Aller-Retour – AR sans N
Nelly Monnier et Eric Tabuchi
Poursuite Editions
28 €
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Depuis 2017, Nelly Monnier et Eric Tabuchi documentent par un protocole photographique les 450 régions naturelles de France. Remarquant que 80 % du territoire français n’est pas représenté, ils se sont donnés comme mission de sillonner l’ensemble du territoire afin de rendre compte des typologies d’éléments présents pouvant caractériser les « pays », ces territoires de petites tailles dont les limites renvoient à leurs caractéristiques naturelles.
Les artistes divisent leur temps de travail en deux types de voyage, l’un est linéaire, de leur domicile à une région, l’autre circulaire consistant à faire le tour d’une ville ou d’un village. Ces deux méthodes de déplacement se complètent d’une expérience de marche à pied, laissant aller leur regard là où leur curiosité les mène. Ils observent le quotidien, les lieux où tout peut être digne d’intérêt si nous prenons soin d’y prêter attention. S’ils tentent de montrer des parties du territoire qui habituellement ne sont pas considérées, leur démarche ne vise pas l’exhaustivité ; il s’agit pour eux de créer une collection, un répertoire, une typologie de signes représentatifs des villes et des villages français. Ils observent en effet les récurrences qui traduisent l’ « instantané d’une époque », remarquons les piscines verticales, parfois des stations-services, des habitations singulières, des silos…
« Nous regardons la France pour ce qu’elle est. Nous revenons dans un village pour engager la prise de vue le moment juste. Lorsque nous bouclons une région, des émotions de séparation et une forme de responsabilité advient en nous » m’ont confié les artistes.
Leur temps de travail artistique est marqué par le cycle des saisons, les mois d’automne-hiver étant réservés au voyage et aux prises de vue, le printemps et l’été, aux expositions et au façonnage des livres.
L’Atlas des Régions Naturelles émane d’un point de vue personnel sur les régions parcourues. Le cadrage précis, la lumière neutre, confèrent un aspect factuel à l’image, proche des premières cartes postales qui donnaient un aperçu de la France, des scènes de vie quotidienne, permettant aujourd’hui de raviver la mémoire de certains lieux disparus. Lorsqu’ils arrivent dans un village, chaque journée du duo d’artiste est marquée par un rythme entre lenteur et rapidité, cherchant le bon angle de vue pour rendre compte des particularismes et des récurrences.
Chaque livre, tel un carnet de voyage, rassemble 12 régions parcourues au gré de rencontres, d’arrêts, d’intuitions qui les incitent à prendre une ou plusieurs photographies.
Le site internet permet de découvrir l’ensemble des prises de vue par l’intermédiaire de recherches géographiques et typologiques. Il invite à parcourir la diversité des régions françaises selon un découpage redéfinissant une carte de France selon les « pays ».
Aller-Retour – AR sans N consiste en un ouvrage dévoilant les coulisses de ce projet au long cours, qui stimule les artistes dans un quotidien, marqué par une joie de la rencontre. Les photographies rendent compte de leur approche sensible des lieux, certains sollicitant tendresse, humour, interrogation sur les manières d’habiter, sur ce qui constitue l’architecture vernaculaire. Les textes qui accompagnent les photographies rendent compte du moment passé sur place, de leurs interrogations, de leurs rencontres, des moments de vie passés à sillonner les villages, des surprises qui les amènent à l’acte de photographier. Au fil de la lecture, nous nous interrogeons également sur la notion de patrimoine et sur ce qui caractérise l’identité des villages où ils ont posé leur regard.
Leur pratique artistique ravive notre sensibilité aux lieux que nous parcourons, interroge l’attitude de voyageur que nous pouvons avoir et renvoie à notre attachement aux territoires où nous avons grandis. Comment envisageons-nous nos déplacements d’un lieu à un autre ? Quelle durée et quelle modalité de trajet et d’arrêt choisissons-nous ? Telles sont les questions que nous pouvons nous poser en prenant du recul, analysant leur démarche d’artistes nomades.
L’approche artistique de Nelly Monnier et Eric Tabuchi procède d’une forme d’archive au long cours, nous invitant à redécouvrir avec poésie des paysages, des architectures, des manières de vivre. Leurs photographies magnifient l’ordinaire. En somme, leur entreprise photographique me semble à la fois convoquer les disciplines de la sociologie, de la géographie, de l’histoire, du patrimoine local…
Pauline Lisowski




