Entretiens avec la Terre, Sakurajima de Patrick Rimond

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Entretiens avec la Terre, Sakurajima
Patrick Rimond
Chibi éditions, 2026
40 €
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Patrick Rimond, artiste photographe toujours relié au Japon, son pays de cœur, mène une quête personnelle à travers différentes expériences spirituelles. Une session d’éveil en Normandie avec une chamane l’a amené à s’ouvrir pour écouter de manière encore plus profonde la nature, les arbres, le sol. Ce livre réunit ses photographies réalisées lors d’un séjour au Japon, près de Sakurajima, un volcan, l’un des plus actifs, situé dans le sud de l’île de Kyūshū. Le titre lui-même renvoie à la relation physique et spirituelle qu’il a établi avec cette terre volcanique.

L’artiste photographe a ressenti la puissance de paysages grandioses, a remarqué les renforts – des barrages, des refuges – que l’homme construit pour se protéger des éruptions. « Ce fut une expérience physique forte, à pied » me raconte-t-il. Ses sensations d’être dans le paysage, recentré, se révèle dans ses photographies. Certaines montrent des plantes d’une teinte verte lumineuse, signes de la richesse du sol volcanique. « La nature s’impose, le volcan s’exprime » me confit également Patrick Rimond. Nous songeons en effet à l’humilité que nous devons avoir en prêtant attention à la nature luxuriante typique d’un sol volcanique particulièrement fertile. « Ces paysages appellent à la vitalité. » ajoute Patrick Rimond.

Les contacts de son corps avec le sable et la roche participent de sa découverte d’une relation profondément émouvante avec les paysages de cette île volcanique. « J’ai voulu retranscrire ma quête spirituelle dans ma pratique de la photographie » précise-t-il. Certaines images montrent des gestes qui relèvent du rituel, une flamme, la lumière, des plantes sur des rochers. Peut-être que ces actions constitueraient des offrandes à cette terre volcanique ? D’autres m’émeuvent particulièrement tant le vert des feuilles contrastent avec le gris de la roche. « En marchant, je ressens une part d’inconnu, de joie primaire, magnifique, d’une force, des gestes d’instincts primaires. » ajoute-t-il. Certaines photographies montrent des ouvrages d’art, des protections dérisoires face à la puissance de la nature. D’autres témoignent de moments de méditation, d’écoute. On y ressent les sensations que l’artiste a reçu sur son propre corps.

Ce livre a la particularité de pouvoir être lu dans les deux sens, tel un aller-retour entre les différents sites qu’il a parcouru. Une photographie s’ouvre sur les roches aux teintes rouges, ocre, tandis qu’une autre montre des traces dans le sable, associées à une pierre, témoins de son passage, d’un début ou d’une fin du voyage. Notons les pages blanches entre chaque photographie. Celles-ci permettent une certaine respiration, peut-être celles que nous pourrions avoir dans la nature, en prenant le temps de nous arrêter, de contempler, de nous interroger sur notre place dans le monde fragilisé. Elles imposent un rythme de regard plus lent, la nécessité de ralentir et inspirent à nous raconter des histoires entre chaque image.

En somme, ce bel ouvrage nous invite à nous repositionner en tant qu’être vivant parmi les vivants : une proposition pour être à l’écoute, ressentir une sorte de bien-être et de communion avec la nature.

Pauline Lisowski