« Rien à voir », le roman plasticien de Boris Achour narré par Gaëlle Obiégly

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Le livre de Gaëlle Obiégly « Rien à voir » est un roman à clef qui joue avec intelligence de toutes sortes de références à l’art contemporain à partir des œuvres d’un plasticien français dont le nom n’est révélé qu’à la fin de l’ouvrage. 

Rien à voir 
Gaëlle Obiégly
Éditions Verticales 2026
ISBN 978-2-07-315818-5
21 euros
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Gaëlle Obliégy est née en 1971 à Chartres, elle se revendique écrivaine et performeuse. En lisant le prière d’insérer on pense immédiatement à l’expérience d’Yves Klein à la galerie Iris Clert en 1958 connue comme L’exposition du vide. Son titre plus complexe nous rapproche des préoccupations de l’autrice « la spécialisation de la sensibilité à l’état matière première…. ». Déjà dans « Totalement inconnu » (Christian Bourgois, 2022) elle explorait le rapport intime aux objets. Ici ce sont les liens que nous pouvons entretenir avec les œuvres d’art qui sont à l’étude. Avant d’aborder la méthode narrative il est une autre référence qu’il faut examiner. En évoquant des œuvres qui transitent par le langage on repense à la décision fondamentale de Jean Le Gac de cesser la peinture pour narrer en photo et texte la vie et les créations d’un peintre homonyme Ange Glacé. C’est lui-même qui assure cette narration, alors que dans le récit c’est un assistant dont le roman nous présente longuement l’évolution. Par ailleurs c’est un artiste d’une génération plus jeune, Boris Achour, né en 1966, dont l’œuvre est reprise en charge fictionnellement par la narratrice. 

Introduit en tant qu’Ari Bosochur il est présenté comme « conceptuel dédramatisé ».

Le roman emprunte le titre de ses chapitres à des œuvres spécifiques. Le contact de la narratrice avec la toute première pièce évoquée a lieu dans une bibliothèque municipale : « je tenais donc entre mes mains une œuvre semblable à un livre, la couverture n’indique rien d’autre que UNE SCULPTURE ». 20 exemplaires semblables en ont effectivement été déposés dans chacune des bibliothèques de la Capitale. Faisant métier de la rédaction de fiches résumant des œuvres la narratrice entre en contact avec le plasticien. Ensemble ils évoquent sa seule exposition en centre d’art « Séances » et sa forme performative « visible toutes les heures pendant 40 minutes ». Ses échanges avec l’artiste en cours d’élaboration de son exposition où rien ne sera à voir est encore l’occasion pour l’autrice de raconter ses rapports à d’autres œuvres fortes comme cette grande photo de bundage d’Araki qu’elle ressent jusque dans sa chair. Dans la logique post-conceptuelle où le plasticien se place la conséquence est radicale : « les œuvres d’art disparaitront. Les œuvres devenues invisibles se feront connaître d’une manière ou d’une autre, elles seront racontées d’après des témoignages, d’après des livres. »

D’où l’apparition de cet étrange et attachant médiateur, d’abord identifié comme Mamadou, vigile dans un supermarché, qui après son mariage s’appellera Geoges Ledoux et aura une reconnaissance sociale, en tant que médiateur dans un musée au service de l’artiste. 

D’autres œuvres sont ainsi évoquées comme les performances urbaines minimalistes des « Actions-peu », anonymes et éphémères elles sont réalisées dans l’espca public avec des éléments trouvés sur place ou ce bandeau lumineux à diodes façon Jenny Holzer où « en points de lumière s’affiche la phrase JE NE VEUX TOUT. » La formule évoque celle plus célèbre de Bartleby d’Herman Malville « I prefer not to ». Parmi les autres pièces participant à ces évocations on est confronté aux « Rebuts (The Leftovers) » ou à « Jouer avec des choses mortes » mêlant décors de plateaux télévisés et d’école maternelle. Dans tous les cas on se trouve « face à un jeune type en train de réagencer le réel, à en organiser le chaos. »

Et la narratrice de conclure : « Ses œuvres étaient des idées. Il consacrait l’essentiel de sa vie à leur donner une apparence. » L’intérêt de ce roman est de nous donner l’occasion de revoir les créations protéiformes, néo-conceptuelles et performatives de Boris Achour, dont il constitue un making of plein d’invention et de distanciation critique : à consulter sans aucune retenue https://borisachour.net/.