CIRCUS Une exposition du FRAC Centre Val de Loire Exposition visible jusqu’au 07/03/2027 https://www.frac-centre.fr/expositions/circus
La Région Centre Val de Loire est organisatrice en partenariat avec le Centre Pompidou de la manifestation « AR(t]CHIPEL – Calder au cœur de la France », déployé dans quinze lieux du territoire. Le FRAC Centre accueille au premier étage des Turbulences un ensemble consacré au fabuleux Cirque de Calder. Pour compléter le propos, la grande salle du rez-de-chaussée exploite 12 pièces de sa collection, suite au don de Patrick Bouchain en 2016 faisant référence à l’univers du cirque. Une première collaboration avec Le Collectif ÈS, qui a pris la direction du Centre chorégraphique national d’Orléans en 2025 se met en place avec un programme dédié aux collégiens et intitulé J’peux pas, j’ai Circus !
La scénographie de la partie consacrée à Patrick Bouchain est encore une fois l’œuvre de Morgan Fortems, diplômé en architecture, écologie et multimédia. En 2025, on avait apprécié le défi de réaliser une scénographie 100 % réemploi pour l’exposition « Des villes pour vivre, Yona Friedman » qui manifestait une grande liberté. Cette fois il a puisé dans l’ensemble des stocks de matériel remisé, mais l’impression générale est beaucoup trop classique. Cela est dû notamment aux éclairages tous spotés sur les maquettes et vitrines. Cela est d’autant plus dommage que l’architecte est l’auteur depuis les années 2000 des principales institutions foraines en France et Suisse, chapiteaux de toile, de bois et de métal. Parmi les plus célèbres, on retrouve le Théâtre Zingaro, l’Académie Fratellini, la Volière Dromesko ou le Centre Pompidou mobile. Pour chaque situation il a répondu au contexte spécifique de commande émanant des artistes, pour la Volière Dromesko voulant intégrer leurs oiseaux ; ou encore venant d’une commune – l’École foraine de Saint-Jacques-de-la-Lande. Il a trouvé aussi des solutions adaptées au Plus Petit Cirque du Monde. Des documents, dessins préparatoires, affiches montrent ces différences et singularités où Patrick Bouchain s’est attaché aux usages et aux appropriations des lieux de façon collective. Malgré l’intérêt documentaire de l’ensemble sa présentation reste bien sage, surtout comparée à celle de Calder.


En arrivant dans la salle supérieure du FRAC l’œil est immédiatement attiré par un écran de grande dimension où est projeté le film sur le cirque Calder. Ce court-métrage réalisé par Carlos Vilardebò est sorti en 1961. Alexander Calder (1898-1976) réside à Paris quand de 1926 à 1931 il se lance dans la réalisation de cette œuvre. Elle tient dans cinq grandes valises qui sont en dépôt au Whitney Museum of American Art. On en voit ici une reproduction couleur, à côté d’un autre tirage couvert ouvert sur le bric-à-brac. Ces matériaux ordinaires, fils de fer, bouchons de liège, morceaux de tissu et bouts de ficelles deviennent acrobates, clowns, dompteurs et animaux. André Kertesz l’a fait poser en noir et blanc au milieu de l’installation qu’il aimait animer.



La séance filmée nous le montre géant accroupi habillé d’un pull rouge maniant de ses grosses mains les fragiles créatures. Accompagné de sa femme en laine de robe bleue qui lui sert d’assistante il est émouvant de voir cet artiste d’une soixantaine d’années redevenir un enfant émerveillé par ses propres jouets, des figurines articulées. Rétrospectivement le Cirque apparaît comme un laboratoire de formes qui se développeront dans toute son œuvre autour des mobiles et des stabiles. Y sont expérimentés le mouvement, l’équilibre, la tension, le jeu avec la gravité, l’animation de la sculpture. Composé d’une vingtaine de numéros et plus de 200 personnages et accessoires, l’œuvre, pensée comme un spectacle, n’existe pleinement que comme performance. On y assiste avec le même bonheur de voir l’artiste se faire clown illustrant de sa grimace le rugissement du lion.

