l’exposition. Elle est le résultat d’un travail artistique réalisé en collaboration avec des chercheurs de différentes disciplines. Ce travail rassemble des photographies d’objets, de gestes et d’éléments de la vie quotidienne brésilienne qui ont acquis une connotation politique au cours de dix années (2013-2023). Que voyons-nous ? Sur fond blanc, des images de coxinha (pâte farcie au poulet), de mortadelle, du maillot auriverde de la Seleção, d’un couteau, du lava jato (nettoyeur haute pression)…, autant de mets et d’objets qui ont pris au Brésil, ces dernières années, valeur de symboles et sont le sujet de débats où s’animent des oppositions politiques virulentes qui dérivent quelquefois vers la violence. Faut-il pour autant exclure l’artiste qui met en scène cette symbolique de la société brésilienne ? Ce qui semble faire problème, c’est que ces images sont accompagnées de textes rédigés par divers scientifiques, historienne, anthropologue, chercheuse en art et langages, architecte-urbaniste… qui creusent « le dessous des images ». D’implicite le sens porté par l’image s’ouvre à l’explicite sans pour autant dénier à celles et à ceux qui les regardent leur liberté d’imaginaire et d’interprétation. Là se trouve la neutralité sans le risque de tomber dans une novimage qui dispenserait de toute pensée spéculative et de toute contestation.





