Urgences et possibles de notre époque en œuvres à la Fondation Luma

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La programmation estivale de la Fondation Luma est toujours brillante, diversifiée, riche en expérimentations, la cuvée 2026 le confirme. Architecture, vidéo, sculpture et installations sont à l’œuvre avec des pointures internationales : Zaha Hadid, Stan Douglas, Patti Smith, Gerhard Richter et une découverte Julianknxx de Sierra Leone. 

Ce dernier a été en résidence à Luma, il a grandi entre la Gambie et Londres, son exposition In Search of …Incredible regroupe des sculptures ayant subi l’influence africaine qui réactivent des éléments d’enregistrement ou de création sonore et musicale, d’une subtile présence. Une installation oppose deux grands écrans latéraux et deux plus petits verticaux. Dans ces derniers surgissent des figures féminines tutélaires, alors que les éléments centraux organisent une fiction de corps mouvants aux aussi féminins en parade dans la nature. Des chants accompagnent les traditions orales comoriennes pour ces récits d’histoires migratoires, évoquant deuil et résilience dans une continuité culturelle que poétise le titre de cette pièce : What Colors Can We Dream in This Night Filled With Salt

Pour le dixième anniversaire de la mort à Miami de l’architecte d’origine irakienne Zaha Hadid née à Bagdad la Fondation réunit ses premières peinture calligraphiques et ses carnets où sont préfigurés ses projets bâtis, sont aussi longuement évoqués ses relations privilégiées avec Hans Ulrich Obrist. Elle y apparaît comme une philosophe plasticienne de l’espace. 

Stan Douglas est un artiste visuel canadien né en 1960 à Vancouver, il présente ici un ensemble photo et vidéo sous le titre Bodies Never Lie, formule empruntée à une chorégraphe où les corps sont associés à la musique et à la danse. Trois séries photographiques reviennent sur des évènements historiques anciens, notamment certains mouvements révolutionnaires de 2011 où la situation politique aurait pu basculer. Ces images réalisées à la chambre en vastes plans généraux regroupent de nombreux protagonistes. Elles sont plus subtiles et plus convaincantes que les adaptations en costume de l’adaptation de la pièce The Enemy of All Mankind: Nine Scenes from John Gay’s Polly. Mais la pièce la plus réussie est la vidéo multicanal commande de Luma. Intitulée Exquisite Corpse, les trois écrans verticaux sont censés représenter un corps, la tête qui chante à gauche, le torse qui joue de la guitare et à droite les jambes et pieds qui dansent. Cette approche de différents cadavres exquis musicaux redonne vie au flamenco, si les deux plans consacrés au chant et à son accompagnement sont à hauteur des interprètes, tandis que l’écran consacré à la danse alterne plans vus en pied, et prises de vue du dessus des danseurs qui dynamisent corps et ombres portées au sol.

Depuis une décennie la poétesse et chanteuse Patti Smith collabore avec Soundwalk Collective pour cette installation multimédia qui sert de cadre aussi à une performance live intitulée Correspondences. Au centre de la Grande Halle une installation immersive est projetée sur quatre immenses écrans installés en croix ; des œuvres aux limites de la lisibilité sont installées sur les parois extérieures. Les différents films projetés au centre le sont par paire Children of Chernobyl,The Acolyte, The Artist and Nature, Burning et Mass Extension. Ils sont accompagnés de paysages sonores enregistrés in situ dans la nature et de musiques et de chants psalmodiés par Patti Smith. Deux grandes tables lumineuses rassemblent les constellations des archives poétiques qui ont nourri les œuvres audiovisuelles. L’ensemble constitue un bouleversant hommage à la nature, à la créativité et à la résilience.

Le chef-d’œuvre de cette programmation est sans conteste les Overpainted Photographs de Gerhard Richter. Cette pratique de surpeinture est commencée dans les années 1980, le peintre sélectionne des tirages vernaculaires 10×15 de son quotidien sur lesquels il applique de la peinture à l’huile, du vernis ou de l’émail, il intervient ensuite par grattage, pression ou déplacement à la surface. On reconnait des subsistances fragmentées de portraits de famille, vues urbaines, clichés de vacances, mais l’acte pictural réoriente notre lecture sur ces représentations mixtes. Trois séries y sont accrochées Grauwald (2008) qui se focalise sur des vues de forêt et Museum Visit (2011) qui s’applique à des œuvres d’art et aux lieux qui les abrite. Cet ensemble d’une grande précision redéfinit peinture photographie et représentation, la taille des œuvres imposant une lecture intime dans un renouveau de la perception.