Guerres et paix dans les peintures d’Histoire contemporaine de Luc Delahaye 

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« Je me suis déclaré photographe de guerre à 22 ans et dix-sept ans plus tard artiste », entre les deux séries d’images il revendique une continuité : « Même distanciation, même apparente froideur, même neutralité ». Il est cependant passé d’images de photoreportage pour la presse à des tableaux photographiques pour l’exposition.

Luc Delahaye

Catalogue raisonné 2001-2025
Jeu de Paume, Photo Élysée, Steidl

ISBN 978-3-96999-522-8
Le livre à la librairie du Jeu de Paume

Si les images de guerre et de leurs victimes sont les plus nombreuses, ses images de paix, consacrées à des intermédiaires politiques montrent « l’homme dans un paysage d’évènement ». Cela illustre aussi bien le procès de Milosevic, une visite de presse à Bagdad, l’hôtel Palestine à Bagdad qui les accueille ou le Conseil de Sécurité partenaires économiques censés faciliter la paix, Gênes pendant le G8, le Forum économique de Davos, ou la réunion des pays de l’OPEP ou encore la salle des Marchés du Metal Exchange et la COP 26 à Glasgow. Quand ces images comportent beaucoup de protagonistes elles sont réalisées par un montage à l’ordinateur. 

Mais ce ce sont les images des victimes de la guerre qui utilisent le plus de protocoles techniques variés. Memo dresse les portraits de morts en Bosnie à partir de pages nécrologiques d’un journal de Sarajevo. Musenyi, 2004, nous met face à une cérémonie de funérailles pour quatre-vingts victimes du génocide de 1994 au Rwanda. Réalisées avec un appareil panoramique elles partagent frontalité et monumentalité. Ainsi le Taliban de 2001 pris en plongée et produit comme beaucoup d’autres œuvres en low key dans des ambiances sombres de lumière naturelle. Pour rendre compte du site de A Mass Grave near Snagova (2005), une fosse commune recueillant 104 personnes tuées par les forces serbes de la guerre de Bosnie en 95 plusieurs clichés réunis à l’ordinateur sont nécessaires. Notons aussi le décalage historique entre les événements et leur célébration objet de la photo. Pour cela l’aide d’un archéologue permet ainsi dans Patio Civil au cimetière de San Rafael à Malego de témoigner de l’existence d’un charnier rassemblant 26 opposants au général Franco exécutés en 1939. Il peut encore avoir recours à des mises en scène, ainsi Récolte montre un enfant pendu dans un arbre que l’on imagine mort dans cette vue réalisée près de Naplouse. Utilisant ses propres photogrammes vidéo il compose pour Les Témoins un tableau polyptyque de 18 images réalisées pendant la toilette mortuaire de trois jeunes palestiniens. 

La composition comme les ambiances dramatisées par le contraste relèvent d’une esthétique abordée aussi bien dans la peinture d’Histoire que dans ses versions religieuses.

Ce texte est publié conjointement dans le n°38/39 de la revue AREA Penser la paix 
www.areaparis.com en collaboration avec LIN Xiang Xiong
Une œuvre et un musée pour la paix