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Vincent Cordebard

Vincent Cordebard. Ses conversations faites à l’enfant nous autres menacé de mort.

La peinture est un jeu d'enfants
La peinture est un jeu d’enfants
Revenu de tout il crée en survivant. Il a surmonté « la tempérance des évidences physiques ». Voilà plusieurs décennies qu’il fait commerce intime d’images peintes ou repeintes à l’encre photo qui toutes nous dérangent toujours au plus vrai de nos lâchetés, de nos compromis, de leurs petits arrangements. Celles et ceux qu’il peint ont côtoyé les sales proximités des « grandes noces », ont surmonté les radiations écorchées des « Controverses anatomiques » médicalisées. Chacun, chacune a expérimenté dans sa survie de tous les jours « les hypothèses de la guerre » qui comme on le sait est devenu mondialement civile.

Voir en ligne : http://vincent.cordebard.pagesperso...

Dans son œuvre mixte comme dans ses peintures il n’est aucun corps qui ne soit indemne en dépit de la force de sa maturité ou grâce au précaire équilibre de sa jeunesse. Pour l’ensemble il n’est pas de génération intermédiaire, si ce n’est quand la dramaturgie instiguée par le titre nécessite des figurants, danseuse, funambule ou figure d’une mythologie réappropriée. Aux temps vernaculaires des clichés de famille contrariés chaque visage, chaque corps des adultes prédateurs ou des enfants menacés était scarifié d’écrits. Pour le nouveau cycle des toiles récentes, ces sept chapitres dits abusivement « scènes la vie ordinaire », ce sont les couleurs acidulées qui oblitèrent les gestes et les rapports falsifiés qu’ils tentent maladroitement de masquer.

Ces couleurs vives bien que gaies semblent salies par l’outre présence des figures désarticulées, comme désorientées par leur difficulté à se situer dans l’espace de la toile. Beaucoup sont défigurées, émaciées de couleurs. La violence distend les membres, menaces physiques, agressions et viols font le quotidien de ces toiles inspirées d’images d’une actualité toujours hors du simple quotidien. Des chiens couchants participent en bassesses empathiques.

Les seuls témoins à charge sont des plantes d’appartement qui se désengagent en amorçant des dialogues futiles avec les motifs des robes se voulant pimpantes, apparemment rien de commun avec les sanglants bouquets noir et blanc des « Noces d’opale ».

Toujours les mains adultes sont en saisine sur les figures d’enfance, elles agrippent aussi le souvenir photos de groupes familiaux des cérémonies maritales, études justement intitulées « Les attentats à la pudeur. » Quand il y a amorce de visage il se façonne en aplats clairs à moins qu’il ne se hurle en masque moins clown que pantin, dont les anatomies pendent à des mains dont ils semblent chercher quelque échappatoire. Des bacchanales s’organisent comme en toute innocence –« fichue(s) perspective(s) »- que tentent de contrarier ces mains qui s’ouvrent en pieuvres du refus.

Le carré des toiles, comme celui du moyen format photographique accentue la clôture des situations qu’elle dramatise, le huis clos sauvage se bâtit sur l’inégalité des tailles, les échelles variées des silhouettes s’appuient sur la hiérarchie des dominations. En cela il fraternise avec Marlene Dumas, quand elle avoue dans Miss Interpretated 1992 : « Je n’ai aucune idée de la taille d’une tête moyenne. (Je n’ai aucune idée de la grosseur de quoi que ce soit !) L’anatomie ne m’a jamais intéressée. Pour moi, comme pour les enfants, la grosseur des choses dépend de l’importance qu’on leur accorde. »

Il y a du cirque dans ses suspensions de gestes entravés, une danse pré -macabre qui fait que ses desseins paraissent vite aussi troubles que ceux avoués par la même artiste « Intentions Des femmes m’ont accusé de malmener les bébés. On a dit que je maltraitais les adultes mais qu’eux, au moins, pouvaient se défendre. Et que même si les bébés étaient tels que je les représente, on ne voulait pas les voir ainsi. On m’a accusé ensuite de dire la vérité puis de m’en excuser. Il faut dire que j’étais très fatiguée. » Marlène Dumas Miss Interpretated 1992

La titraille de chaque ensemble comme de chaque opus singulier ouvre une théâtralité qu’il revendique en héritage d’Artaud. Un humour moins noir que vraiment désespéré relie chaque œuvre comme autant de scènes successives d’un drame inséparable de l’humaine condition. A chacun d’entre nous de renouer le dialogue interrompu de la « conversation faite à un enfant mort », celui que nous avions si intimement incarné. Le grand œuvre de Vincent Cordebard nous y invite sans le faux semblant de quelque maudite espérance.

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