Andy Warhol est le symbole de la révolution artistique des années 1960-1980 - une période « formidable » (il use et abuse de cet adjectif). Son style faussement stéréotypé est reconnaissable au premier coup d’œil. Mais il y a aussi la légende, une légende construite avec autant de naturel que de calcul.
Du premier entretien dans Art Voices en 1962 jusqu’au dernier avec Paul Taylor en 1987, Andy Warhol a toujours répondu au système de médiatisation qui le fascinait tant et qu’il avait bonheur à entretenir. Observateur scrupuleux des médias, lui-même éditeur du magazine Interview dés 1969, il avait compris, et usé avec malice et bonheur de cet exercice de style. Un entretien, pour lui, c’est un happening, un moment de théâtre improvisé et maîtrisé. Il a ainsi façonné son image publique par des réponses précises ou sibyllines, à la fois elliptiques et lumineuses, qu’il livrait avec humour et détachement. Il peut tout aussi bien répondre que par oui ou non ou par onomatopées et monosyllabes. Dans sa première interview de décembre 1962, qui commence par cette question : « Qu’est-ce que le pop art « » Warhol répond : « Oui », et qui se termine ainsi : « Qu’est-ce que le Coca-Cola représente pour vous » » Réponse : « Pop. »
Sous couvert d’une indifférence amusée, Warhol implique fréquemment le journaliste devenant l’interviewé, renversant les rôles jusqu’à arriver à un dédoublement de personnalité. Il se dérobe, esquive, saute du coq à l’âne, raconte sa journée, s’enthousiasme pour des choses insignifiantes. Warhol n’a ni théorie ni explication et joue volontiers les imbéciles. Deux ans avant sa mort, il rencontre le critique Benjamin Buchloh. qui lui demande pourquoi les images qu’il choisit « semblent presque des archétypes de l’histoire de la publicité ». Warhol répond qu’il ne sait pas, que ce sont des images de cour de récréation. Buchloh s’acharne, mais c’est lui qui théorise. Warhol se contente de relancer. Il inverse les rôles encore une fois.
Warhol aime parler, jouer avec les mots et les silences. Il passe des heures au téléphone avec ses proches comme Viva, Ultra Violet... parlant de tout et de rien... mais parlant. Il livre aussi des éléments précieux ou des anecdotes sur son travail comme dans cet entretien dans la revue américaine Artnews, où Warhol énonce (1963) une des obsessions des artistes d’avant-garde d’aujourd’hui, qui tendent à nier l’art classique en niant leur propre qualité d’auteur : « Je pense que quelqu’un devrait être capable de faire les peintures à ma place [...]. Ce serait formidable si nous étions plus nombreux à utiliser la sérigraphie jusqu’au point de savoir si c’est mon tableau ou celui de quelqu’un d’autre. » Question du journaliste : « Ça bouleverserait l’histoire de l’art » - Oui. « ou encore lors de cet entretien de 1966 dans lequel il déclare qu’« il n’y a vraiment rien à comprendre à mon travail. [...] Je ne voulais plus peindre, je me suis dit qu’une bonne façon pour moi d’en finir avec la peinture serait d’avoir une peinture qui flotte, et j’ai inventé ces rectangles argentés gonflés à l’hélium. »
Sa dernière interview est publiée dans Flash Art en 1987. Warhol y parle de sa production filmée, particulièrement novatrice : « le Whitney Museum va organiser une rétrospective de vos films. - Peut-être, oui. - Ça vous plaît ? - Non. - Pourquoi non ? - C’est mieux d’en parler que de les voir. » Et un peu plus loin : « Je travaille dur. C’est tout. Tout ça est une chimère. - La vie est une chimère ? - Oui. » Il meurt quelques jours plus tard, au cours d’une opération, d’un accident d’anesthésie
Adolescent, Andy Warhol collectionne les autographes et photos de stars. Quelques années plus tard, il est une star et continue à collectionner les photographies de stars, lesquelles deviennent l’objet de sa passion créatrice. Andy Warhol adore les appareils photo, les caméras, la télévision et les enregistreurs qu’il pose bien en évidence devant les journalistes qui viennent l’interviewer. Il aime mettre sur pellicule ses moments de détente, de strass ou de paillette, ainsi que ses amis. Ainsi on y retrouve aussi bien des stars Diana Ross, Tuman Capote, Jim Carey, Demi Moore, Grace Jones, Mick Jagger, John McEnroe... que le milieu artistique tel que Keith Haring, Sonia Rickel, Larry Rivers, Jean Michel Basquiat, Robert Rauschenberg, Roy Lichtenstein... Tous se rassemblent à la Factory afin de se faire voir, d’être vus, et d’apparaître dans les potins d’Interview.
Peinture, pub, cinéma, rock, presse, clubbing... Andy Warhol ou son/ses images après les années soixante est partout. De dérives en éclats, il restera le représentant éternel du Pop Art, chantre d’une société de consommation qui le fascine. Warhol est un artiste né, personnage auto-fabriqué qui est l’observateur retors d’un monde en décomposition.
Titre : Entretiens 1962-1987 Auteur : Andy Warhol (Préface d’Alain Cueff et textes choisies par Kenneth Goldsmith) Langue : Français Editeur : Grasset 410 pages. ISBN : 2 246 68031 X
Titre : Warhol’s World Auteur : Andy Warhol (Préface de Glenn O’Brien) Langue : Anglais Editeur : Hauser & Wirth, Steidl 317 pages ISBN : 3 86521 241 7
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