Montrouge 2026 — Un salon toujours novateur

Le 69e Salon de Montrouge reste une des vigies de la création contemporaine, sélectionnant des artistes récemment diplômés des écoles d’art. N’en déplaise à l’extrême droite, qui milite pour leur fermeture la diversité des pratiques exercées, l’investissement personnel aboutissant à des œuvres incarnées sont significatifs de l’art d’aujourd’hui. L’exposition ouverte gratuitement au public accueilli au Beffroi de Montrouge le confirme brillamment.


Depuis l’an dernier, la direction artistique en est assurée par Andréa Ponsini diplômé des universités italiennes, où il a suivi notamment l’enseignement d’Umberto Eco. Le Salon qui existe depuis 70 ans a vu son orientation actuelle donnée par Nicole Ginoux de 1976 à 2004. Chaque année, parmi plus de 2000 candidats, 40 exposants sont sélectionnés.
 
Certains artistes poursuivent des pratiques traditionnelles en actualisant les sujets, ainsi Brice Robert (diplômé des Beaux-Arts de Brest) peint des compositions atmosphériques réalistes à partir de paysages du banal. Dayane Obadia mêle dans ses collages chimériques kitsch chiens sauvages et créatures célestes, anges et saints. Le collectif Grapain dresse une sculpture en laine de roche et acier vernis qui évoque une sorte de ruine industrielle post-catastrophe écologique. Ana Pico utilise le fusain sur des papiers de grande dimension pour mettre en scène des situations enfantines où l’absurde le dispute à l’humour et au jeu. Sophia Lang (diplômée en design vêtement) mêle dessin digital et photo pour une grande fresque dénonçant la grossophobie. Le collectif de graphistes 16B Éditions détourne en l’agrandissant un écran d’ordinateur pour diffuser un message plein d’humour pour traiter des récits de violence sociale relevés sur internet. 
 
Plusieurs installations explorent des situations variées, Abirami revisite à partir de ses cires la culture de ses ancêtres sri lankais dans une approche ethnologique que partage le franco-iranien Darius Dolatyari-Dolatdoust avec ses panneaux peints et leur accompagnement sonore constituant une légende des exils. Charlotte Gautier van Tour (diplômée de l’ENSAD) met en présence des éléments naturels dans une recherche d’alchimies organiques à base de fioles, de peaux et de gazes qui interrogent les écosystèmes. Cynthia Montier (diplômée de l’université de Strasbourg) dresse une chapelle de tissu de lin blanc, avec des photos lithographiées sur des linges et des objets présents pour des cérémonies mémorielles. Dans un accrochage évoquant un musée de société, Arthur Debert (sorti des Beaux-Arts de Nancy) rend hommage aux objets de son grand-père.

Cynthia Montier
Arthur Debert


Beaucoup de ces jeunes artistes mettent en coprésence deux médias. Zoé Bernardi (diplômée de l’ENSBA) met en batterie une série de petits portraits tirés sur verre à côté de deux vidéos danse sur petit moniteur. Lina Filipovich originaire de Biélorussie, anime ses accrochages de patchworks textiles par une bande-son. Thomas Moësl (sorti de l’ISBA Besançon) diffuse ses créations sonores à travers de petites sculptures en terre mêlant art, sciences et spiritualité. Amir Youssef (diplômé des Beaux-Arts d’Alexandrie et d’Aix-en-Provence) revisite dans une visée postcoloniale l’épopée napoléonienne avec un regard critique ethnocentré à partir d’un diorama reconstitué en 3D et d’autres vidéographiés au musée de l’Armée.
 
Les plus grandes réussites sont des œuvres mixtes, comme les sculptures de Célia Boulesteix faites d’acier de verre et de photographie, qui relèvent aussi bien de l’intime que du commun en une écologie du regard. Marie Hervé & Elsa Martinez (issues de l’ENSP d’Arles) mêlent des photos marouflées sur pierre à des sérigraphies sur béton avec des tirages risographiés et jet d’encre qui illustrent la menace des ruines sur notre civilisation. Caroline Mauxion (diplômée des Gobelins et de l’UQUAM) installe tissus et tirages photo en une sorte de bas-relief sensuel à partir de la réorganisation de fragments corporels complétés par une vidéo qui témoignent de malformations. Le transfert des images d’archive que Daniel Bourgais (diplômé en architecture) opère sur des matériaux industriels, acier, plomb assaini ou verre, constitue des sortes de palimpsestes photogrammétriques qui sont autant de témoignages sur la permanence de sites historiques.  

Célia Boulesteix
Marie Hervé et Elsa Martinez
Caroline Mauxion
Daniel Bourgais