Extérieur Danse, d’autres chorégraphies dans les espaces publiques

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Extérieur Danse
Sylvie Clidière et Alix de Morant
Éditions L’Entretemps
Collection « Carnet de rue »
ISBN 978-2-91287-786-4
29 euros 
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Les éditions L’Entretemps consacrent leur collection « Carnet de rue » dirigée par Claudine Dussolier aux artistes de la rue. Ouvrant leur perspective aux chorégraphes intervenant in situ ils ont publié Extérieur Danse, essai sur la danse dans l’espace public, rédigé par Sylvie Clidière et Alix de Morant. Le livre déjà abondamment illustré est justement accompagné d’un DVD réalisé par Hors les murs. 

Le DVD ne rend compte que de pratiques contemporaines, on y retrouve des chorégraphes connus, pas toujours représentés par leurs pièces les plus médiatisés, ce qui éclaire leur parcours. Le livre s’ouvre en revanche sur un certain nombre de références historiques. Un premier rappel fait revivre une pièce mal connue « La cavalcade des arts et métiers » de Rudolf Laban réunissant en 1929 près de 20 000 personnes de la Guilde des métiers de Vienne. 

Dès 1955 Anna Halprin avec son Dancer Workshop investit rues, magasins et parkings. Etendant son action, cela donnera « City Dance » en 1976/77 à travers tout San Francisco. Elle appartient ainsi à cette esthétique initiée avec le Judson Dance Theater.

Anna Halprin, Automobile Event

Dans les années 1960, les rues sont aussi investies par des théâtres de guérilla comme Bred and Puppet, San Francisco Mime Troupe ou Teatro Campesino.

Parmi les œuvres les plus célèbres, l’étude rappelle les Roof Pieces de Trisha Brown. L’intérêt du livre est de porter l’accent sur des actions moins connues, comme les Danseurs tous en Seine d’Odile Azagury en 1984, regroupant plus de 300 artistes, dont Carolyn Carlson, suivis sur un Bateau-Mouche. 

Roof Piece, Trisha Brown

Parmi les nombreux festivals inaugurés dans ces années 1970, il est important de rappeler l’action de Danse à Aix avec une performance urbaine comme Vol d’oiseaux d’Odile Duboc en 1981.

Il est intéressant que les regroupements thématiques du DVD ne correspondent pas aux approches théoriques plus généralistes des chapitres du livre. Les premiers révèlent la transformation du corps devenu aérien ou liquide, sont évoqués ensuite divers lieux d’intervention nouveaux, l’asphalte, le paysage, les chantiers, le patrimoine et puis divers modes d’action, les incursions et les danses partagées.

Le premier chapitre de l’essai « L’expérience extérieure » met en avant de nouvelles relations à la création déjà expérimentées dans le land art ou la performance. Des états de corps différents y sont expérimentés, proches des circassiens avec des danseurs évoluant dans l’espace, ceux de Daniel Larrieu dans la piscine. De Waterproof et ceux de Kitsou Dubois en apesanteur. 

Daniel Larrieu, Waterproof

Pour investir l’asphalte, la marche est mise en œuvre sur le modèle inauguré par Steve Paxton. Elle se transforme en évoluant sur les scènes urbaines du hip-hop. 

Un deuxième mouvement étudie la « Dynamique des lieux » ainsi impliqués. La ville devient scène chorégraphique avec des sites dédiés et son patrimoine sans oublier ses non-lieux. Les parcs font aussi l’objet d’interventions dansées. Un sculpteur comme Christophe Gonnet y installe des créations en métal, comme son « Lit de crête » investi par un danseur. 

Le chapitre suivant recense « les danseurs tout terrain ». Il peut s’agir d’employés municipaux comme ceux qu’IDCore active dans Danseurs de surface, la troupe de Nathalie Collantes investit les médiathèques et la compagnie Pierre Deloche se propose d’Habiter différemment l’usine

IDCore, Danseurs de surface

Le patrimoine accueille l’éphémère dansé. Carolyn Carlson collabore avec Anselm Kieffer pour Monumenta au Grand Palais en 2006. L’année suivante, c’est Daniel Larrieu qui, dans le même cadre, dialogue avec les sculptures monumentales de Richard Serra. D’autres collaborations autour du vêtement ont lieu entre Aline Ribière et Karine Saporta. Les interventions de danseurs et troupes sont nombreuses dans l’institution muséale depuis les années 1990. On peut noter la parfaite adéquation entre l’improvisation de William Forsythe face à un autoportrait de Francis Bacon « Corps étrangers » au Louvre en 2006. Certaines abbayes, comme Royaumont ou Jumièges, deviennent régulièrement le foyer de spectacles dansés.

Carolyn Carlson, Anselm Kiefer
William Forsythe, Francis Bacon

Le dernier chapitre aborde entre « Danse et territoires de l’image », notamment avec les variantes en projection ou installation de vidéodanse. Un exemple des plus créatifs en est Wim Vandekeybus. Cela peut doubler aussi des réalisations cinéma, ainsi Ellis Island de Meredith Monk et Bob Rosen vient après la version initiale de Perec et Bober. Débordant vers les nouvelles technologies, les installations de Nicole et Norber Corsino déploient des univers fantastiques où dansent leurs avatars.