La revue Interstice, sous-titrée Photographie et littérature, est produite à l’initiative de Frédéric Martin qui assure aussi la revue en ligne 5 rue du et Lionelle M (ikonotekphotography.fr). Le premier numéro vient de sortir sur le thème Outremonde.
Cette revue bisannuelle imprimée en risographie voit son tirage limité, chaque exemplaire est numéroté. Les artistes publiés sont rémunérés. Titre et thème sont inscrits en aplats noirs sur le fond gris sombre de la couverture souple. À feuilleter le numéro, on ressent une grande unité visuelle avec des images très contrastées, certaines avec un grain important et relevant d’une même esthétique expressionniste. Cinq portfolios sont ici reproduits accompagnés d’une petite dizaine de textes.
L’éditorial est signé de l’équipe de rédaction, les intentions en sont ainsi énoncées : « Regarder là où on ne regarde pas. Voir ce qui est invisible. Se retourner. Voilà ce qui nous anime, ce qui nous fait vibrer. »
À propos de l’ours, autant on peut apprécier la sobriété de l’esthétique générale, autant il est ridicule que les informations pratiques en troisième page de couverture relevant de la pure communication soient illisibles imprimées en gris sombre sur noir. Seule faute de goût de cette publication.
Les textes sont de deux ordres, les plus courts, ceux qui ont une vocation critique ne sont pas signés et sont donc rédigés collectivement par l’équipe. Deux doubles pages textuelles mettent en place des fictions plus longuement développées. Céline Navarre narre une histoire intime autour de la figure de « L’autre », tandis que Sébastien Berlendis relate un voyage à Phnom Penh dans un récit météorologique intitulée « J’attends l’orage ». Dans « Subliminal », Lilli-Meige Moinon évoque une attente angoissée sur un quai de métro.
Deux artistes femmes représentent des corps en déshérence. Stéphanie Di Domenico cadre en gros plans des corps féminins et masculins réunis en tant que « À corps et à cris » qui ne répondent pas aux standards sociaux de l’esthétique. Oona Skari Duroy pour sa série « Backroads » rencontre des marginaux américains de la ville de Butte dans le Montana qui ne répondent pas aux douteux objectifs MAGA.


Maeva Benaiche expérimente des images impressionnistes aux limites de l’abstraction qu’elle identifie comme la traduction de sa voix intérieure. Jean Puibaraud pour sa série « Ils ont même volé l’horizon » se rend sur une île au sud du Chili dont il approche peuple et paysage.


Le photographe le plus convaincant, Stéphane Charpentier, révèle dans « Alphabet » les failles d’un monde sujet à différentes crises qu’il approche au plus près de ses accidents visuels.


La revue lance dès maintenant son appel à projets pour le second numéro autour du thème Regain.