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Le peintre et ses démêlés avec le dieu Pan

Exposition "Songe d’une nuit de Valpurgis" Galerie Daniel templon 8 sept– 29 oct 2011

Jeu de malin, 2010 Gouache 123 x 103 cm Courtesy Galerie Daniel Templon, Paris. Photo B.Huet/Tutti.
Jeu de malin, 2010 Gouache 123 x 103 cm Courtesy Galerie Daniel Templon, Paris. Photo B.Huet/Tutti.
Attablés côte à côte, de part et d’autre d’un globe terrestre coiffé d’un entonnoir, une guenon couleur épiscopale, une banane à la main et un « savant » à lunettes s’observent du coin de l’œil, pensifs et interrogatifs. Il se peut même que l’ensemble du globe posé sur son socle figure le point d’interrogation.

Voir en ligne : www.danieltemplon.com

Ce tableau « Dérive » nous accueille à la galerie Templon. La dérive en question, serait celle des continents dans plusieurs millions d’années et serait fidèlement figurée sur le globe terrestre. Mais est-ce bien sur ce sujet que la guenon et l’homme semblent s’interroger ? Garouste ne nous entraîne-il pas sur une fausse piste ? Pour faire diversion. Tel un magicien, l’artiste nous égare, il détourne notre attention pour mieux nous surprendre.

La dérive en question ne serait-elle pas plutôt celle qui s’est opérée entre la guenon et son cousin l’humain. Au début si proches et devenus si éloignés quand la terre devient folle. Le véritable thème de cette exposition ne se tiendrait-il pas là : l’humain s’est éloigné de son animalité et ça lui joue des tours.

Faust s’y est laissé prendre. Le pacte entre Méphisto et Faust fait l’objet du second tableau. Méphisto (très crédible en J-M Ribes) qui possède trois paires d’yeux tel un super-voyant ou un Boddhisattva, montre à Faust (G.Garouste) l’endroit ou il doit signer de son sang. Faust s’apprête à le faire, le bout de son doigt est déjà fendu, mais son bras surgit de sa bouche (Garouste en présente une sculpture « La signature »), ce qui laisse supposer que le geste s’est imposé avant la parole. Douloureusement et avec effroi, Faust accouche de son geste par la bouche comme s’il ne pouvait faire autrement.

En fait, Méphisto, le diable est un voyant, un sage, qui indique à l’homme de se remettre en contact avec ce qu’il a perdu, à savoir son lien avec l’animalité. Et là, on ne peut s’empêcher d’associer le dieu Pan. Fils d’Hermès et d’une nymphe des bois qui l’abandonna tant il était laid, ce dieu mi-homme, mi-bouc, qui pourtant avait été reconnu par l’Olympe comme un dieu, fut chassé de la cité et condamné à vivre aux frontières du monde sauvage, c’est-à-dire loin de la « civilisation ». Ce dieu qui symbolise toute notre sensorialité d’humain, et tout notre rapport psychique à la nature, n’eut pas droit de cité. Et quand il surgissait dans l’agora, à l’heure dite de Pan, à midi, quand le soleil, à son zénith, supprimait les ombres, il fallait s’inquiéter, la folie et le désordre n’était pas loin.

Pourtant, dans « La fin des oracles », Plutarque rapporte qu’un grand cri se propagea quand il fut annoncé que : « Le grand Pan est mort ». Dieu des frontières qu’il scrutait de son œil perçant, Pan était le médiateur entre nous et la nature, où chaque parcelle de cette nature était habitée par des nymphes et toutes sortes d’entités qui la rendaient vivante. A la mort du dieu Pan, nous avons perd ce lien qui faisait aussi de nous, une partie de cette nature. Plus tard, à l’avènement du monde chrétien, Pan devint le diable, il en eut toutes ses caractéristiques. Ce dieu Pan, quand on ne l’accueille pas en nous, qu’on ne lui fait pas une place peut, comme l’irruption et le retour de tout ce qui est refoulé, surgir à tous moments. Et s’il ne nous conduit pas à commettre des actes que la morale réprouve, il peuple nos cauchemars.

Les peintures de Gérard Garouste, peuplées de boucs, de chèvres libidineuses, de singes tristes, de figures grimaçantes qui tirent la langue, de personnages contorsionnés, comme possédés nous réjouissent tant par leur plasticité que par les couleurs sensuelles dont ils sont parés.

De l’autre côté de la rue, impasse Beaubourg, cette exposition se poursuit avec, entre autre, des sculptures en bronze inédites.

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++INFO++

Galerie Daniel Templon

30 rue Beaubourg Paris 75003 0142721410

Gérard Garouste, Songe d’une nuit de Valpurgis 8 sept– 29 oct 2011

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