Mondes en commun, inventaires naturels et humains au Musée Albert Kahn

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Le Musée Albert Kahn de Boulogne-Billancourt présente jusqu’au 20 septembre son 3e festival « Mondes en commun » qui invite onze artistes contemporains à dialoguer avec les collections de l’institution et ses « Archives de la planète ».

Un jury composé de représentants du Musée et de l’association des Amis était accompagné de Marie Robert conservatrice en chef du Musée d’Orsay et de Fabrice Laroche rédacteur en chef de Fisheye Magazine. Les œuvres exposées dans les jardins à l’aide de structures métalliques discrètes et de différentes dimensions regroupent les approches de deux thèmes : la nature en déclinaisons de plantes feuilles, fleurs et fond marin et les humains abordés par micro-communautés dans des créations teintées de sociologie. 

L’australienne Ying Ang collectionne les variétés de champignons sauvages et leur Fruiting Body à trouver dans la proximité de Melbourne. La suissesse Ester Vonplon réunit une série d’empreintes de feuilles, fleurs et tiges réalisées par contact sur un papier sensible directement insolés. Ces photogrammes produits sur des papiers datant de 1907 présentent une sensibilité fragile, elle les dynamise par le titre Battement d’ailes.

Ying Ang
Ester Vonplon

Aux deux extrémités de l’histoire de la nature s’opposent les Fossiles du futur de la Belge Laure Winants et les tout récents New Trees de l’allemand Robert Voit. Ceux-ci sont en fait des poteaux électriques et des antennes déguisés en arbres d’essence locale, pins palmiers ou cactus. Identifiés partout dans le monde ces « fakes » sont clichés frontalement. Dans sa pratique expérimentale entre art et science, Laure Winants avec le partenariat de la Fondation Tara Océan révèle des empreintes de fonds marins sur un support sensible aux acides et à la lumière. 

Depuis plus de 10 ans le français Mustapha Azeroual réalise à la chambre des compilations d’aurores et de couchers de soleil. Grâce à un tirage lenticulaire, il opère des fusions de différentes images qui, par glissement produisent des effets de Radiance

Entre les deux thématiques, l’américaine Barbara Bosworth isole les portraits en pied d’auteurs de baguage des oiseaux qui permettent de suivre leurs migrations. Ces Oiseaux et Autres Anges constituent un témoignage écologique individuel sensible. 

Barbara Bosworth

Au terme trop général de documentaires, les organisateurs utilisent à plusieurs reprises pour les thèmes humains celui d’inventaires qui suppose une pratique sérielle. Cela se vérifie avec les bâtisses portant le numéro 1 de leur rue dans chacun des 20 arrondissements parisiens. Ce dossier Paris#1 de Thierry Bouët avait reçu la mention spéciale du prix des Amis du Musée.Ces vues frontales sont complétées par un sous-texte qui n’est pas sans évoquer l’esthétique de La vie devant soi. Cédric Delsaux avec un socle circulaire blanc transforme ses modèles à Echelle 1:1 en statues incarnant un archétype social.

Thierry Bouët

Originaires des Pays-Bas, Ari Versluis, photographe de mode et Ellie Uyttenbroek , stylise, créent des planches typologiques réunissant des micro-groupes sociaux de Milan, Paris oiu Londres. A la recherche de ces Exactitudes vestimentaires partagées ils produisent des ensembles anthropologiques plein d’humour. 

Gagnant du Prix des Amis du Musée Léonce R. Agbodjélou est originaire du Bénin. Il a convaincu les représentants de la communauté des Egungun de poser pour lui dans leurs habits de cérémonie. Cette première anthopologique les montre comme des monuments de tissus colorés aux origines variées et pleines de symboles. Ils sont l’incarnation des ancêtres et revenants Yoruba. Pour accentuer leur présence majestueuse il a suspendu le mouvement cérémoniel de leur danse pour les figer dans le présent. 

Léonce R. Agbodjélou

Le meilleur dialogue avec les archives du Musée est dû à l’installation de Yasmina Benabderrahmane Fiat Lux dans la Salle des plaques. Ayant récupéré plus de 4000 vues d’une communauté de sœurs dominicaines. Elle en donne différentes approches, éclairées par la transparence des vitres, leur lecture perturbée par les grillages des placards protégeant les photos sur plaque de verre, gisant à plat sur des tables à côté des documents ayant permis leur tirage. 

Yasmina Benabderrahmane