Raphy et Pascale Cohen, Le M.U.R. (Modulable Urbain Réactif) Bastille, direction artistique Cyrille Gouyette. Événement éphémère « De pierre et de papier », l’œuvre s’encre dans une lithographie imprimée par Michael Woolworth. BRUSK, Ciao pantins, M.U.R. Bastille – 38 rue de la Roquette, 75011 Paris, mars 2026
À quoi rêve Donkishot ? Rêve-t-il d’ailleurs dans les rues où pullulent les caméras ? Où la lucidité est sous surveillance ? Où les obsessions de la bonne intention traquent, a priori, les errements, les rêves et les délires ?
Donkishot, la tête striée, en overdose de nuage/cloud, rêve de couleurs qui feraient du trottoir, de la rue un lieu de rencontres et de résistance, ouvert à l’errance et au dérangement, et des murs un espace public en imaginaire de l’inconnu.
La fresque du M.U.R. Bastille est la dernière station d’un parcours éphémère, d’un « délire d’errances », d’une dizaine de murs parisiens autour du Carreau du Temple, où se déroulait l’Urban Art Fair. Accompagné d’un drone barioleur et de Sancho, un ours en peluche abandonné dans la rue, dont la tête arrachée a été appareillée d’un écran, Donkishot, chevauche son tuk-tuk, armé de perches, de rouleaux et de bombes de peinture. En butte aux désillusions d’un monde où la répression fait florès, à la grisaille des murs qui martèlent les interdits, il sillonne la ville en alter ego de l’artiste.
Sous le soleil qui fait rougeoyer, la ligne des immeubles et les monuments parisiens, la tour Eiffel suintent en coulures de peinture noire, l’asphalte est incandescent. La couleur éclabousse la ville d’une « palette sauvage » lancée à la noirceur. Le combat est l’acte de folie lucide, politique et poétique, d’une société fracturée qui érige la connexion, le contrôle et la servilité en instruments de pensée.

À quelques pas de là, après ou avant avoir apprivoisé les drones tenus en laisse par Sancho, Donkishot porte la dépouille de Dulcinée-Marianne, dont le corps se liquéfie et ensemence possiblement le sol de liberté. Vers quel lieu ? Là où la fiction écrit en doute le réel ? Là où, du haut de la colonne Vendôme, Sancho dirige le combat contre les géants gris de l’ordre qui régente les murs mutiques ? Là où se nouent les asservissements et les inégalités, où la colère reste muette de l’impossibilité d’être soi ? À quel inconnu sont alors offerts, dans leurs cadres dorés, ces bouquets de fleurs qui explosent le mur de couleurs et que photographie Donkishot ? De quelle absence et de quelles lassitudes leurs coulures sont-elles l’image dans le vase estampillé « slave » ?


Retour au Mur Bastille, dans les espaces-temps de l’éphémère — certains collages ont été arrachés juste après leur installation —, au marcheur, en besoin de rue, de choisir les histoires qu’il raconte, de délirer la ville en subversion de couleurs et de penser l’ivresse en miroir de récits hétérotopiques des « zones d’autonomie temporaire ». Ciao pantins.