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Tir à vue dans la chambre noire

Une exposition de Steven Pippin au CEAAC à Strasbourg

Point Blank
Point Blank
Steven Pippin, artiste anglais né en 1960, reste trop peu connu en France malgré une belle exposition produite par Frédéric Paul au Frac Limousin en 1995, alors qu’il est un artisan fabuleusement doué de la mise en cause des pouvoirs et limites de la photographie. L’exposition que Bettina Klein lui a consacré tout l’été et jusqu’à ce début d’automne au Ceaac en témoigne brillamment.

Voir en ligne : http://www.ceaac.org/

Cette exposition se construit comme un thriller où l’auteur enquête sur la mort annoncée de la photographie qu’il rejoue dans son laboratoire transformé en salle de dissection. La bande son reste à imaginer par un spectateur cultivé qui saura reconnaitre dans le portrait mis en scène au nom de l’Agence Wide Boys Photographic un remake de pochette Ummagumma des Pink Floyd en 1969. Encore que la musique planante soit quelque peu recouverte par le bruit plus quotidien de la machine à laver du lavomatic qu’il filme pour Laundrettavant d’y développer sa pellicule 35mm.

Comme dans un certain nombre d’enquêtes policières les objets du quotidien de la victime sont sources d’indices utiles. Une grande partie de l’oeuvre de Steven Pippin s’est d’abord constituée en détournant ces objets de leur fonction initiale pour en faire des chambres noires dotées d’un sténopé qui lui ont permis de produire notamment une série d’autoportraits en pied. ont ainsi vu leur destinée domestique transformée une baignoire amenée sur une plage, une armoire etc ... L’artiste ne manquant pas d’humour c’est même une cabine photomaton qui se trouve dépouillée de sa technologie pour devenir une antique camera obscura.

Mais l’ensemble le plus conséquent de cette enquête est constitué par la série Point Blank, signifiant à bout portant. Elle montre le dispositif criminel composé de miroirr, d’une arme qui tire dans le dos ou dans le flanc d’un appareil. On sait que pendant de longues années des premiers clichés au flash de Wee Gee kjusqu’aux nomreux prétendants du Prix World Press un des idéaux du scoop a été de montrer moment exact de la mort d’une victime. Pippin grâce à une grande habileté technologique capte cet instant qui refait image. Dans le train de retour de Strasbourg une brève dans Libération m’apprend que la société Holly Smoke fondé en Alabama par un garde chasse "se propose d’incorporer les cendres d’un défunt dans des cartouches de fusil". La violence de l’impact de la balle est saisie par l’artiste grâce au flash ; en témoignent aussi dans l’exposition les carcasses d’appareil 24x36 ou 6x6 mis à mal par ce shooting qui devient un non évènement. Le titre de l’exposition Non Event l’artiste y accole dans une parenthèse le mot Horizon dont il revendique la définition en astronomie comme frontière d’un trou noir. Les images ont ce caractère de catastrophes stellaires où le choc des planètes est programmé en chambre.

Si la mort de la photographie s’est banalisée jusqu’à ne plus faire histoire c’est peut être qu’elle se joue depuis plus de vingt ans maintenant dans la fausse concurrence entre analogique et numérique. L’ artiste dans la série au beau titre de néologisme Analogital dédouane le numérique de toute culpabilité. Il en affiche les preuves en créant de sdiptyques composés de deux images prises sur le même site avec les deux types d’appareil. A gauche un C-print, à droite un tirage jet d’encre et dans ce composite une belle continuité plastique.

L’appareil lui-même est soupçonné d’avoir induit cette mise à mort photographique, deux appareils de la série Quantum Camera fonctionnant en autarcie, en circuit fermé montre que la mort de l’image contribue aussi à la perte du réel. mais au lieu de plaider lui aussi pour une théorie de la virtualisation généralisée du réel il se consacre à en faire une image au second degré.

Paradoxalement tentant de reproduire une de ces images dans la galerie mon corps d’opérateur numérique vient s’y inscrire au moins en silhouette. Du coup c’est toute une proto-histoire du médium qui se rejoue dans cette recherche et Steven Pippin s’attache à montrer l’alchimie de la matière même de cette implosion de la galaxie photosensible.

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++INFO++
Exposition prolongée jusqu’au 16 octobre

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