
Compilation
Une monographie de Tami Notsani
Les éditions (KA)art 2025
ISBN 978-2-9559363-2-0
40 euros
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Neuf petits livrets réunis dans un coffret de carton constituent l’édition rétrospective de la « Compilation » de Tami Notsani publiée par les éditiosn (KA)art en fin d’année 2025.40 années de création sont résumées par 264 reproductions et de nombreux textes critiques en version bilingue français/anglais. Un parcours aussi singulier que diversifié au cœur des exigences d’une œuvre majeure.

Née en 1972 en Israël Tami Notsani est installée en France depuis 2000. Après un cursus scientifique elle a étudié la photographie à Bezalel, l’école d’art et de design de Jérusalem, complété par un diplôme obtenu au Studio national du Fresnoy. Chaque livret réalisé suivant le strict graphisme de Nicolas Portnoï sous sa sobre couverture blanche correspond à une série ou à un thème. Il est doté d’un double rabat qui accueille en français d’un côté et en anglais de l’autre la liste légendée des œuvres reproduites ainsi qu’un texte.
Le premier livret intitulé Hors d’œuvre constitue une sorte d’introduction à partir d’une sélection façon best of de réalisations de toutes époques. La diversité des sujets de prédilection y est revendiquée, portraits d’humains, dont ses enfants, paysages documents d’archives, intérieurs, objets du quotidien. Servant de préface une longue étude d’Emmanuelle Lequeux précède une frise chronologique débutant en 1911 avec la naissance de ses grands-parents et établissant les principaux moments de sa biographie.
Les deux livrets suivants concernent le cercle familial, petite sœur et grand-mère de l’artiste. Bar regroupe des portraits à différentes époques de sa croissance de la la jeune fille. Bien que sans titre les images comportent dans leur légende un mot ou une expression, notifiant des âges, des évènements intimes ou des noms de complices de la cadette. L’ensemble constitue une sorte de biographie générique de la jeunesse et de l’adolescence.
Le troisième livret dresse un portrait sur le vif de Safta, la grand-mère de la photographe. Le même système de légendage avec des mots à vocation mnémotechnique à usage intime s’y trouve engagé. A côté des attitudes de la vieille dame des vues d’intérieur de son appartement établissent un portrait générationnel sensible.
Il faut attendre le septième livret pour trouver un troisième corpus familial avec « Périmètre. 1er jour » célébrant les rentrées à l’école de ses fils. Les cadrages y sont plus protocolaires, frontaux et pour certains en pied. Mais l’ensemble manifeste la capacité à saisir des moments émotionnels intimes forts de complicité.
Pays de naissance et pays d’adoption font l’objet des portfolios des livrets 4 et 5. Les paysages israélo-palestiniens sont abordés au moyen format comme la plupart des sujets de l’autrice. Des structures fonctionnant comme écrans internes sont aussi présentes que les bâtiments à différents états de construction. Les marqueurs de l’histoire et ceux révélateurs de la modernité y sont en concurrence. Pour « Hexagone » on retrouve des vues frontales et de significatifs mobiliers périurbains. Une unité de vision de proximité réunit paysages ruraux et sites de banlieue, dans un état médian d’urbanisme peu maîtrisé.
Une autre forme paysagère est à l’œuvre dans le dernier livret « Pristina mon amour » série composée en Albanie et au Kosovo. Le passé de ce territoire est illustré par des vues du Palais des brigades à Tirana. Chaque vue réalisée dans un plan moyen est très structurée autant par des éléments graphiques que par les compositions des couleurs.
Les deux livrets les plus révélateurs de l’originalité de ces pratiques parce qu’elles constituent un regard critique sur leur production sont le huitième et ses relations Photo/Texte et le sixième qui fait retour sur les actions, les vidéos et les installations. Le rapport à l’écriture est pratiqué dans au moins quatre séries : « Bijoux de famille », « Entre les lignes », « Poste restante » et « Affaires personnelles ». Tami Notsani y révèle sa créativité aussi bien dans une performance à partir d’un héritage fictif que dans les installations participatives « Affaires personnelles » et « Truchement » qui réactivent textuellement des clichés d’archives.
Les thèmes chers à l’artiste font l’objet d’autres traitements iconiques : l’enrôlement de sa sœur pour son service militaire est le sujet d’une première vidéo, suivie de l’installation pluri-écrans « Garde à vous » filmée avec de jeunes conscrits, hommes et femmes. La vidéo est aussi employée pour la pièce « Lazare », en collaboration avec Laurent Mareschal pour une fiction documentaire sur la vie du grand-père. Pour l’Allemagne elle produit une installation d’affiches grandeur nature montées in situ et mettant en action des couples bi-nationaux franco-allemands. Au Mois Européen de la Photographie à Luxembourg elle réalise toujours avec le même co-créateur « Mues » mêlant autoportraits adolescents et leur interprétation dessinée en portraits-robots. Mêlant grand âge et plaisir enfantin elle produit l’installation « Manège ».
Chez Tami Notsani le rapport à l’autre se construit toujours dans l’affectivité, au sein d’une intimité recréée par le truchement de l’appareil photo, dont la maîtrise prolonge ces rapports humains dans son regard empathique sur les paysages.




