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Foulards, billes, fils et perles

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La lumière, dans son incidence, apparaît comme le matériau privilégié de Pierre Savatier. C’est par elle que l’objet détermine sa présence et c’est elle qui rend visible l’espace dans lequel il trouve sa propre condition d’existence. Sans cet objet, cependant, la lumière ne serait que pur éclat aveuglant. Si Pierre Savatier semble avoir choisi le photogramme pour donner à voir sa vision personnelle de l’objet, par ce choix, il n’en déconstruit pas moins les éléments constitutifs de la photographie, tout comme les protagonistes du groupe Support-Surface avaient déconstruit les éléments constitutifs de la peinture et de la sculpture. Mais Pierre Savatier, par son dispositif, prend aussi en considération la relation au temps que les premiers n’avaient qu’effleurée : « Je crois que c’est plus simple de dire : « Oui, il s’agit de photographie » ; mais la façon dont la photographie existe est, pour moi, plus liée à l’Histoire de l’Art du XXème siècle qu’à l’histoire de la Photographie. Dans les Arts visuels, la relation au réel passe par la vision ; c’est une des raisons pour lesquelles je travaille autour de la photographie, de son dispositif, en me servant du photogramme pour poser à partir du réel la question de la vision. »

A partir de 1988, Pierre Savatier, né en 1954, créera exclusivement des photogrammes, terme qui est à comprendre non pas dans son acception cinématographique ou scientifique, d’où László Mohoy-Naguy l’a tirée en 1921, mais dans son acception photographique, à savoir l’image qui résulte du procédé simple et archaïque, déjà utilisé par William Henry Fox Talbot et Hippolyte Bayard, et qui n’a recours ni à appareil photographique ni à un objectif.

Le photogramme désigne donc l’images obtenue en chambre noire, autrement dit en laboratoire, par la simple exposition à la lumière d’objets divers posés directement sur le papier sensible.

A la suite donc de Moholy-Naguy, mais en premier lieu de Christian Schad et de Man Ray, puis de tant d’autres, Pierre Savatier dépose sur le papier sensible des objets transparents comme des règles ou des équerres d’écolier pour ses premiers photogrammes, puis des plumes, des globes opalins, des insectes, des petits verres à boire, des cercles à broder, des billes, pour ses photogrammes récents. Depuis qu’il a cessé de superposer des fournitures scolaires sur des tirages de paysages, tous les objets qu’il photographie sont recouvert d’un pièce de textile, un foulard en particulier. Les objets auxquels il a recours dans ses dernières livraisons sont des fils et des perles.

Les photogrammes de Pierre Savatier sont réalisés dans le noir complet sur papier inversible, papier cibachrome autopositifou papier Ilfochrome, souvent de grand format (environ 120 x 100 cm). Selon les séries, différentes sources d’éclairages, parfois mobiles, permettent l’insolation. La filiation avec Moholy-Naguy, là encore, paraît évidente. C’est ainsi que, tout comme lui, Pierre Savatier s’assure d’une structuration de l’espace par la lumière, postulat de base de Moholy-Naguy, pour qui la lumière structure l’espace qui existe a priori mais n’est visible qu’à la condition d’être balisé progressivement par la lumière.

La majeure partie des photogrammes récents de Pierre Savatier est donc en couleurs. Les objets recouverts d’une pièce de textile, coupon ou foulard, engendrent dans ses images un effet tridimensionnel plus ou moins lisible et mettent surtout en oeuvre toute la gamme des tonalités, des couleurs ou du noir profond au blanc éclatant. A l’exception des globes opalins ou des cercles à broder, les objets ne perdent pas leur identité dans l’opération, ils engendrent une relation complexe et perturbante entre leur texture, leur structure, leur forme, les couleurs et les graphismes qui les décorent et la lumière, complexité née du hasard de l’ordonnancement des plis des pièces de textile, de la disposition des objets, de la qualité, du nombre, de la couleur des sources de lumière et de leur mouvement, de l’automatisme du procédé.

La lumière, dans son incidence, apparaît comme le matériau privilégié de Pierre Savatier. C’est par elle que l’objet détermine sa présence et c’est elle qui rend visible l’espace dans lequel il trouve sa propre condition d’existence. Sans cet objet, cependant, la lumière ne serait que pur éclat aveuglant. Si Pierre Savatier semble avoir choisi le photogramme pour donner à voir sa vision personnelle de l’objet, par ce choix, il n’en déconstruit pas moins les éléments constitutifs de la photographie, tout comme les protagonistes du groupe Support-Surface avaient déconstruit les éléments constitutifs de la peinture et de la sculpture. Mais Pierre Savatier, par son dispositif, prend aussi en considération la relation au temps que les premiers n’avaient qu’effleurée : « Je crois que c’est plus simple de dire : « Oui, il s’agit de photographie » ; mais la façon dont la photographie existe est, pour moi, plus liée à l’Histoire de l’Art du XXème siècle qu’à l’histoire de la Photographie. Dans les Arts visuels, la relation au réel passe par la vision ; c’est une des raisons pour lesquelles je travaille autour de la photographie, de son dispositif, en me servant du photogramme pour poser à partir du réel la question de la vision. »

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Article écrit en collaboration pour Show Off : Galerie Jean Brolly, Paris, France
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