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Yves Trémorin EVA Les blasons d’un corps prothétique

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Dans l’univers d’Yves Trémorin le corps a longtemps été celui de ses proches, anatomie maternelle de « Cette femme-là » ou chair et peaux des amants « Corps à corps » au temps de Noir Limite, puis corps tendrement colorés au plus près de l’intimité partagée avec « Sa Tribu ». Suite à sa résidence à la Capsule au Bourget il a produit une nouvelle série « EVA (Extra-Véhiculaires) » qui a fait l’objet d’une exposition en mars 2019 au Centre André Malraux de la ville. Aujourd’hui le corps doit se penser à l’aune des expérimentations du transhumanisme.

Voir en ligne : http://ddab.org/fr/oeuvres/TREMORIN

Yves Trémorin s’est formé en étudiant les mathématiques puis il s’est spécialisé en analyse numérique tout en pratiquant la photographie. Cette série a pu voir le jour grâce à d’autres ensembles d’images. Un motif naturel sur un fond neutre évoquant une prise de vue scientifique a fait l’objet des Transparences (2006) elles explorent en rétro-éclairage la dépouille d’un merle , d’une huitre ou d’ amiboïdes. Mais la série plastiquement la plus proche est celle des Soleils noirs de 2009, les clichés ont été produits en 2009 grâce au microscope électronique de l’IUT de Mesures physiques de Bourges. Les protocoles du photographe s’inspirent des recherches scientifiques, la question posée est ici celle du devenir numérique de l’être humain, les dispositifs font coïncider prothèses et microscope électronique. La fragilité humaine trouve ici son catalogue de ressources avec de nouvelles pratiques du care.

Norbert Hilaire dans son essai La réparation dans l’art en dresse la logique : « Avec l’essor de ces technologies et des marchés qui les soutiennent, le corps s’est affirmé comme le successeur de l’âme, un corps modelable, et comme co-produit par la multitude des technologies chimiques, génétiques, chirurgicales, sportives, diététiques, qui permettent son remodelage à l’infini. » Pour montrer cette évolution le livre s’ouvre sur des os de pieds et mains d’un squelette synthétique. La chair se trouve ensuite simulée par des gants hyper-réalistes en PVC créés par l’Institut des Systèmes Intelligents et de Robotique.

Mais cet état de simulation est dépassé. Norbert Hilaire en témoigne : « En regard de cette esthétique prothétisée (qui vise l’amélioration constante d’un corps engagé dans son devenir cyborg), il faudrait parler d’une prothétique esthétisée (qui viserait, quant à elle, la réparation des humains handicapés). » C’est dans cette nouvelle direction que s’orientent les Mains prothétiques poly- digitales Touch Bioniques. Les biotechnologies entrent en jeu par l’entremise du contrôle myo-électrique de ces prothèses. La main n’étant pas opérante sans les commandes d’une unité centrale, elle est représentée ici par la Tête du Robot iCube.

L’anatomie en kit permet l’arrivée en scène d’une entité anatomique prête à entrer en action, la combinaison spatiale EVA A7-LB de la mission spatiale Apollo 17 tient le premier rôle. Issue du Musée de l’Air et d l’Espace du Bourget elle est complétée par sa machine de vision, un Casque LEVA Assemblage lunaire extravéhiculaire de vision.

L’évolution humaine agrémentée d’artefacts et d’appareillages se fait parallèlement à d’autres recherches où l’animal est expérimenté et ce qui est aussi nouveau que respectueux sans user de sa souffrance mal justifiée par l’amélioration de l’homme. Huit photographies témoignent des recherches du labo justement appelé Imagine : accueilli à l’Institut Pasteur de Morphogenèse du coeur il permet de modéliser en 3D des coeurs de souris. Sur le fond noir de l’écran l’organe simulé apparaît entre nacre et marbre comme une pure sculpture en hommage à la vie prolongée.

Pour clore cette aventure de la recherche prothétique deux clichés revendiquent le caractère hautement esthétique de ces réalisations que ce soit le satellite PROGNOZ 2 en quête d’un aspect particulier du soleil ou le Porte-tablette du robot Kompaï produit par Robosoft et qualifié de compagnon. La solitude de l’homme augmenté dans cet univers de création nécessite au moins une telle présence.

La dernière image du livre dans l’imprécision de sa légende qui n’indique que l’outil de la prise de vue ( microscope optique à fond noir) nous laisse face à ce qui reste irremplaçable, la chair, celle d’un animalcule mystérieux, partie prenante de la chaîne du vivant, dont on reconnait un oeil qui nous regarde et nous oblige à affirmer notre propre humanité.

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