
Thomas Lebrun directeur du CCN de Tours depuis 2012 est invité par deux fois cette saison au Théâtre d’Orléans. Dans Sous les fleurs en décembre il réunit cinq danseurs couronnés de fleurs qui célèbrent leur féminité intérieure avec une prodigieuse délicatesse.
À l’origine de cette pièce, un voyage au Mexique où le chorégraphe a rencontré la communauté des Muxes. Il a mené un long entretien avec Felina Santiago Valdivieso, l’emblématique représentante de cette communauté de Juchitán au Zapotèque, sans assignement de genre, elle affirme ainsi sa nature : « Je ne suis pas une femme, je ne suis pas un homme, je suis Muxe ».
Malgré son caractère fondamentalement documentaire, il a fait le choix de ne pas traduire le long entretien. Il a eu peur qu’un journal lumineux, par exemple, soit trop présent par rapport aux danseurs. La traduction intégrale est reproduite sur un petit quatre pages qu’il demande aux spectateurs de lire en préambule à la représentation.
Une fanfare de cuivres enregistrée à un niveau sonore élevé accompagne l’entrée furtive sur scène de cinq silhouettes féminines solennelles. Elles sont hautes en couleur éclatant dans leurs chasubles brodées de fleurs aux couleurs vives bordées de dentelles blanches. On pense aux personnages peints par Frida Kahlo.

Entre danses traditionnelles, sonorités zapotèques et musiques queers, robes et chevelures fleuries, des voix militantes témoignent sur le plateau de leur rôle singulier – accomplissant des tâches domestiques et prenant soin des ancêtres –, ils affirment leur féminité à l’occasion des fêtes traditionnelles que ressuscite cette chorégraphie.

Les déplacements de ces interprètes sont mesurés, comme retenus pour ne pas céder aux rythmes musicaux ils prennent la force esthétique d’une statuaire militante. En même temps ils gardent leur quant-à-soi pour affirmer la singularité de leur corporéité d’« hommes au cœur de femme », une manière d’être au monde, sensible et assumée.