N’oublions pas que le Off a été créé dans les années 90 par Christophe Laloi et Aline Phanariotis jusqu’à connaitre un développement international, après avoir été sinistré par Marta Gili qui s’est opposé à ce que Voies Off se voit attribué les anciens locaux de l’ENSP de la rue des Arènes comme l’avait prévu le maire Hervé Sciavetti, plusieurs années de déséquilibre se sont écoulées avec diverses tentatives de récupération sans véritable projet, jusqu’à ce que Florent Basiletti le reprenne il y a deux ans après avoir fait ses preuves auprès de la Fondation Manuel Rivera Ortiz. En s’accordant avec Juliette Larochette ils ont fondé la structure de La Kabine et publié un catalogue très complet qui cette année présente 150 expos dans toute la ville.
Durant la semaine d’ouverture, avec quelques repérages préliminaires et des rencontres de hasard, j’ai vu un certain nombre de propositions individuelles en galeries et deux expositions collectives, dont celle organisée par la Kabine à l’Espace du Printemps Au bord des mondes sous titrée Habiter les territoires et survivre aux fractures et l’exposition organisée par Nicolas Havette à l’Étoile de la Roquette sous le titre (Dé)GéNéRé(e)S.
Parmi les artistes les plus connus, on doit citer Bernard Plossu à l’Atelier Cinq avec l’essai de Guillaume Geneste D’un livre à l’autre Édition Marval, place Voltaire, Joan Foncuberta Trauma, une archéologie visuelle de l’image en disparition, chez Arthur et Janine et la conférence sur ses dernières recherches photo et peinture sur verre de Corinne Mercadier, séries La nuit magnétique et Opéra silencieux à la Fondation des Treilles.
La galerie Le lac gelé dirigée par Richard Petit poursuit ses propositions exigeantes avec la lituanienne Liis Lillo qui présente sa Cabane intérieure, ses architectures modestes en milieu rural à la dimension du corps. Pour Les effacées Didier Barcelo, galerie La mercerie, choisit lui aussi décors urbains et architectures pour évoquer en photo et texte le destin de femmes écossaises accusées au XVIe et XVIIe siècle de sorcellerie. À partir d’une recherche à l’Université d’Édimbourg, il a mené un road trip en quête des lieux où elles ont vécu.
Sylvie Romieu présente avec Apnea, galerie Le corridor, une série de photographies de sculptures en cartes de géographie, en lien avec un territoire refuge, de l’imaginaire. Ces paysages mentaux en couleurs pastel suggèrent un univers fragile en devenir d’une grande poésie. Ses sculptures végétales faites de brindilles, d’herbes sauvages et graines glanées dans son territoire représentent de délicats habitacles.
L’exposition de la Kabine présente notamment First Generation de Carolina Arantes qui met en valeur les femmes françaises d’origine africaine née dans notre pays, Dans ma chair un pays de Nathyfa Michel qui met en perspective l’appartenance à une identité par delà métissage et diasporas, PROCESSIONS, Spirituality, Ritals and Suvival in the Age of the Anthropocène d’Arnold Fokam et Au-delà du ciel et de la mer d’Ismaïl Abu Hatab prix photo du CCFD Terre Solidaire qui documente poétiquement le quotidien des familles déplacées à Gaza. Autant de chantiers visuels d’une grande force de témoignage sur des communautés peu mises en avant.
Le propos de Nicolas Havette est différent mais tout aussi engagé, sur les trois niveaux de l’immeuble ancien de l’Étoile de la Roquette quelque peu vétuste, il a réuni une vingtaine d’artistes qui mettent à l’épreuve le concept de (Dé)GéNéRé(e)S utilisé par les nazis à l’encontre d’un art radical opposé à leur néfaste idéologie. La montée récente mais générale des menaces populistes et d’extrême droite oblige les artistes à prendre parti. L’accrochage façon cabinet d’amateur du XIXe siècle qui sature les murs du sol au plafond, oblige les visiteurs à prendre en compte les effets de sens générés dans les proximités. Parmi les artistes présents, on trouve d’anciens diplômés de l’ENSP comme Alexa Brunet, Isabelle Ha Eav, Lilie Pinot ou Luc Texier. Ils côtoient d’autres créateurs, tels Jean-Christian Bourcart, Denis Darzacq, Ayline Olukman, Françoise Lambert, Dune Varela ou Roger Ballen.




