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UNE ECOLE FRANÇAISE EN ARLES ?

Grégoire Alexandre
Grégoire Alexandre
L’édition 2012 des Rencontres Internationales de la Photographie en Arles montre discrètement à travers une belle sélection d’anciens étudiants comment l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie a tout au long de ces 30 ans eu un impact considérable sur le développement de la photographie et de l’art contemporain en France. Contrairement aux exemples nordiques de Helsinki et de Düsseldorf, l’école d’Arles n’a jamais eu l’ambition de s’inscrire dans une vision de communauté unie par une esthétique photographique unique ni de considérer l’enseignement comme une vitrine promotionnelle d’une certaine photographie.

Voir en ligne : www.ensp-arles.com

Ainsi l’ENSP continue à s’affirmer contre tout formatage, attitude qui lui a permis de former aussi bien des théoriciens devenus institutionnels (deux directeurs d’école d’art dont Rémy Fenzy) mais aussi des artistes qui travaillent chacun leur propre projet ainsi que plusieurs conservateurs comme celui de Beaubourg, celle du quai Branly ou la responsable de l’exposition mode au musée Galliera. Parce qu’ils maitrisent bien leur sujet ces conservateurs sont capables d’affirmer distance, humour et légèreté comme en témoignent les expositions de Luce Lebart, directrice de la SFP ou celle sur les Archives Alinari par Christophe Berthoud.

Les expositions, principalement aux anciensateliers de la SNCF, révèlent une grande diversité de styles et un engagement certain de cette école qui a su faire émerger de grands talents et surtout des auteurs singuliers qui se caractérisent tous par l’exigence de la qualité photographique. Il est regrettable qu’on n’ait pas assez insisté sur certaines pièces superbes comme l’installation vidéo de Mehdi Meddacci, certes mal présentée en entrée du bâtiment et sans siège pour permettre une meilleure lecture de l’œuvre. Il existe une réelle sensibilité dans lestirages noir et blanc de Jean Louis Tornato qui abordent métaphoriquement les questions de l’inconscient et du désir en confrontant l’intimité du sommeil aux images apocalyptiques. Cette sensibilité plastique même si chromatiquement et thématiquement différente on la retrouve aussi dans les variations sur les limites blanches de l’image chez Joséphine Michel. Elle se manifeste aussi bien entendu dans les tirages superbes d’une beauté fragilement surexposée de Dorothée Smith sur l’identité sexuelle dans un monde de violence.

Quant aux liens avec le monde des sciences, il s’affirme par les remarquables scènes que Vincent Fournier a su construire au contact de la recherche spatiale ou dans les vues sismographiques d’Alexandre Maubert. Très différentes entre elles, ces pratiques restent toujours situées dans les rapports avec l’art contemporain comme le prouve l’excellente exposition de photos de mode de Grégoire Alexandre ou la série très becherienne des panneaux d’affichages de Sunghee Lee, ancien étudiant coréen de l’école qui a décidé comme Mireille Loup 8ex-étudiante aussi) de s’installer à Arles. D’autres parmi les anciens étudiants de l’école d’Arles dont les travaux marquent la qualité des Rencontres ont su faire fructifier cet enseignement critique, ouvert et exigeant dans leur pays. C’est le cas du Japonais Tadashi Ono qui dirige aujourd’hui la section photo et art contemporain à l’Université de Kyoto ou de l’Islandais Pétur Thomsen dont l’engagement photographique et écologique dans son pays est pertinent.

La diversité des pratiques des enseignants ici exposés correspond bien àla variété des orientations esthétiques des anciens étudiants. En témoignent les dessins et vidéo de Muriel Toulemonde, le documentaire littéraire d’Alain Desvergnes en lien au monde de Faulkner (malheureusement coincé dans un angle mort), les pratiques straight noir et blanc et couleur d’Arnaud Claass mais aussi la proposition d’une nouvelle encyclopédie de l’image d’actualité de Christian Milovanoff au Musée Réattu.

L’hommage mérité rendu à cette école qui depuis sa création semble évoluer en parallèle et en interaction avec les Rencontres aurait pu être plus généreux et aurait certainement dû être communiqué davantage au public pour éviter les questions comme : « C’est quoi le thème des Rencontres cette année ? »

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