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YTALIA : une génération italienne à Florence

Forte di Belvedere

YTALIA : une génération italienne à Florence
Après Anthony Gormley (« Human ») en 2015, Giuseppe Penone (“Prospettiva Vegetale”) en 2014, et « Âme et matière » de Zhang Huan en 2013, c’est une sélection d’artistes italiens du XXè siècle que propose cette année la ville de Florence et spécialement le Forte di Belvedere. L’exposition porte le titre énigmatique de « Ytalia », sous le trilogie « Energie, Pensée, Beauté ». Le dossier nous apprend que « À la fin du 13ème Siècle, dans l’une des voûtes de la Basilique Supérieure d’Assise, Cimabue écrivit « Ytalia » sur le bord de la représentation d’une ville, certainement la ville de Rome : une toute première affirmation de l’existence de la civilisation italienne. Avec ce signe, Cimabue exprime que les frontières nationales sont artistiques avant d’être politiques, et que l’identité nationale est faite de culture classique et humaniste, de beauté païenne et de spiritualité chrétienne ». L’énigme du titre de l’exposition se trouve ainsi dévoilée.

Voir en ligne : http://musefirenze.it/fr/mostra-ytalia/

Tour d’horizon

C’est ici Giovanni Anselmo (Turin, 1934) qui permet à l’Arte Povera d’imposer d’emblée sa marque comme l’un des courants majeurs de l’art contemporain italien. Dans un geste autant minimal que minéral, « où les étoiles se rapprochent d’un pas », l’artiste invite le spectateur à contempler l’infini en montant sur l’un des 28 blocs de diorite disposés sur la pelouse du fort. Une autre installation de rocs démultipliés nous annonce le travail de Marco Bagnoli (Empoli, 1949), florentin accompli : il associe roche et métal pour méditer sur le thème du double. Ce qu’il nomme sa parabole « Noli me tangere » reprend son énergétique couleur rouge reportée par une barre verticale d’aluminium vers un parterre de marbres disséminés.

Le Zefiro de Luciano Fabbro (Turin, 1936 - Milan 2007) exalte, quant à lui, la poésie taillée par le vent. La légère brise d’ouest forme une voile de marbre fine et massive à la fois.

Pleins et vides mobilisent la recherche de Remo Salvadori (Florence, 1947) : un cube posé devant le fort et des feuilles de plomb et cuivre accrochées sur sa façade jouent une subtile partition de plis et de coupes complexes. Dans une salle, il présente la grande variété de ses modes d’expression, centrées sur une recherche prégnante de l’infini.

A l’intérieur du fort, on retrouve l’Arte Povera avec des pièces de Mario Merz (Milan, 1925 - Turin, 2003). Pour lui, à la suite de nombre d’artistes depuis la Renaissance, la série de Fibonacci s’intègre naturellement à l’art : cela rappelle la croissance des plantes, de même que les formes primordiales des maisons interrogent la relation nature-homme-architecture par-delà les différences culturelles entre Est et Ouest.

Autre mouvement majeur de l’art italien du XXè siècle, la Transavantgarde, fondée par Achile Bonito Oliva, est ici représentée, aux côtés de Bagnoli et Salvadori, par Mimmo Paladino (Benevento, 1948). A la croisée de sources figuratives égyptienne, étrusque et paléochrétienne et de signes abstraits archétypes d’une poésie moderne, ses techniques mixtes sur panneau synthétisent sa recherche d’union peinture - sculpture : Pozzo di erroi (1983). A ses pieds, deux pièces d’Alighiero Boetti (Turin, 1940 – Rome, 1994), également associé à l’Arte Povera par son fondateur Germano Celant, ou Alighiero et Boetti, comme il signe après 1974 : dans son pays, ses œuvres comme celles-ci, « sans titre » datant de 1994, sont présentées sous son état civil. Tissés d’après ses cartons par des femmes afghanes, ses tapis sont en laine et coton. Agissant de la sorte, il se dit artiste et non peintre, et attribue à cette technique de multiples atouts : entre autres, « elle tue le temps ». A l’extérieur, un « autoportrait » en bronze « se rafraîchissant les idées » permet une rencontre, disons, plus incarnée avec cet artiste tôt disparu.

Domenico Bianchi (Rome, 1955) entend dépasser ces mouvements par un retour à la peinture, mais une peinture revitalisée, sur fond de fibre de verre, par exemple, et à base de matériaux lumineux, tels que cire, palladium, argent, offrant des possibilités de réflexion et de vibrations par contraste. Il travaille des figures géométriques, cercles, sphères, ovules, globules centrés autour d’un nucleus et qui fleurissent vers les bords jusqu’à vouloir indiquer une profondeur par-delà toutes limites.

Face à ses formes totémiques, « sans titre », plomb sur bois, 2017, « Peristilio », combustion sur bois, 2016, Nunzio (L’Aquila, 1954), pense que « Toute chose est filtrée par l’histoire de l’art, par les artistes. Peut-être y-a-t-il aussi un coup d’œil à une certaine primordialité, mais à travers un passage qui donne sur Picasso, Brancusi, avant d’atteindre aux arts primitifs. Ce n’est, en aucune manière, par un chemin direct ».

Avec sa « Calamita cosmica » (littéralement, Aimant cosmique), il avait capté la première attention des visiteurs, Gino de Dominicis (Ancône, 1947, Rome, 1998), révolutionnaire de toujours, en capte aussi l’ultime… Cette pièce géante avait été présentée une première fois en 1990 au Magasin de Grenoble. L’auteur de la Lettera sull’immortalità a écrit par ailleurs « C’est le public qui s’expose à l’art, et non l’inverse ». Expérience risquée certes, mais salutaire, face à ce squelette de monstre hybride et sans identité, car si, comme l’énonce André Malraux, l’art « est le plus court chemin de l’homme à l’homme » c’est toujours grâce à une dimension additionnelle, celle que nous attribuons ici à cette lance immense tendue vers le ciel par ce macchabé animal à l’humour macabre. Repenser l’humanité, en toute simplicité.

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