La radio est une source non seulement d’information, mais aussi d’imaginaire, parce que, liée à la parole sans image, elle le suscite. Le Théâtre d’Orléans vient de présenter la pièce de Thomas Lebrun « D’amour », qui diffuse sur scène Radio Love. Au premier étage, dans l’espace dédié aux expositions, Cécile Léna met en place une installation « Radio Daisy » composée de 6 cabines individuelles et d’une Panhard 17.
D’amour, un siècle et demi de mélodies dansées
Deux couples de danseurs recréent sur scène une heure d’émission musicale de Radio Love consacrée à une sélection de chansons d’amour interprétées entre 1940 et aujourd’hui. Les liaisons sont assurées par un speaker à l’ancienne qui nous rappelle les titres. Deux de ces chansons sont liées au cinéma avec West Side Story et La Boum, grand amour et premiers flirts. Dans la partie la plus ancienne, les interprètes sont français de Charles Trenet à Piaf jusqu’à Sheila avec une chanson peu connue « Patrick mon chéri ». Puis les tubes en anglais se succèdent. En fond de scène, un rideau de fils où est projeté un cœur permet les entrées et laisse les corps de danseurs se deviner dans une transparence habilement éclairée. Les figures sont relativement classiques, une danse assez fluide y côtoie des attitudes corporelles plus illustratives du propos de chaque mélodie. Certaines semblent prolonger l’esthétique de notre regretté ami, le photographe Tristan Jeanne-Valès et sa série Danse l’étreinte. Une séquence parlée regroupe les confidences des quatre danseurs, hommes et femmes, sur leur premier amour. Zaho de Sagazan conclut la pièce.


Les mythologies d’une fiction documentaire sur Radio Daisy
Cécile Léna présente jusqu’au 31 mars 2026 son installation qui en 6 cabines et une Panhard 17 des années 50, nous invite à une promenade sonore complétée de maquettes colorées.
Les cabines ne peuvent recevoir qu’un spectateur. Métalliques et miroitantes, elles l’isolent par un lourd rideau noir. Un siège le positionne face à un écran d’un mètre sur 70 cm environ lui offrant quand il s’éclaire l’idéal « point de vue du prince ». Un casque audio le place à l’écoute du récit sonore accompagné de variantes lumineuses qui animent la maquette. Les récits sont courts, de l’ordre de quatre minutes, ils ont pour la plupart un fondement historique. Une pure fiction autobiographique nous narre l’aventure du boxeur et de la trapéziste, fable parentale au goût de merveilleux.

Les autres protagonistes sont Hemingway et Sacha Guitry, hôtes de l’hôtel Le Splendid à Dax, où le comédien annonce l’armistice concédé par Pétain. Pour les héroïnes, on peut retrouver Calamity Jane qui adresse une lettre à sa fille. Quant à l’histoire de la radio, dans Une cabine dans le désert on peut identifier la voix nocturne de Macha Béranger et ses conseils intimes sensuellement murmurés.

Un compère de fiction est le réalisateur de films Pablo Pinasco qui, à la recherche du père, prend les intonations du journaliste radio Jean Lebrun ayant prêté sa voix au projet de l’artiste.
Le voyage se termine pour deux auditeurs sur le siège arrière d’une Panhard 17 d’un noir brillant. L’aventure singulière peut y être partagée en couple ou au moins en duo.

Cet excellent travail qui avait connu une première occurrence avec Jazz Box relève de deux courants essentiels de l’art contemporain. Les nombreuses relations filiales évoquées appartiennent aux pratiques des mythologies personnelles. Les extraits sonores en lien à des situations ou des personnages historiques en font une fiction documentaire. Le mélange des paramètres des deux tendances produit une œuvre singulièrement attachante d’une grande puissance imaginaire et sensible qui nous oblige à une participation active relevant de l’empathie teintée d’un peu de nostalgie.