Mano manca de Pedro Barateiro

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Exposition au Crédac du 13 septembre au 13 décembre 2026
Pedro Barateiro, Mano manca, commissariat Claire Le Restif, Centre d’art contemporain d’Ivry - Le CRÉDAC, La Manufacture des Œillets, 1 place Pierre Gosnat, 94200 Ivry, www.credac.fr, 13 septembre - 13 décembre 2026. 

 Mano Manca, le titre de l’exposition s’ouvre autant aux symboliques de la main gauche et à toutes les représentations de mains qui dynamisent les dessins, qu’à la main harmonique guidonienne de l’Introdutione facilissima et novissima di canto fermo, figurato, contraponto semplice et, inconcerto… de Vicente Lusitano. Ponctuée de structures chromées aux points cardinaux pendant du plafond, les Bússolas, et de nombres en aluminium peint, les Dates, qui guident le visiteur dans les différentes salles, l’exposition s’entend autant qu’elle se voit. Face à l’installation Poems for Tourists, des pavés de calcaire dispersés au sol de part et d’autre d’un mur, qui rappellent au touriste les trottoirs lisboètes, des lignes, traversées de cils ou de marques de souffle, s’animent, s’étirent, se courbent sur l’écran aux voix de Praeter Rerum Seriem ou à l’adaptation pour flûte traversière du madrigal All’hor ch’ignuda.

La plaque peinte au nombre 46 en référence à Marcelo Caetano et les trois grands dessins de Folklore au crayon graphite et à la gouache en forme de banderole revendicative (Free Trade / Free Speach, The Three Powers, The Attack of the Tree of Knowledge) continuent à emporter le visiteur dans un tourbillon de l’histoire portugaise et européenne, du musicien métis du XVIe siècle, de l’histoire coloniale et de l’esclavage transatlantique et de l’histoire fracturée du christianisme, à l’Estado Novo du XXe siècle et aux manifestations contemporaines contre le sur-tourisme. Oublie-t-on l’histoire ou en sélectionne-t-on les événements en fonction de nos préoccupations ? Quels objets, symboles ou formes pour interroger les imaginaires individuels et collectifs, dire la mémoire des dépossessions, des gestes de révolte, pour construire un temps et un espace d’expression collective ? 

La mise en scène entrelacée sous forme d’adresse au visiteur — les Bússolas, roses des vents et boussoles instruments de la colonisation, la science, le progrès et les chapelets d’une prétendue mission civilisatrice… — remuent la pensée critique des grands discours et récits qui assoient les sociétés occidentales depuis le XVe siècle, autant que des spoliations et des effacements de l’histoire qu’elles ont perpétués.

Les grands principes des démocraties libérales, la libre expression, le libre échange… ne sont-ils qu’un leurre qui cache mal les héritages des empires, de la mainmise sur le monde ? Les personnages polymorphes issus d’un imaginaire médiéval sont-ils les images de la duplicité des consciences anesthésiées par le bien-être et la consommation, engoncées dans le confort au prix de l’oubli — volontaire ou non — des dominations et des exactions, comme y invitent les pancartes dessinées Desert Beach et Beach Bar ? Le tourisme incruste-t-il ses ombres dans le paysage (Ghost Tourism) ?

Au bousculement de conscience des tracés performatifs du crayon sur le papier, quelques Dates donnent des repères : 33, le régime d’Estado Novo d’António de Oliveira Salazar ; 74, la Révolution des Œillets. Une peinture murale de cils, présents dans les dessins et le film d’animation, invite peut-être à rechercher dans notre œil ce qui devrait le dessiller.  

En conclusion de l’exposition, le Crédakino projette trois films de Pedro Barateiro. Love Song, Monologue pour un monstre et My body, this paper, this fire.