La Galerie Binôme accueille les dernières séries d’Anaïs Boudot sous le titre « Nos reconstructions ». Elle y développe l’imaginaire social de la maison individuelle en lien à des clichés de famille anonymes réalisés sur plaque de verre. Des œuvres bidimensionnelles entrent en dialogue avec des sculptures utilisant des verres chinés associés à de petits vitraux Tiffany soudés avec de l’étain.
La formation artistique d’Anaïs Boudot, née à Metz en 1984, passe par trois établissements supérieurs, l’École des Beaux-Arts de Metz (diplôme en 2006), l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles en 2010 et le Fresnoy — studio national d’art contemporain — en 2013. Elle s’attache à des fragments de nature et de lieux qu’elle interprète grâce à une exploration systématique de toutes sortes de techniques photographiques. Elle élabore des pratiques hybrides complexes mêlant l’argentique au numérique en se réappropriant principalement des techniques primitives.
En 2022, la série Jour le jour, témoigne brillamment de cette mixité opérant un brouillage temporel avec l’exploration de l’album photographique de son smartphone. Elle s’accompagne d’un dialogue avec Michel Pöivert publié dans la collection Rencontre Les carnets de Filigranes, Éditions avec la collaboration du Champ des Impossibles. À propos de l’orotone technique qui renvoie ces images à un passé recomposé, le critique écrit : « Les teintes de lueurs ambrées substituent à l’éclairage de l’écran l’épaisseur d’un nocturne ; Anaïs Boudot déclenche ainsi des éclipses. »
Avec les tirages sur plaque de verre comme emblématiques de son travail, on retrouve ces références planétaires et météorologiques dans les titres de deux séries Éclats de la lune morte en 2015, et les orotones produits en 2016 à la Casa Velázquez explorant La Noche Oscura. Pour matérialiser la filiation de l’artiste avec les recherches autour du cliché-verre menées dès 1932 par Picasso et Brassaï, les éditions The Eyes Publishing lui ont passé une commande aboutissant à la publication Les Oubliées, Picasso, Brassaï, Boudot, en 2021.
Autre commande importante en 2024, Christine Ollier lui confie la restauration des vitraux de la Folie, kiosque de la Cour de Bellême dans le Perche. Dans l’exposition actuelle de la galerie, on peut en voir deux exemples prolongeant cette pratique dans Les ouvertures, organisant des polyptyques avec un arbre et une mer à l’intérieur d’un châssis de fenêtre.

Mais l’ensemble des œuvres exposées développent la thématique de la maison dans son intégrité avec des finalisations très diverses. Une mise en place des matériaux conçue en noir et blanc place côte à côte pour Les Chambres un photogramme contact proche du croquis et une plaque de verre recevant la figure d’un individu isolé. Les généalogiques existent sous deux formes une version 2D en couleurs réactives des portraits familiaux issus des classes moyennes et bourgeoises françaises des années 1920 à 1950 trouvés en brocante. L’artiste y associe des structures de verres colorés et de petits vitraux Tiffany. Plus convaincantes encore, les sculptures de verre jouent des mêmes éléments constitutifs pour un rendu évoquant des maquettes miniatures hautes en couleur. Le côté générique et pluriel du titre laisse paraitre une visée sociologique et de psychogénéalogie qui révèle l’inscription de ces ensembles dans une approche d’un inconscient collectif de l’attachement à la demeure réattribuée à ces anonymes.




Une dernière série Mascarade poursuit sa pénétration progressive au cœur de ces maisons. Dans sa quête d’images vernaculaire, Anaïs est intéressée par un groupe d’enfants déguisés, membres d’une famille nucléaire bourgeoise du début du XXe siècle accompagné de leurs domestiques. Elle décide de l’imprimer par chromo sur des assiettes de porcelaine, brisées et ressoudées à l’étain, selon une variante de la méthode du kintsugi japonais, accentuant son côté stéréotypie des dysfonctionnements familiaux.
