
Exposition Sous la pluie. Peindre, vivre et rêver Musée des Beaux-Arts, Rouen Commissariat : Jeanne-Marie David, Frédéric Bigo Du 11 avril au 20 septembre 2026 Catalogue Sous la pluie Peindre, Vivre et rêver, Co-éditions Octopus, Musée d’arts de Nantes et Musée des Beaux-arts de Rouen, 304 pages 23 x 29 cm 30 €, ISBN : 978-2-900314-59-3
Sous la pluie. Peindre, vivre et rêver au Musée des Beaux-Arts de Rouen a pour sujet la représentation artistique de la pluie de la fin du XVIIIe siècle jusqu’à notre période contemporaine. Cette traversée conçue dans les grandes lignes avec le Musée des Beaux-Arts de Nantes rassemble tableaux, gravures, photographies… Peindre sous la pluie est un défi pictural, l’exposition montre l’évolution du processus créatif.

Influence des impressionnistes
A la fin du XVIIIe siècle, des précurseurs comme Pierre-Henri de Valenciennes (1750-1819) peignent la pluie sur le motif. Dans son Traité Eléments de perspective pratique à l’usage des artistes (1800), Valenciennes consacre un chapitre aux phénomènes atmosphériques et encourage à peindre en extérieur d’après nature. Il décrit la pluie intense avec des effets similaires à ceux du brouillard. Les études préparatoires sur petits formats panoramiques sont reprises en atelier pour ses compositions. Au début du XIXe siècle, le peintre néerlandais Anton Sminck Pitloo (1790-1837) élève au rang de tableaux ses paysages. A Naples, il fonde l’école du Pausilippe pour favoriser la peinture à la lumière naturelle.
Marine (La trombe) de Gustave Courbet (1819-1877) se caractérise par une densité picturale avec des superpositions de couches de peinture. Le tableau est peint en 1866 pendant un séjour à Trouville, Courbet est alors ami avec James McNeill Whistler (1834-1903) qui réalise à la même période Mer et pluie, une toile plus épurée à l’effet vaporeux – leurs traitements sont radicalement différents.

Ciel d’orage sur l’estuaire du Havre (vers 1892-1896) d’Eugène Boudin (1824-1898) confirme l’influence des impressionnistes. Dès sa rencontre avec Claude Monet (1840-1926), il lui conseille la peinture de plein air. Amateur d’estampes, Monet s’inspire du japonisme par des traits colorés traversant le paysage. Sa production en lien avec ce sujet est très rare. C’est le moment de l’après-pluie qui convient aux impressionnistes, la lumière est particulière, la nature verdit.
Camille Pissarro (1830-1903) s’est par contre intéressé aux effets atmosphériques et a peint plusieurs toiles sur Rouen, ville moderne et industrielle. Quai de la Bourse, Rouen, pluie (1898) relève de son dernier séjour. Le titre de l’œuvre indique l’état pluvieux – l’élément est souvent suggéré par le titre des œuvres car difficilement traduisible de façon picturale.
La pluie et La pluie barre de Patrick Tosani (c) Fatma Alilate
Marqueur social
Au cours du parcours, des œuvres contemporaines entrent en résonance avec différentes périodes de l’histoire de l’art. Massif, nuée (I), diptyque de 2020 de Jean-Baptiste Née (1986), révèle un paysage vaporeux et flou, occulté par une pluie fluide.
Dans une salle, Rain extrait de The Weathers Series de David Hockney (1937-2026), qui se réclamait de l’impressionnisme, décline la pluie de façon graphique : de la goutte à la flaque avec des cercles concentriques. En 1973, l’artiste vit en Californie et il regrette le climat de son pays. Tout à côté, les tirages La pluie et La pluie barre (1986) du plasticien Patrick Tosani (1954) proviennent d’une pluie artificielle créée en studio – une barre transversale contrarie le trajet de l’eau.
A la seconde partie, la dimension sociologique évoque les usages selon les milieux d’appartenance avec un focus sur la campagne. Il pleut bergère (1898) de Georges Henri Fauvel (1861-1911) a bénéficié d’une restauration grâce au prêt à l’exposition. Les paysans confrontés aux éléments continuent à labourer les champs. Le tragique définit Première Pluie (1909) de l’Italien Luigi Nono (1850 1918) : une jeune mère plante un parapluie sur la tombe de son enfant pour le protéger symboliquement de la pluie.

Passage de la planche (1810-1814) de Louis-Léopold Boilly (1761-1845) renvoie à l’état des rues boueuses de Paris qui ne se traversaient qu’à l’aide d’une planche, un passeur était payé. Dans l’étude préparatoire Rue de Paris, temps de pluie de Gustave Caillebote (1848-1894), de 1877, après les grands travaux haussmanniens, le pavé de la ville moderne est luisant sous un ciel gris, les personnages sont protégés par d’imposants parapluies.

La grande affiche publicitaire de Leonetto Capiello (1875-1942) – retenue pour l’affiche de l’exposition Sous la pluie – introduit le parapluie en tant que marqueur social. Dans une galerie, le manche de cet accessoire est richement orné et peut disposer d’une montre. L’exposition se conclue par des photographies poétiques, baignées de reflets d’eau.
