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Barthélémy TOGUO The Lost Dog’s Orchestra , un monde spécifique de représentations

Entretien réalisé à l’atelier de l’artiste le 23 septembre 2010

Vue de l'exposition
Vue de l’exposition
Barthélémy TOGUO expose à la galerie Lelong à Paris. The Lost Dogs’Orchestra est une véritable mise en scène des œuvres de cet artiste plasticien camerounais aux talents multiples : vidéos, photos, dessins, céramiques, sculptures, lithographies se déploient comme un hymne, dans une orchestration sublime, presque symphonique d’une vision de notre monde contemporain .The Lost Dogs’ Orchestra, a été pensée par l’artiste comme une mise en scène théâtrale pour un propos qui ne l’est pas. Elle offre un regard sur notre société, qui connait la souffrance en raison de ses multiples dérives économiques… Mais Barthélémy TOGUO n’offre pas qu’une vision cynique de notre société contemporaine, The Last Dogs’ Orchestra est un chant à la beauté.

Voir en ligne : www.barthelemytoguo.com

Bartélémy Togo

« L’homme est la source de ses malheurs… J’ai pensé à l’exposition comme une mise en scène théâtrale qui offre un regard sur la société, notre monde contemporain, qui va mal…Si l’on regarde les médias, une overdose d’informations, de scandales, de scoops, d’intox nous assaille. Cela m’inspire, mais il est bien sûr important de savoir dissocier la bonne information de l’intox… J’ai donc, en tant qu’artiste plasticien, créé des formes pour illustrer cela.

Dès l’entrée de la salle, une fourmilière de salamandres envahit l’espace de la galerie. On découvrira plus tard, au fond de la salle, qu’elles dévorent un nourrisson posé sur un monticule de terre glaise. Cette mise en scène brutale, cynique et déroutante nous montre une société qui s’est éloignée de la solidarité humaine. Une société malade dans laquelle on voit souffrir les autres.

Une partie du sol est recouvert de cartons d’emballages de bananes. Matérialisation des problèmes économiques de l’agriculture des pays du Sud. C’est un acte critique et artistique qui dénonce ce que Léopold Sédar Senghor appelait « la détérioration des termes de l’échange » où les prix à l’export imposés par l’Occident pénalisent et appauvrissent durablement les agriculteurs du Sud.

Au centre, sur un tréteau est déposé un cercueil…célébration de deuil de notre société. De ce cercueil, des mains surgissent. Elles portent des globes. Ces mains tendues qui demandent de l’aide, ces mains ouvertes portent le monde qu’il faut protéger.

Et sur les murs, sont disposés des dessins, qui célèbrent aussi la beauté de « la vie… » qui est aussi ma source d’inspiration… »

Florence Valérie ALONZO :

Les plantes déposées dans l’espace de la galerie, qui se fanent et se dessèchent, ne sont-elles pas illustration de notre société en perdition ?

Barthélémy TOGUO :

C’est une vision négative matérialisée par cette installation discrète, tout autour du long du mur au sol. Elle est aussitôt en alternance avec une dimension idyllique que je présente dans l’exposition. De la ouate, comme du coton, toute blanche, feutre l’atmosphère de cette mise en scène. Une protection, une beauté qui vient alterner les douleurs de l’homme. Telle est l’essence même de l’art ! La beauté atténue les souffrances. »

F.V.A :

Dans la seconde moitié de la salle, on découvre la série des cartes postales Head Above Water…

Barthélémy TOGUO :

« Dans cette série, que j’ai débuté en Serbie et au Kosovo en 2004, je donne la parole aux habitants de certaines villes emblématiques Lagos, La Havane, Mexico, Hiroshima…Ils ont parlé librement de leur environnement, de leur situation, de leurs attentes, de leurs espoirs sur des cartes postales illustrées qui deviennent autant de témoignages. A Auschwitz-Birkenau, seul le silence régnait…

La beauté est l’écrin de cette exposition. Elle est au-delà de tous ces ressentis humains. La beauté y côtoie la douleur, la sexualité y côtoie la guerre, la guerre y côtoie le monde végétal, la souffrance côtoie le plaisir…

F.V.A :

Au rez-de-chaussée de la galerie Lelong sont exposées des lithographies…

Barthélémy TOGUO :

Je les ai réalisées au printemps 2009 chez ITEM EDITIONS. Une série de lithographies a suivi par une exposition à Paris et au centre d’arts plastiques de Chatelleraut. C’était la première fois que j’abordais cette technique, contrairement à la gravure. Dans la lithographie, il y a un travail de sensation, car je travaille beaucoup avec les main libres au contact de la pierre ; j’en caresse la surface, de mes doigts, d’un geste ramassé, avec de l’eau et de la couleur, en insistant délicatement sur les parties sensibles. J’y laisse des tâches diluées qui vont composer les volumes et qui se diffusent ensuite. C’est comme faire un mixage avec des disques vinyles, comme un DJ en pleine action et en « extase »…Le résultat est comme une étendue d’océan qui révèle des îlots, des archipels…ou une étendue de désert qui dévoile des oasis. Alors qu’avec la gravure, il y a une confrontation plus physique, un combat entre le corps et l’outil, des ciseaux bien aiguisés qui pénètrent la matière ; le résultat visuel est différent, la sensibilité du regard aussi. Quand on regarde une gravure, on perçoit les traces du passage de l’outil et l’empreinte d’une action, d’une entaille et d’une « violence » sur la matière.

