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Esthétique de la cicatrice des lieux auxquels on ne peut accéder.

Nicolas Descottes
Nicolas Descottes
Pour Nicolas Descottes le raffinement extrême est atteint la nuit, quand l’objet est hors de tout contexte. Le noir détourne l’objet de manière naturelle. Il acquiert une poésie. Début de voyage, l’objet acquiert une dimension atemporelle : « il y a une esthétique de la destruction ». Nicolas Descottes nous montre cet univers qui nous entoure et que l’on ne regarde jamais. Autodidacte, il vit et travaille à Paris.

Voir en ligne : www.cortexatthletico.com

Comme ces maquettes qui sont à échelle réelle, ces raffineries accèdent de nuit à la lumière par la présence du noir. Ces objets deviennent alors majestueux par le noir. Certains portent une cicatrice, comme ces façades brûlées. Tout le monde a en mémoire un incendie, mais le travail de Nicolas Descottes n’est pas un travail sociologique. C’est une étude. On quitte ici l’anecdotique.

Cette forêt figée par le gel dans lesquels on ne peut pénétrer fascine. Tout est entrelacé. Le spectateur est attiré par une lumière que créent les fibres de matières. Nicolas Descottes joue de l’attirance de ces objets qu’on ne regarde jamais : les raffineries, les centre de simulations d’accidents. La pause est longue, les photographies ne sont jamais retouchées. Dans ces simulations d’accidents, très vite l’âme du feu envahit l’imaginaire. Ce sont des photos de l’immédiateté. La neige carbonique ensorcèle. On ne regarde ces lieux que de loin. Comme dans ses simulations d’incendie, feu et neige carbonique associent les contraires.

Son travail sur « Les façades » est différent mais il reste l’expression d’une écorchure que la vie se réapproprie. Il recherche l’immédiateté, cette trace d’une trame humaine, cette destruction, et la vie renaît.

La série : « Les hommes de dos d’Odessa » est différente. « J’aime aussi quand cela me parle immédiatement. Ces hommes semblent s’oublier face à la mer, face à l’horizon ils chantent. Mais cet horizon n’est pas exempt d’une histoire. En dehors de la ville, ils portent en eux les cicatrices de leur histoire, celle d’une cote mutilée par le béton, des digues qui retiennent le sable, cette cote transformée par l’érosion. Les digues, le vent, le sel. Ces hommes face à la mer racontent cela, mais plus encore. Ils racontent leur histoire, comme s’il y avait la disparition d’un proche en mer, ou l’histoire d’une famille qui a émigré en Israël. De dos, ils sont monologue intérieur. On connaît l’exode des juifs d’Odessa. » Nicolas Descottes aime le travail de l’atemporalité. On ne devine pas les visages, seules les épaules de ces hommes portent la trace de l’histoire. Ces photographies laissent libre cours à l’imagination du spectateur. Hommes libres, ils chérissent cette mer bleue. Face à l’horizon, ils rêvent peut-être d’un ailleurs, oublient les vicissitudes de la vie, pensent peut-être à leur famille perdue. Le premier travail de Nicolas Descottes a été sur la disparition de la mer d’Aral, au Kazakhstan. Un article paru dans le journal Libération et il décide de partir photographier cette catastrophe écologique. Fasciné par la lumière de l’Asie Centrale, par la transformation de ce territoire Nicolas Descottes ne fait pas à proprement parler du reportage, son élan est ailleurs.

Il a certes parcouru l’Europe pour photographier des Centres qui simulent des catastrophes ou des raffineries, de Rotterdam, en Espagne, en Angleterre. Ces lieux qui de prime abord défigurent le paysage, et face auxquels on ne s’arrête jamais. Son propos n’est pas écologique, bien qu’il ouvre la conscience du spectateur. Mais il l’emporte vers la beauté. Pauses longues, les photographies ne sont faciles à faire, il y a du vent. Il faut faire des repérages. Les raffineries la nuit se révèlent magiques. La fumée produite sculpte l’instant. Elle donne vie à la raffinerie. Nicolas Descottes réalise des repérages, aime transgresser l’interdit, mais ces photos sont le fruit d’un travail de longue haleine, sans retouche. La fumée accède à l’esthétique. Immédiateté paradoxale d’un long temps de pause.

Les maquettes quant à elles, sont décontextualisées. Fausse nature reproduite à échelle humaine. Etudier l’objet qui crache du feu dans ses simulations d’accidents, étudier l’objet ainsi celui-ci quitte son statut de nature morte. Son état statique n’est plus. Autour de lui, il ne se passe rien. C’est l’objet qui acquiert la vie. Autour de l’objet il n’y a pas dramatisation d’un homme qui court, il y a une plénitude. Nous sommes dans la construction d’une situation. Nicolas Descottes à l’image de Malcom Morley, d’Andy Wharol est fasciné par les catastrophes, parce que l’on quitte le réel et que l’on entre de plain-pied dans l’univers fictionnel. Regard sur la planète, sur la nature ces raffineries, ces centres d’essais nous interpellent par leur beauté. Le spectateur ne peut être indifférent à la poésie des couleurs de ces paysages enfumées et lumineux.

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