Le Palais Lumière à Évian-les-Bains invite à la redécouverte de Sarah Bernhardt par l’impressionnante collection de Pierre-André Hélène. Le parcours en six actes est composé de près de trois cents pièces, et propose des extraits de reportages d’époque et la séquence d’un film où Sarah Bernhardt se meurt…

Atmosphère feutrée et intimiste
Évian-les-Bains, ville thermale et de la Buvette Cachat – récemment restaurée –, connaît un important essor dès les années 1880, par l’arrivée du chemin de fer. Les grands hôtels accueillent la haute société et des personnalités comme Sarah Bernhardt (1844-1923), Marcel Proust, Anna de Noailles…
Au son d’extraits musicaux de la Belle Époque, l’exposition Sarah Bernhardt, le mythe vivant, passion d’un collectionneur sous le commissariat de Pierre-André Hélène est introduite en lettres de Lumière. Les œuvres et documents d’archives sont principalement issus de la collection très éclectique de Pierre-André Hélène. Ce grand admirateur de la Divine a été plusieurs années le directeur artistique de l’étonnant Musée Maxim’s, au-dessus du Restaurant Maxim’s à Paris. L’on retrouve au Palais Lumière, cette atmosphère feutrée et intimiste de ce musée-appartement d’une courtisane de la Belle Époque.

L’Acte I dédié aux origines familiales s’ouvre sur une imposante photographie de Sarah Bernhardt et de son fils Marcel.
La mère de Sarah Bernhardt est une demi-mondaine d’ascendance juive, venue des Pays-Bas, qui a su s’entourer de puissants protecteurs. Le premier portrait est celui du Duc Charles de Morny, demi-frère de Napoléon III. Cette personnalité de premier plan du Second Empire a veillé sur Sarah Bernhardt et lui a permis d’intégrer le Conservatoire à l’âge de quinze ans, et la Comédie-Française, à dix-huit ans – elle n’y reste que neuf mois et renoue par la suite. Mais le Théâtre-Français trop codifié ne correspond pas à son tempérament ni à sa quête de liberté artistique.

Les débuts restent compliqués, pour se payer ses premiers costumes de scène, elle mène une vie de femme entretenue. Sa beauté atypique est moquée, mais l’on remarque son abondante chevelure.

Grands gestes et une voix forte
À l’Acte II, Sarah Bernhardt connaît ses premiers succès au Théâtre de l’Odéon. Sa minceur lui permet d’interpréter des personnages masculins comme le jeune troubadour Zanetto, dans Le Passant de François Coppée. Elle triomphe dans le rôle de la Reine dans Ruy Blas de Victor Hugo, qui la surnomme « la Voix d’or ». Son jeu d’actrice s’appuie sur de grands gestes et une voix forte. Sensuelle, elle est pionnière dans son rapport au corps et sait occuper l’espace. Pour interpréter Phèdre, elle demande conseil à ses professeurs. L’un d’eux par des échanges épistolaires lui conseille de laisser la colère de Phèdre, pour puiser dans la douleur. La tragédienne sait expirer, les yeux perdus dans le vide… Le public accourt pour admirer ses derniers instants.
En 1870, pendant la Guerre contre la Prusse, c’est en tant qu’infirmière que Sarah Bernhardt occupe courageusement le haut de l’affiche. Alors que Paris est assiégé, elle transforme l’Odéon en ambulance.

Des robes du couturier Ollivier Henry rappellent son rôle dans la mode. La Divine a longtemps incarné l’élégance française. Elle préférait les robes tuniques aux tissus précieux et aux manches bouffantes, et refusait de porter le corset.
La serrure d’une de ses loges, présentée sous vitrine, pourrait ouvrir le boudoir. Tout à côté, des photographies documentent le décor foisonnant de ses hôtels particuliers.

À l’Acte IV, elle est une star mondiale. La comédienne fascine et cumule les talents : écriture, peinture, sculpture… Icône de l’Art nouveau, elle découvre l’affichiste Alphonse Mucha, et inspire le bijoutier René Lalique. Artiste engagée, elle prend parti pour Alfred Dreyfus et soutient Emile Zola.
Très dépensière – son fils Marcel Bernhardt, joueur invétéré, l’est davantage ! -, l’actrice à la tête d’une troupe et d’un Théâtre renouvelle tenues de scène et décors, pour chacune de ses pièces. « Et voilà ! » annote-t-elle dans un de ses livrets de compte, vidé au dernier centime. Pour remettre à flot ses finances, elle participe à des réclames et part pour des tournées triomphantes en Amérique.
Exposition Sarah Bernhardt, le mythe vivant. Passion d’un collectionneur Palais Lumière, Évian Commissaire : Pierre-André Hélène Conseiller artistique : William Saadé Jusqu’au 3 janvier 2027