Festival Photo La Gacilly
"1826 – 2026 : La photographie, une aventure française”
Du 1 juin au 4 octobre
Chaque été, le village de la Gacilly devient le lieu d’une promenade photographique : une formidable occasion de découvrir des expositions en plein air le long des rues, parfois à l’ombre, dans des parcs… L’ambition de ce festival est depuis plus de 20 ans celle de sensibiliser aux enjeux environnementaux et de faire connaître les peuples du monde entier. Le bicentenaire de la photographie constitue l’un des fils conducteurs de cette édition du festival. Quel enchantement, quel moment de découverte de grandes figures photographiques aux côtés d’autres photographes qui nous invitent à nous poser des questions sur le monde actuel. La photographie est bien une aventure, celle que les artistes poursuivent avec passion, engagement et humanisme.
Des photographes historiques et des moments du quotidien
Cette édition est l’occasion de redécouvrir les premières photographies, celles de Nadar dont nous pouvons voir les portraits de ses contemporains, celles de Willy Ronis qui montrent des rues de Paris en couleurs. Les photographies de Pierre Le Gall ponctuent la rue Saint-Vincent et offrent à notre regard des instants enchanteurs. Ce photographe s’attache à la vie ordinaire avec un brin de tendresse : Belle découverte que les travaux de cet artiste si sensible, qui saisit la beauté de situations du quotidien avec une pointe d’humour.

Un regard sur l’humain et la société
Dans l’Agora, l’exposition Une chronique rurale de Serge Sibert témoigne du vécu des agriculteurs de la région du Bugey dans l’Ain, d’où il est originaire. Celui-ci s’attache à révéler le quotidien de familles qui continuent de maintenir un équilibre entre travail et pression, à résister, à transmettre un savoir-faire. On voit sur ses photographies le regard de personnes mues par un désir de continuer de travailler, amoureuses des animaux et dont le travail est si nécessaire pour maintenir une agriculture raisonnée.

Redécouvrons également les photographies de Raymond Depardon, célèbre reporter et artiste dont les images en couleur qu’il qualifie comme « des bonbons acidulés, des chewing-gums pastel, comme des souvenirs d’une enfance heureuse, avec toute la naïveté et l’innocence de quelque chose de pas vraiment maîtrisé » sont particulièrement intéressantes et témoignent de sa sensibilité pour ses semblables.

Des thématiques environnementales fortes
A une période où les sujets environnementaux continuent de toucher nombreux artistes, venir à La Gacilly permet à tout un chacun d’être sensibilisé et de s’interroger sur l’avenir, sur celles et ceux qui œuvrent à mettre en lumière des personnes, des communautés qui s’engagent… Les photographies issues du film Le chant des forêts de Vincent Munier enchantent notre regard le long de la rue Lafayette. Les textes qui l’accompagnent nous invitent à entrer dans l’univers de ce photographe patient, profondément ému face à la beauté d’une nature sauvage, celle qui nous procure une expérience d’émerveillement… Quel bonheur de pouvoir contempler ses tirages grand format, qui nous incitent à prendre conscience de l’importance de nos forêts, poumons verts, celles qui désormais nécessitent plus que jamais un regard attentif et une certaine humilité. S’arrêter pour regarder et s’interroger serait la première voie pour changer d’attitude face à un écosystème de plus en plus fragile.

Un bel hommage est également rendu au photographe brésilien Sabastão Salgado, qui a passé sa vie à rendre visible le monde, « en chasseur de lumière ». Les textes de l’artiste complètent la présentation de ses séries La main de l’homme, Exodes et Genesis.

Les photographies de Sophie Hatier ont également attiré mon regard. Celles réalisées en Irlande révèlent notamment des textures de roches, des couleurs qui leur confèrent un aspect quelque peu pictural. La série consacrée à la Namibie est particulièrement émouvante et donne à voir l’animal dans des paysages fragilisés.

Eric Garault, reporteur et portraitiste, qui a notamment accompagné les équipes de la fondation Yves Rocher dans le cadre des projets qu’elle soutient à travers le monde, présente ici la série Les Gardiens du vivant. Ce sont ces femmes et ces hommes qui replantent des arbres et préservent les équilibres du vivant du Togo à l’équateur, des Pays-Bas à la France. Ses photographies nous amènent à continuer d’espérer, de garder à l’esprit que des familles, des communautés agissent pour préserver l’environnement et nous incitent à nous engager.

Julie Bourges avec sa série Contes de la petite mer et de la grande terre, essai photographique touchant, nous transporte elle dans des situations rappelant les légendes de la région Bretagne, du Morbihan en particulier : l’enchantement et l’émerveillement sont au rendez-vous.

Lys Arango, l’une des cinq lauréates 2025 de la 2e édition du prix Photo CCFD – Terre Solidaire mention Prix du jury Saif pour la photographie humaniste et environnementale, a pris soin d’aller à la rencontre de familles au Guatemala, là où les sols sont épuisés par la sécheresse et où les hommes souffrent de faim. Ses images révèlent des initiatives locales, des pratiques agroécologiques, la force collective, des personnes qui continuent de semer, de lutter contre la malnutrition. Ce témoignage sur ces initiatives est profondément émouvant. Continuons la promenade à travers les rues, les ruelles, les jardins…

Dans le jardin Saint-Vincent, l’exposition Solstice de Claudine Doury a trouvé une place de choix. En Russie ainsi que dans les campagnes lettones et polonaises, le 21 juin, jour des rites, les femmes célèbrent le jour le plus long de l’année, dans des moments de lumière, de joie, de relation à la nature : Superbe découverte des grands tirages de cette photographe sensible.

Cette 23e édition est également révélatrice des questionnements que pose le média de la photographie, notamment les limites de ce médium, à l’heure de l’intelligence artificielle (série Une Histoire Parallèle du duo Simon Brodbeck et Lucie de Barbuat et du flux des réseaux sociaux (série Au-delà du réel, les mondes virtuels de Jérôme Gence).
En somme, ce festival d’une grande richesse, par les sujets qu’il convoque invite autant à s’émerveiller qu’à réfléchir aux enjeux de la photographie actuelle : témoigner du monde, rendre visible des femmes et des hommes qui s’investissent pour le vivant, redonner à lire l’histoire de la photographie. Une chance que ces expositions en plein air puissent nous permettre de nous émouvoir, de prendre conscience de la diversité des modes de vie de personnes à différents endroits de la planète, d’attirer notre curiosité sur le monde et sur des rites : des rencontres humaines et des moments de contemplation de paysages au sein d’une petite ville, devenue rendez-vous estival des amateurs et passionnés de photographies. Au fil des rues, dans des jardins, dans des lieux où contempler une biodiversité végétale, ces expositions richement documentées par des textes participant à leur compréhension, invitent à partager des émotions autant que des réflexions sur diverses situations à différents endroits de la planète.
Pauline Lisowski