Les collages devenus sculptures d’Eléonore False au CCCOD

Le CCCOD de Tours reçoit l’exposition « Sœur de jour » d’Eléonore False jusqu’au 20 septembre 2026. Dans un second temps, le pendant « Sœur de nuit » sera exposé aux Tanneries d’Amilly dans la galerie haute à partir du 24 octobre à l’occasion des 10 ans du Centre. En espérant que le nouveau maire RN qui a fait campagne pour la suppression de ce lieu exceptionnel sera empêché de nuire à son existence. 

Née en 1987, Eléonore False a été formée en design textile à Olivier-de-Serres et diplômée de l’ENSBA à Paris. Sa première monographie « Ensembles » a été publiée en 2024 par les éditions Empire Books. À Tours l’exposition est conçue sur le passage du collage bidimensionnel au volume. 

Une grande installation au sol de la galerie blanche est entourée par trois cabinets d’art graphique qui recueillent une cinquantaine de collages sur papier et quelques céramiques de petit format produites selon la technique de cuisson du Raku nu. 

Eléonore False vue d’exposition Sœur de jour

Pour ses collages réalisés à l’ancienne avec une coupe franche des documents aux ciseaux et de la colle, elle sélectionne ses éléments visuels dans les pages de manuels de vulgarisation scientifique, de livres d’art, de différents types de magazines et de livres au rebut. Beaucoup d’entre eux participent de la composition d’un bestiaire (chats, serpents, papillons…), d’autres sont faits de sérigraphies de vases évidés. Une série s’appuie sur les constats photographiques de Duchenne de Boulogne sur les malades atteints d’hystérie à la Salpêtrière. 

Eléonore False Sans titre
Eléonore False, série d’après les travaux de Duchenne de Boulogne sur l’hystérie à la Salpêtrière
Eléonore False Lune

En résidence au Nouveau Musée National de Monaco, l’artiste a été fascinée par un fonds de poupées des années 1920 dont elle reproduit principalement les yeux. Les collages ainsi réalisés ont connu d’abord leur forme 2D, mais se sont aussi trouvés agrandis et reproduits sur des sculptures en métal thermoformé. Les tôles ainsi transformées après avoir été peintes ont été laquées à chaud. 

Dans la grande salle blanche, Eléonore False installe sur une immense œuvre textile au sol aux motifs géométriques noir et blanc des pièces de différentes époques. Elle fait dialoguer deux tapisseries suspendues aux collages intégrés avec une autre plus ancienne au sol représentant la main de la créatrice. Une importante partie de l’installation reçoit un assemblage de perles de verre et de céramique produites lors d’une résidence à la Borne pour un collier en devenir. Un long rideau couleur chair en référence au corps des poupées monégasques se trouve en arrière-plan, transformant l’ensemble en un petit théâtre artisanal. Quand on le dépasse, on découvre la sculpture métallique ornée d’un œil qu’il cachait et un peu plus loin, une sculpture au mur en forme de fleur comportant aussi une face animale. 

Eléonore False Ombres Roses Ombres ( Stand Up Doll )
Eléonore False Fleur

Le titre de la double exposition a été inspiré par une formule poétique d’Ingebor Bachman. Pour accentuer le caractère gémellaire des deux propositions muséales, elle prévoit de recycler la grande pièce textile au sol en la reprenant sur les murs et au plafond de la salle haute des Tanneries. Certaines pièces y seront remontrées et elle en prépare d’autres dans un souci esthétique de binarité sensible entre éveil et rêve.