La photographie comme sculpture, de subtiles expériences récentes, Galerie IMMIX

—

par

dans

IMMIX Galerie collabore avec Casa Regis, centre d’art contemporain du Piémont Italien ; sa directrice Mikelle Standbridge et Olga Caldas à Paris assurent conjointement le commissariat de cette proposition forte « La photographie comme sculpture ». Elles placent les 12 artistes internationaux exposés dans la postérité de l’exposition du MoMA organisée à New York en 1970 par Peter C. Bunnel « Photography into sculpture ». Malgré la diversité et la qualité de pratiques réunies il faut interroger ce gap temporel de plus d’un demi-siècle pour mieux faire face aux œuvres dans leur singularité. 

À chercher dans la décennie précédente une seule exposition du Musée Rodin en 2016 et son catalogue « Entre sculpture et photographie » constituent un contrepoint de qualité avec les stars de l’art contemporain que sont Richard Long, Gordon Matta-Clark, Giuseppe Penone, Markus Raetz, Dieter Appelt, Mac Adams, John Chamberlain et Cy Twombly. Par ailleurs, au niveau de propositions individuelles on a pu admirer des œuvres posant cette problématique à partir de l’installation, revoir à ce sujet les catalogues des Mois européens de la photographie. J’ai contribué moi-même à cette interrogation scénographique en organisant « Baroques photographiques » et «Écrans/icônes » dès 1991 avec entre autres des installations d’ORLAN et de Tom Drahos que par fidélité critique j’inviterai à IMMIX en février prochain, étant l’un des 7 critiques conviés par la galerie. 

Les deux curatrices revendiquent donc à juste titre l’hybridation croissante des médiums pour étudier ces nouvelles formes d’objets sculpturaux, la dimension photographique à éliminer étant d’abord sa platitude. Pour chercher à lui faire exprimer d’une manière ou d’une autre la 3D la monumentalité n’est pas considérée comme un atout. L’ensemble des œuvres sont plutôt de petit ou de moyen format. L’œuvre d’Olga Caldas marque sa différence parce que relevant plus de l’installation. Son dispositif occupant un espace conséquent incite par ailleurs à la performance. 

Olga Caldas, installation

Contre la platitude du support une artiste comme Diane Meyer, découverte récemment dans les Photaumnales, matérialise les traces subsistant du mur de Berlin en brodant ses tirages. Fabiola Ubani imprime sur verre des scènes éthérées mêlant paysages extérieurs et espaces intimes du lit.

Les formats traditionnels carré ou rectangulaire sont abandonnés au profit de la forme optique du cercle, liée à l’utilisation d’un éclairage arrière de type backlight, c’est le cas de Henrik Miklos Andersen qui recompose des scènes quotidiennes à partir de clichés de famille, insérées dans des cadres circulaires en laiton qu’il produit lui-même. Bennie Flores Ansell aborde ses tirages circulaires à partir de transparents positifs, filtres à contraste variable, bobines de film orthochromatique ou dichroïque.

Henrik Miklos Andersen, Play Togetherness and Visiting Experience

Deux artistes abandonnent le support plan pour customiser des objets avec des images. Oona Hyland, applique sur des cruches en céramique des abstractions photographiques réalisées sans appareil. Roberta Toscano transforme quant à elle des valises vintage en tables lumineuses. Cette série rappelle les productions de Patrick Raynaud des années 90 dans des containers d’œuvres plastiques. 

Roberta Toscano, Être en valises

Deux artistes hésitent entre installation et maquette. Silvia Gaffurini associe des tirages sur papier calque à des dessins en relief générés par l’intelligence artificielle qu’elle installe dans des équilibres instables au profil élancé. Ugo Werner, dans une dimension plus réduite crée des constructions miniatures proches de l’imaginaire des modèles réduits et des jeux de construction. 

Silvia Gaffurini, Sponge city
Hugo Werner

Deux artistes abandonnent l’image singulière pour créer des formes sculpturales intégrant des polyptyques. Mikelle Standbridge raye, coud, cire et teint ses tirages avant de les façonner en formes tridimensionnelles, Dawn Surratt recourt quant à elle à de subtiles techniques de transfert sur papier de chanvre, papier-terre ou soie. Travaillés à la main avec de la cire froide et des pigments, ces matériaux sont assemblés en minuscules livres-drapeaux. 

L. Mikelle Standbridge, Photo Scroll(ing)
Dawn Surratt, She Waits

Malgré les rapprochements de ces protocoles qui révèlent une logique générationnelle, la singularité des démarches prime dans l’affirmation de formes sculpturales hybrides multimédia, un nouveau champ d’expérimentation contemporaine est ici révélé dans tout son dynamisme.