
Ne pas fermer les yeux (sur Gaza ciblée)
Jean-Pierre Chambon
Éditions AL Manar 2026
ISBN 978-2-36426-441-0
12 euros
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Lire aussi
Les yeux de Gaza
Fatma Hassona et Sepideh Farsi
Editions Textuel 2025
ISBN 978-2-38629-128-9
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Au Festival de Cannes 2025 le film de la réalisatrice d’origine iranienne Sepideh Farsi « Put your soul on your hand and walk » a attiré simultanément l’attention sur l’œuvre de la photographe palestinienne Fatma Hassona et sur son meurtre et celle de sa famille par l’armée israélienne. Les éditions Al Manar ont publié récemment le livre de Jean-Pierre Chambon « Ne pas fermer les yeux » complété par le sous-titre indiqué non pas sur la couverture mais en première page « (sur Gaza ciblée) ».
Les éditions Al Manar défendent Arts et littérature de Méditerranée. Ils ont déjà publié une dizaine de livres sur Palestine et Proche-Orient, dont « Pluie sur la Palestine de Salah Stétié ou « Dessine-moi une Palestine heureuse » de Kebir Ammi. « Ne pas fermer les yeux est un tout petit livre d’une vingtaine de pages au format 17×12 cm. Son auteur Jean-Pierre Chambon est un poète français né en 1953. Après des études de philosophie, il a travaillé comme journaliste et depuis 1981 publié essentiellement de la poésie souvent illustrée d’œuvres de peintres et plasticiens ou de photographes comme Tristan Valllès ou Jacqueline Salmon. Depuis 1991 il co-anime la revue Voix d’encre.
Fatma Hassona est née à Gaza en mars 2000, diplômée en multimédia du collège universitaire des sciences appliquées de Gaza, à partir du 7 octobre 2023 elle documente la vie dans sa ville après les bombardements israéliens. Alors que les journalistes étrangers sont interdits d’entrée à Gaza elle témoigne des évacuations forcées, de la destruction des infrastructures, les pertes civiles ainsi que des funérailles. Et « ce terrorisme d’Etat, le recours à la famine, un crime accompli sans arme, sans meurtre ». Surnommée par ses collègues « L’œil de Gaza » elle publie dans The Guardian et autres médias internationaux. Elle organise aussi des ateliers d’écriture pour les enfants. Elle ne manque pas non plus de témoigner de scènes de résilience de leur part. Et pourtant « des deux côtés de la frontière, il n’y a plus d’enfants, celles et ceux qui survivent ne seront plus des enfants, plus jamais. »
Contrairement aux prétextes mensongers de Tsahal c’est bien la photojournaliste qui était ciblée, comme l’a prouvé l’enquête du collectif Forensic Architecture. Jean-Pierre Chambon a cette formule frappante à ce sujet : « Ce sont ses yeux qu’on a voulu fermer définitivement. Pour la punir d’avoir empêché que Gaza demeure un territoire aveugle et que ne reste occulté ce qui s’y commettait. »
Deux photos illustrent le petit hommage, en ouverture avant le texte un immeuble détruit ici et, en première et quatrième de couverture une image latérale se prolongeant sur les rabats la vue d’un marché aux parasols colorés devant une autre bâtisse en ruines. « Alors que Trump fantasme une « Riviera du Moyen-Orient » et que les colons israéliens poursuivent leurs évacuations violentes en Cisjordanie la situation n’aura fait qu’empirer. « Combien d’habitants sont morts sous les tirs et les effondrements, combien de logements, d’hôpitaux, d’écoles, d’universités, de routes et autres structures vitales ont été détruites ? »
Fatma Hassona est le prototype de ces deux cent vingt journalistes palestiniens tués depuis le 7 octobre, quelques mois avant sa mort, elle écrivait : « Si je meurs, je veux une mort retentissante. Je ne veux pas être une simple brève dans un flash info, ni un chiffre parmi d’autres. Je veux une mort dont le monde entier entendra parler, une empreinte qui restera à jamais, et des images immortelles que ni le temps ni l’espace ne pourront enterrer. »
Le film de Sepideh Farsi y a contribué ainsi que le livre signé par elles deux pour les éditions Textuel « Les yeux de Gaza » et l’exposition à l’Institut du Monde Arabeen décembre 2025 ont confirmé son importance, ce petit livre bien écrit en est modestement un partenaire dans un hommage à une démarche d’une bravoure et d’une ténacité rares.

