Monet au Havre, l’hommage d’une ville

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L’exposition Monet au Havre du Musée d’art moderne André Malraux (MuMa) est consacrée au cercle familial et aux années de jeunesse du maître de l’impressionnisme. Le talent précoce de Claude Monet se révèle par ses premiers carnets de dessins, ses caricatures et s’affirme à travers une centaine d’œuvres. En contre-point, les fresques Water Lilies #1 et #2 de Ai Weiwei, pour le volet Art contemporain initié par le festival Normandie Impressionniste, constituent l’un des atouts de la scénographie. 

Claude Monet Le Bassin du Commerce, Le Havre © MBA La Boverie, Liège

Deux premiers carnets de dessins

L’exposition en hommage à Claude Monet (1840-1926) pour le centenaire de sa disparition s’inscrit dans la continuité du livre Monet au Havre, les années décisives, publié en 2016, sous la direction de la commissaire d’exposition Géraldine Lefèvre. Né à Paris, l’enfant Oscar Claude suit sa famille dans la cité portuaire en 1945, l’année même de l’inauguration du Musée des Beaux-Arts. L’édifice disparu à la Seconde Guerre mondiale est le sujet de certaines toiles dont Le Bassin du Commerce (1874), et de photographies, notamment Musée-Bibliothèque et ville du Havre (1856) d’Auguste Le Gray (1820-1884). Ce musée devenu le MuMa a été rebâti en bordure de l’estuaire de la Seine. L’activité portuaire et la luminosité du Havre conviant mer et ciel ont attiré de nombreux artistes au XIXe siècle, et inspiré Impression Soleil Levant (1872) qui a donné son nom au mouvement de l’impressionnisme. 

Exposition Monet au Havre, MuMa Le Havre, portrait de Claude Monet © Etienne Carjat, photo Fatma Alilate

Après l’œuvre monumentale Water Lilies #1 de Ai Weiwei (1957), un portrait de Claude Monet accueille les visiteurs. Elégamment vêtu, il a vingt-cinq ans, et est déjà Parisien. C’est après un revers financier que son père Alphonse Monet s’installe au Havre, auprès de son beau-frère, grossiste en épicerie, et de sa demi-sœur Jeanne Lecadre. La maison des Lecadre dite Le Coteau apparaît dans Jardins en fleurs à Sainte-Adresse (vers 1866). 

La tante de Claude Monet est peintre amateure, et découvre son talent de dessinateur. Elle l’aide financièrement lors de son installation à Paris – Monet reste fidèle à sa mémoire bien plus qu’à celle de ses parents. Une photographie la montre âgée, aux côtés des parents du peintre et de Léon Monet (1836-1917). Le frère aîné est aussi d’un grand soutien et il est un défenseur de la peinture moderne. Très tôt, Léon Monet achète des toiles, et c’est dans sa descendance que l’on retrouve les deux premiers carnets de croquis de son cadet, datés de l’été 1856. Certains feuillets sont exposés pour la première fois. 

Oscar Claude Monet a quinze ans, et explore avec assiduité le dessin sur motif. Il progresse très rapidement, son trait est sûr. À cette même période, il réalise des caricatures de notables et de figures familières du port havrais. Monet les signe de son premier prénom Oscar. En 1857, après le décès de sa mère, il devient commis dans le commerce familial, et vend avec succès ses portraits-charges, présentés dans la boutique d’un encadreur aux côtés de tableaux d’Eugène Boudin (1824-1898). L’artiste invite le jeune Monet à une leçon de peinture de plein air. Cette expérience est cruciale dans sa vocation de peintre. 

Claude Monet, Vue prise à Rouelles © Bridgeman Images

Une section réunit deux tableaux peints côte à côte par Boudin et Monet. Vue prise à Rouelles (1858) est signé O. Monet, et c’est son premier tableau. Il a dix-sept ans et développe une attention à la lumière, l’atmosphère. 

Les œuvres aux approches distinctes n’avaient plus été réunies depuis une exposition municipale, juste après leurs réalisations, en août 1858. Plus étonnant, ces paysages appartiennent au même musée japonais qui a accepté le prêt. Le directeur est venu en Normandie et a découvert le site de Rouelles, tout près du Havre.

Monet, Jardin en fleurs à Sainte-Adresse © Musée Fabre, Montpellier

« Un dédain méprisant pour les arts »

Monet s’installe à Paris grâce à la vente de ses caricatures et le soutien de sa tante, il choisit le prénom Claude et délaisse sa pratique de caricaturiste qui lui a appris à saisir un tempérament. Il s’inscrit à l’atelier du peintre Charles Gleyre (1806-1874). Par la suite, il ne reconnaît que Boudin comme premier maître en peinture, et l’influence de Johan Barthold Jongkind (1819-1891), pour son traitement des variations lumineuses. 

Il rencontre Auguste Renoir (1841-1919), et Frédéric Bazille (1841-1870), son grand ami qui l’aide financièrement jusqu’à sa disparition prématurée à l’âge de vingt-huit ans, sur le champ de bataille. 

Claude Monet, La Cabane de Sainte-Adresse © Musée d’Art et d’Histoire de Genève – Flora Bevilacqua

Les portraits des parents de Monet introduisent dans la sphère familiale. Comme l’a rappelé l’artiste au quotidien Le Temps, en 1900, il venait « d’un milieu tout d’affaires où l’on affichait un dédain méprisant pour les arts. » Lorsque le jeune Oscar Claude Monet affirme sa vocation de peintre, ses parents s’y opposent. Dans la continuité du parcours, le portrait d’Alphonse Monet peint par son fils en 1865, provenant d’une collection particulière, est pour la première fois exposé. D’autres portraits de Camille Doncieux, sa première épouse, et de ses deux fils Jean et Michel, renvoient à une longue période de grande précarité. 

Le portrait en pied de Madame Louis Joachim Gaudibert (1868) est l’une des premières œuvres de Monet. L’époux est un important collectionneur et mécène du peintre – d’autres négociants havrais font l’acquisition de tableaux à partir de la décennie 1880.

Claude Monet, Les falaises de Varengeville © MuMa Le Havre

Au fil du parcours, Monet est de nouveau réuni à Boudin. À la section des Natures mortes, alors que Monet a à peine la vingtaine, son talent est écrasant. Nature morte : carafe, pain, vin (1862-1863) offert à son maître en peinture, est un chef-d’œuvre. Le jeune Monet révèle lumière et transparence, avec en arrière-plan, une porte et le cadrage angulaire d’un tableau. Dans les années 1860, il est encouragé par le peintre Armand Gautier (1825-1894), ami de sa tante, qui rend compte de sa vie parisienne, et de son premier succès, La femme à la robe verte (1866). L’exposition qui couvre la période de 1845 à 1874 – année du premier Salon des impressionnistes –, se conclut sur l’importante donation en 1910 à la Ville du Havre : Les Nymphéas (1904) – un paysage d’eau –, Les Falaises de Varengeville (1897), et une vue du Parlement de Londres (1903).

Exposition Monet au Havre 
MuMa, Le Havre 
Commissariat de l’exposition : Géraldine Lefebvre, directrice du MuMa, assistée de Michaël Debris, chargé des collections du MuMa et de Pascal Perrin, historien de l’art.
Volet contemporain Ai Weiwei : Géraldine Lefebvre, directrice du MuMa, et Philippe Platel, directeur du festival Normandie Impressionniste.
Du 5 juin au 27 septembre 2026
Catalogue Monet au Havre, éditions Octopus, 280 pages, ISBN : 978-2-900314-66-1
Exposition labellisée Exposition d’intérêt national par le ministère de la Culture.