FRAC Centre-Val de Loire jusqu’au 23 août 2026
Les crises climatiques et les guerres et conflits politiques exigent que les architectes ne se contentent plus de bâtir, mais tiennent compte de ces conditions nouvelles pour apporter des solutions réparatrices. Pour en témoigner, le FRAC Centre-Val de Loire reprend le projet Vivre avec …de la 19e Biennale de Venise monté par Jakob+MacFarlane pour le pavillon français, le mettant en résonance avec un choix d’œuvres de la collection permanente. La nouvelle directrice des Turbulences, Christelle Kirchstetter, écrit qu’il s’agit d’explorer « une architecture de l’attention, de l’adaptation et de la cohabitation ».

L’exposition se décline en six chapitres thématiques évoquant : l’existant, les proximités, l’abîmé, la nature et le vivant, et les intelligences réunies.
Une nouvelle attitude s’est manifestée pour prendre en considération l’existant : plus de démolition systématique. Tous les bâtiments qui peuvent être réutilisés sont transformés pour de nouveaux usages. Ainsi, les façades historiques ou les structures externes sont conservées et les espaces intérieurs rénovés. Aux États-Unis on peut penser au Forest Building BEST imaginé par James Wines dans l’esprit du land art. Quant aux situations idéologiques suite à l’invasion russe en 2022, on peut consulter l’Atlas des écoles d’Ukraine en temps de guerre de Martin Duplantier, Andrii Shtendera, Ustym Khudziak, Iryna Herts, Iryna Dovgopoliuk et Vitaliy Tomak, ainsi que la Cathédrale souterraine de Pascal Häusermann.
Dans la prise en charge des proximités, il faut tenir compte du contexte local en optimisant ses ressources, sans compter l’utilisation de matériaux déconsidérés, sans négliger non plus les savoir-faire traditionnels. Un exemple significatif en est le Projet 8 de la Fondation Luma en Arles réhabilitant des bâtiments industriels de la SNCF grâce à plus de vingt matériaux issus de déchets biologiques, géologiques et urbains et sur un plan conceptuel plus théorique, le programme Ricupero et Reinvenzione de l’artiste italien Ugo La Pietra.

Trois motivations essentielles permettent de vivre avec l’abîmé : restaurer, reconstruire et réconcilier, cela rejoint l’esthétique du care développée en arts plastiques. Il s’agit d’imaginer des protocoles réparateurs conciliant pour un avenir plus radieux mémoire et innovation. Les gains attendus agissent comme des catalyseurs pour un renouveau social, économique et environnemental. Un exemple au quotidien est le grand marché central de Kinshasa ou au Japon, après le tremblement de terre de Kobe la Paper Log House de Shigeru Ban utilisant des matériaux légers, mais résistants, du polyuréthane transparent bourré de papiers journaux.

Les causes de vulnérabilités sont nombreuses, les aléas climatiques en font évidemment partie ; pour les contrecarrer, il faut construire des projets plus robustes et résilients. Cela implique de tirer parti des matériaux et savoir-faire locaux et de préserver les écosystèmes existants. Dans leur création commune, Jakob et MacFarlane en ont tenu compte dans l’Université oasis et Yona Friedman avec sa Ville spatiale conçue sur pilotis a agi de façon semblable.

Prendre en considération la nature et le vivant relève d’une urgence écologique généralisée. Cela suppose aussi d’intégrer des éléments naturels dans le bâti et de créer des environnements où humains, animaux et végétaux sont en coexistence. Deux exemples parmi les plus significatifs en sont l’Elephant World Project de Boonserm Premthada en Thaïlande et l’ensemble des créations de Ant Farm proches des arts multimédia, notamment le Dolphin Embassy. Parmi les architectes plus connus, l’écologiste italien Gianni Petena a créé à Salt Lake City son Tumbleweed Catcher.

Pour réunir des intelligences, il faut convier celles des experts, mais aussi des habitants en collaboration avec des technologies traditionnelles et nouvelles. Cela entraîne des participations interdisciplinaires et des coconceptions. Cela peut se manifester par des synergies entre l’humain, le respect de la nature et de la biologie et l’intelligence artificielle. Le but en est la régulation climatique à travers la restauration des écosystèmes. Parmi les réalisations les plus probantes, on peut citer les Cellules polyvalentes transportables de Chanéac, aux États-Unis, la Growth House de Charles Simonds et, en France, les immeubles anti-pollution de Guy Rottier.

Après une guerre aussi meurtrière pour l’environnement que celle subie par l’Ukraine, le projet de reconstruction globale la Kharkiv School of Architecture ou celui de Mariupol Reborn représentent un immense espoir. De même, après l’explosion du port de la ville de Beyrouth en 2020, on peut attendre beaucoup de plusieurs structures réunies autour du Beirut Urban Lab. Au lieu du projet pharaonique et colonisateur de Donald Trump de faire de Gaza une Riviera du Moyen-Orient, les solutions créatives et collaboratives documentées ici pour Vivre avec… restent à imaginer par de futures équipes d’architectes.