Rayane Mcirdi. Joyeuse retraite papa

Joyeuse retraite papa de Rayane Mcirdi, 
Commissariat Céline Poulin,
exposition du 24 septembre 2026 au 21 février 2027,
Frac Île-de-France - Le Plateau,
22 rue des Alouettes, 75019 Paris
Vue de l’exposition de Rayane Mcirdi, Joyeuse retraite papa, Frac Île-de-France, Le Plateau, Paris, 2026. Photo : Martin Argyroglo © Rayane Mcirdi / Adagp, Paris, 2026

Autour d’une table familiale, Rayane Mcirdi filme les silences du départ à la retraite d’un père taiseux. Le récit est éclaté en un parcours, épisodes, chapitres ou scènes, qui se prolongent et se répondent d’une salle à l’autre, obscurcies et fermées par des rideaux opaques : une fête de famille ratée qui se termine par un repas improvisé, un dessert chez un glacier de quartier, les derniers jours à l’usine, un déjeuner au restaurant avec les collègues de travail… Entre Dino (Zinedine Soualem), le personnage de fiction, et Aldo, le père de l’artiste qui apparait dans un documentaire à la fin du parcours, les fragments du récit dans une tonalité qui se modifie selon l’état intérieur du personnage, l’appartement familial, l’espace social du travail ou de la banlieue, font parole de mémoires où l’intime et le collectif se fracturent et se concilient.

Dans une précision qui exclut l’explicite, les mots ouvrent l’ordinaire à toute une sensibilité de l’histoire ouvrière : l’immigration et le regard des autres, le bidonville, le bled comme rêve inassouvi, le racisme des années 1960-70 – le choix d’un prénom italien pour masquer le prénom algérien –, les solidarités, le travail comme manière d’exister, la rupture avec l’usine après quarante années de travail, les constructions familiales d’identités générationnelles aux héritages qui unissent et divisent…

Le départ en retraite est un moment de bascule. Les horizons jusque-là cloisonnés des rythmes, des hiérarchies et du collectif de travail, et des relations intrafamiliales sont à réinventer dans leurs émotions et leurs partages de nostalgie comme dans leurs tensions et leurs non-dits. 

Tout en tendresse jusque dans les éclats de voix, l’autofiction restitue l’émotion du souvenir d’un temps suspendu où le présent se construit en incertain, d’un moment charnière où le mélange des cycles de vie contraint chaque génération à affirmer sa place entre transmission et projet, sans toujours comprendre ce qui se joue dans les silences et l’inconnu de la vie du père. Que dire à ceux qui ne disent rien ? Comment filmer leur présence ? Comment le cinéma – le film est tourné en 16 mm – et la vidéo, avec les références dont ils se nourrissent, révèlent-ils et modifient-ils les souvenirs, réconcilient-ils les incompréhensions ?