Avec la lithographie, on a l’impression de « cajoler », de palper quelque chose de sensible et de lisse, de caresser « délicatement et tendrement » comme le corps d’une femme à l’aube d’un jour d’été. Tout y est uni et cadencé comme dans une partition d’orchestre. L’émotion forte éveille d’abord l’esprit, puis entérine le mouvement, qui produit ensuite la forme et va enfin procurer le plaisir, la jouissance du regard, bref la contemplation de la beauté.

F.V.A :

Le jour du vernissage, vous avez réalisé une performance intitulée Lamberena, performance de dix minutes, sur une musique de Bach. On vous y découvre alors disparaissant dans un sac constitué des 54 drapeaux des pays africains…

Barthélémy TOGUO :

« A l’intérieur, je bouge, je serpente au sol, je marche debout, je gesticule. Pour finir je ressors du sac, et je l’attache sur une structure métallique semblable à celle des structures de poubelles de la ville de Paris. Je voulais montrer que l’Afrique est devenue la poubelle de l’Occident. The Last Dogs’ Orchestra est une pièce de théâtre dans laquelle les chiens perdus peuvent être les hommes qui ont perdu toute notion d’écologie, de morale et de solidarité. Ce n’est que par la prise de conscience des uns et des autres qu’on pourra rêver d’un monde meilleur… Je ne suis pas un donneur de leçon…mais je suis attentif à notre société. J’adhère au propos de Kant qui disait : « l’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire, il est un moyen de mouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes ».

F.V.A :

Artiste polyvalent, vous n’avez pas de médium de prédilection. Vous utilisez la vidéo, la photographie, le dessin, la sculpture, la céramique, la mise en scène, la performance pour illustrer vos idées.

Barthélémy TOGUO :

Cette polyvalence, je l’ai acquise au cours de ma formation artistique dans les écoles d’art d’Abidjan, de Grenoble et enfin à la Kunst Academie de Düsseldorf. Ces formations, plus classique à Abidjan, davantage orientée vers l’avant-garde à Grenoble, et le professionnalisme, le concret à Düsseldorf me donnent cette virtuosité d’utiliser les différents média qui me permettent de matérialiser mes pensées. Les actionnistes viennois m’ont également beaucoup marqué, ainsi que les chanteurs de Reggae. Leur engagement, leur rapport direct avec la société, leur capacité à susciter chez l’homme un rêve, un engouement… »

F.V.A :

Et cette série de photographies, dans laquelle vous vous mettez en scène…

Barthélémy TOGUO :

J’ai créé une série de photos performance intitulée « The Stupid African President » dans laquelle je me mets effectivement en scène pour critiquer la déforestation qui petit à petit favorise l’avancée du désert, mais surtout, qui fait disparaître des pratiques culturelles, des communautés qui y vivent. J’y évoque aussi le problème du sous-sol africain avec ses richesses et son exploitation dans « African Oil ». Le problème de l’eau occupe aussi une place essentielle. Les problèmes sont posés. Mais la misère que vit le continent Africain, est en partie attribuée aux leaders africains, aux politiques. »

F.V.A :

Pourriez-vous nous parler de BANDJOUN STATION, votre centre d’Art Contemporain au Cameroun…

Barthélémy TOGUO :

Au regard du manque d’espace pour garder la création africaine artistique classique et contemporaine sur le continent africain, au regard de l’absence totale de projet culturel ambitieux en Afrique, j’ai décidé de créer un BANDJOUN STATION, pour faire de ce lieu, un lieu d’échanges, de rencontres avec des artistes du monde entier qui viendront développer des projets en adéquation avec la communauté locale. A ce projet culturel, est associé un volet agricole pour amener la communauté locale à conquérir l’autosuffisance alimentaire et vaincre la famine, la pauvreté, la misère. Nous avons d’ailleurs planté 4000 arbres cet été 2010.

Je reste un artiste proche des gens…un artiste qui s’inspire de notre société contemporaine, de nos préoccupations économiques, artistiques… »

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++INFO++

Barthélémy TOGUO, The Lost Dogs’ Orchestra,

9 septembre-9 octobre 2010

Galerie Lelong

13 rue de Téhéran 75008 Paris

http://www.galerie-lelong.com/

http://www.bandjounstation.com

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