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CHINA GOLD

L’art contemporain chinois s’invite à Paris

Wang Qingsong, Glory of Hope, 2007
Wang Qingsong, Glory of Hope, 2007
C-Print/tirage chromogénique, 240x180 cm
Exposition d’une très grande qualité rassemblant trente cinq artistes sélectionnés par Alona Kagan. Un panorama des multiples tendances qui ont vu le jour depuis ces trente dernières années.

C’est une exposition essentielle qu’il nous est permis de voir au Musée Maillol car nous avons là l’un des meilleurs synopsis sur l’art contemporain chinois, devenu, en quelques années seulement, l’un des principaux pôles de la création internationale. L’histoire de ce phénomène, encore impensable au lendemain du traumatisme causé par la Révolution culturelle maoïste, a débuté par l’éclosion de petits mouvements animés par des artistes audacieux comme le Groupe des Etoiles (Xing Xing) en 1979 – représenté ici par le sculpteur Wang Keping et l’installationiste Ai Wei Wei – ou celui du Village de l’Est au début des années quatre-vingt-dix, ainsi que le Groupe de l’Art du Nord – avec pour mentor le fameux Wang Guangyi – d’où sont issus de nombreux artistes aujourd’hui célèbres. Des tendances picturales, comme le réalisme cynique, le Gaudy art et le Pop politique, ont façonné les étapes de cette histoire de l’art contemporain chinois. L’intérêt de CHINA GOLD est de nous présenter un panorama des multiples tendances qui ont vu le jour depuis ces trente dernières années. L’objet de cette exposition est de nous montrer que les artistes chinois prennent en charge dans leurs œuvres les nombreux paradoxes qui caractérisent leur société : croissance exponentielle de l’économie nationale par un exode massif des paysans (les min gong) quittant les campagnes pour les mégapoles telles que Shanghai ou Chongqing, accompagnés de leur cortège de misère, de leur déphasage culturel et, comme nous le montre avec ironie le photographe Wang Qingsong, d’un éveil, encore à peine perceptible, d’une probable et nouvelle « conscience de classe ».

Forts d’une culture ancestrale plusieurs fois millénaires, les artistes sont les héritiers de cette tradition bien qu’ils tentent de traduire dans leur travail l’extraordinaire kaléidoscope sociologique qu’offre la Chine du XXI° siècle en recourant aux divers médiums dont dispose l’art contemporain. Vidéos, photographies, happenings (1) filmés et installations côtoient peintures et sculptures au sens traditionnel. L’art contemporain chinois se trouve en face de vastes défis : rendre compte de l’évolution du monde, de la posture des artistes dans leur propre société, de l’appréhension du corps dans le contexte de la mondialisation avec une introduction de thèmes qui longtemps n’avaient pu figurer dans la tradition, comme la représentation du nu (2) ou de la violence, dans sa dimension heuristique, tout en s’appuyant sur la spécificité de la culture gestuelle chinoise telle la calligraphie ou la peinture sur soie. Si certains des artistes figurant à cette exposition sont désormais des figures mondialement connues (Zeng Fanzhi, Sheng Qi, Zhang Dali, Ma Liuming, Hong Hao, Zhang Xiaogang…), d’autres œuvres réalisées par des auteurs doués de très grands talents restent à découvrir. Ils complètent ainsi cet extraordinaire paysage qu’est devenue la création contemporaine dans ce pays. Il nous faut donc saluer cet événement qui complète utilement l’exposition ALORS LA CHINE ? , montée il y a quelques années au Centre Pompidou.

Néanmoins, on peut déplorer qu’aucun spécialiste de l’art contemporain chinois, parmi les universitaires français et étrangers, n’ait été convié à la rédaction d’un catalogue qui se contente de donner des informations purement factuelles ou de réemployer des poncifs (l’ « Empire du Milieu » entre autre exemple…) encore tenaces. Révélateur de cette faiblesse est le choix du titre de l’exposition, CHINA GOLD. Alona Kagan, galeriste new yorkaise de son état, commissaire de cette exposition parisienne, le justifie ainsi : « Dans la Chine impériale, seul l’Empereur pouvait arborer la couleur jaune. Aujourd’hui, la génération d’artistes qui oeuvrent pour un renouveau de toutes les formes d’expressions artistiques se sont symboliquement réapproprié la couleur impériale tant il paraît évident qu’ils portent en eux l’avenir de leur pays »(3). Un communiqué d’une autre teneur eut été le bienvenu. Dire notamment que le jaune est la couleur de la licence et de la transgression aurait porté l’attention d’emblée à un autre niveau de compréhension, celui du rapport entre les arts et les pouvoirs évidemment (4).

1-Thomas Berghuis, Performance Art in China, Hong Kong, Timezone 8, 2006 2-François Jullien, De l’essence ou du nu, Paris, Seuil, 2000 3-Communiqué de presse. Musée Maillol. 4-Emmanuel Lincot (dir°), Arts, propagandes et résistances en Chine – Mélanges I, Paris, You Feng, 2008

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++INFO++
Informations : « CHINA GOLD » a lieu au Musée Maillol (61 rue de Grenelle – Paris 7° – Métro : Rue du Bac) du 18 juin au 13 octobre 2008. L’exposition est ouverte tous les jours sauf le mardi de 11 à 18 heures. Un catalogue avec les biographies des artistes est proposé en librairie.
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