Marie Mons et Clara Chichin deux livres sensibles publiés par la Maison François Méchain

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La maison François Méchain est un lieu de résidences d’artistes et d’écriture en milieu rural. Son projet vise à croiser les disciplines (arts visuels, performance, écriture…) et les générations (artistes confirmés et jeunes diplômés des Écoles supérieures d’art de la Région via le Grand8). Ce lieu privilégie les échanges d’expériences et la production (ateliers, labo photo argentique). Suite aux deux résidences 2025 sont publiés aujourd’hui deux livres d’artiste « Autoportraits » de Marie Mons et « Une possible traversée » de Clara Chichin qui manifestent un certain nombre de préoccupations communes dans leur approche sensuelle. 

Rappelons que François Méchain (1948-2019) était comme il se définissait photographe et sculpteur nomade produisant le plus souvent des installations qui lui ont valu une carrière internationale avec ses œuvres in situ. Nicole Vitré-Méchain sa veuve, a décidé de poursuivre son action en ouvrant cette Maison en 2020. Elle a déjà publié cinq livres suite aux résidences : Manon Thomas « L’odeur de la crème solaire », Yann Leclere & Fanny Mazenoux « Panser de tout son corps », Ihintza-Chloë Hargous « Seuil(s) » en 2023, Lucie Belarbi « Corpus » en 2024 et Mathilde Fraysse « Dans ma chambre » en 2025.

Les deux livres bénéficient d’une élégante maquette par le graphiste Julien Boitias diplômé de l’ENSP d’Arles. Une première couverture sur carton fort comportant une illustration et des rabats est recouverte par une seconde feuille blanche, légèrement plus petite, d’un grammage plus léger portant juste le nom de la photographe et le titre du livre. La mise en page intérieure fait preuve d’une grande liberté qui joue habilement des formats complémentaires, de la taille d’une vignette à la pleine ou à la double page. 

Marie Mons (née en 1984) est une artiste plasticienne diplômée de l’ESAG Penninghen en 2007, qui vit et travaille à Paris. Sa pratique multidisciplinaire englobe la photographie, la vidéo, la performance et les installations immersives comme on a pu le voir ce printemps avec Stella Montis montrée par le GRAPh de Carcassonne. Elle y exerçait déjà des autoportraits dans des sites naturels. 

Le livre est structuré par quatre grands textes poético-critiques de Lucia Jalba écrivaine d’origine roumaine née en 1974 extraits de son ensemble Utopies insurgées, essai intime éco-féministe. Le premier écrit assimile La serre lieu de plusieurs poses à la nécessaire « Chambre à soi » de Virginia Woolf. Le second élargit l’idée de ces lieux propres à l’artiste à l’antique Gynécée. Le troisième Chlorophylle montre son esthétique visuelle métamorphosée par son environnement naturel où la lumière est souvent saisie dans des moments de transition : le long de rangées d’arbres s’estompant dans l’obscurité. Quelques-unes de ces images sont produites en couleurs contrastant avec le noir et blanc en nuances de gris des portraits. Le dernier texte Transmission introduit le second personnage complétant et dynamisant ces autoportraits, une jeune enfant. La référence à la peinture « Die Mutter » de Peter de Hooch nous la laisse envisager comme la fille de l’artiste. Quitter la protection de la serre, c’est s’engager dans la nature au contact des arbres témoins de nuit de l’aventure, gagner les plans d’eau où se plonger pour se régénérer, adulte et enfant, dans la même aventure humaine de reviviscence. 

Clara Chichin (née en 1985) est diplômée des Beaux-Arts de Paris et d’une maîtrise en Lettres, arts et pensée contemporaine, elle fait partie du studio Hans Lucas.

Pour comprendre la subtilité fragile de sa démarche, on peut relire les titres de ses séries « Sous les yeux que quelques minutes épuisent » ou « Entre deux battements de paupière, les plis » « Il est alors possible de risquer le rêve ». 

 Depuis 2012, Clara Chichin développe sa recherche dans une errance sensible au cœur du paysage, de l’errance et du quotidien d’où le titre de son actuel livre d’artiste « Une possible traversée ». Elle en rédige elle-même la préface, en phrases courtes. En préambule elle indique une sorte de programme poétique « images et autres présences au monde ». Elle précise dans le corps du texte : « Chaque image est une rencontre

Dans une logique plus lente, celle de l’attention, de la dérive et de l’imagination. » Puis elle développe sa méthodologie « laisser effleurer les relations discrètes qui relient les corps, les paysages, et les formes de vie. »

Quant aux photographies le livre s’ouvre et se referme sur deux images cosmogoniques en double page de couleurs nocturnes d’une chaleur intense. Une seule image furtive d’un cheval en monochrome bleu fait contraste avec les corps adultes présents dans le cadre qui semblent y flotter tandis que trois images verticales en noir et blanc cadrées sur des torses d’enfant marquent une intimité pleine de prégnance sensible.

Sa palette chromatique quasi picturale qui s’adapte aux vues de nature installe son territoire imaginaire en tissant des affinités incarnées. Elle développe une écriture « écopoétique » qui cherche à mettre en œuvre une forme de réenchantement et de réconciliation.

La maison François Méchain
Lieu-dit Bel-Air
17400 Les-Églises-d’Argenteuil
http://www.lamaisonfrancoismechain.fr