Sylvie Nayral dans les parages historiques de la photographie 

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Une histoire de photographie

Sylvie Nayral

L’Atelier contemporain

ISBN 978-2-85035-243-0

30 euros
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À la réception de l’information de la sortie du livre de Sylvie Nayral « Une histoire de photographie (Ou quand la photographie n’existait pas) » j’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’un recueil de ses propres images. En découvrant cet imposant essai théorique j’ai repensé qu’elle fut aussi cofondatrice avec Erik Bullot des éditions et de la revue Antigone. Rien de tel qu’une célébration officielle comme ce bicentenaire pour relancer encore une fois une réflexion sur la nature de la photographie, mais quelle gageure !

Reprendre pour point de départ les recherches et écrits de Nicéphore Niépce suppose revisiter un certain nombre d’attitudes et de protocoles anciens déjà abondamment étudiés au moins depuis 1989. L’autrice cite à plusieurs reprises François Brunet et notamment « La naissance de l’idée de photographie ». 

Le point de vue du Gras en exposition

Mais l’ensemble des concepts et pratiques évoquées concernent la photographie argentique, sa chimie et son laboratoire. Pour appuyer la démonstration il est fait appel à des objets extérieurs, dont un certain nombre issu du champ artistique, comme le jardin de Ryoanji, la statue de neige commandée à Michel-Ange ou un vase décoré de deux attitudes d’un archer qui relance encore une fois la vieille idée reçue du photographe comme chasseur. 

Chaque objet extérieur est l’occasion d’un long développement érudit. Issues du quotidien, deux pratiques sont particulièrement significatives avec la boîte de conserve et la taxidermie pour approcher « la chair (du monde), la vraie ». Un des sous-chapitres de cette partie indique cette intention « Tout écrire, ou presque ».

Cela répond bien à la volonté d’exhaustivité du livre. Tout au long de ces développés savants, malgré leur intérêt, on reste en attente des formulations concrètes concernant directement la photographie.

Pour approcher « la marche du monde » l’essai étudie ensuite les peintres, « Horace Vernet , comme son gendre Paul Delaroche (sollicité par Arago pour son rapport sur le daguerréotype, grand adepte de la photographie », Hubert Robert ou Canaletto. Dans ces études de paysages et de ruines, un rôle est mis en avant, celui des figures. Cette étude picturale n’aboutit qu’à cette remarque confondante de banalité : « les figures manquaient sur les premières photographies, elles se dissolvaient dans leur déplacement ». De façon plus significative ces figures sont analysées dans une image d’August Sander « Enfants aveugles à l’asile de Düren » de la série Hommes du XXe siècle.

August Sander

L’épilogue propose de faire le deuil du passage par l’ombre de cette période argentique. Sylvie Nayral revient sur sa méthode en considérant les objets qui l’ont entraînée dans les parages historiques comme une collection « pour accompagner l’entrée d’une certaine photographie dans les couloirs de l’histoire. Un tombeau en somme, pour Nicéphore Niépce, peut-être ».

À côté des nombreuses reproductions de gravures anciennes présentes dans tant d’essais historiques, l’étude des sept photographies de Sylvie Nayral montre qu’elles composent un contrepoint actuel sensible au sérieux de l’étude. La plus juste réponse à cette idée de tombeau est cette « Cérémonie funéraire (Bernard) » de 2025 où des mains posées sur le cercueil nous amènent à découvrir le portrait vidéo du défunt devant un micro, écouteurs sur l’oreille.