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Ultralab:Zones d’Action Autonomes Graphiques

Trajets vers l’Ile de Paradis

Alors que « l’Ile de Paradis », vaste et hybride dispositif multimédia entraîne les visiteurs dans un Jeu de Paume reconstruit à la manière d’un terrain de jeu vidéo. le visiteur devient joueur et explorateur. Pour mieux découvrir cet univers parallèle étrange, envahi par la mer et parsemé d’îlots paradisiaques, nous vous invitons à refaire un voyage rétrospectif dans les Zones d’Action Autonomes Graphiques d’Ultralab.

Voir en ligne : http://www.magda-gallery.com/fr/ult...

Les graphistes depuis quelques années sont passés du rôle d’humbles serviteurs de la science éditoriale et des arts à la revendication d’une discipline à part entière. Quelques excès ont résulté de cette transition rapide et des justes exigences de reconnaissance d’un droit à la création. Certaines réalisations de commande prenaient la part la plus importante au détriment du travail à designer. Plus récemment une autre phase plus positive a vu la naissance de ce mouvement que je nommerai graphisme plasticien. Par la diversité de leurs propositions comme par la mise en place d’une économie de production spécifique le groupe Labomatic/Ultralab en est un des meilleurs représentants.

Comment leur territoire se définit par proximités

Un graphisme politique né de la mouvance de 68 et de l’influence, puis de l’éclatement du groupe GRAPUS a engendré des structures collectives comme Les graphistes associés (autour de Vincent Perrotet), Nous travaillons ensemble (autour d’Alex Jordan) ou Ne pas plier. Si les premiers insistent dans leur dénomination même sur l’activité commune au sein d’un graphisme militant, en réaction à une politique d’auteur, le programme plus politique énoncé par la négation du troisième repose sur la double orientation design graphique avec Gérard Paris Clavel et photographie avec Marc Pataut. Leur présence au coeur de différentes luttes radicales (sans papier, droit au logement etc) et leurs productions de tracts, affiches, flyers réappropriés par les personnes en lutte montrent cette volonté d’affirmation mixte au service d’une cause.

D’autres initiatives françaises comme celles de Laurent Malone et Francine Zubeil pour la création de la structure éditoriale L’Observatoire (livres, revues, puis campagnes d’affichage) montrent une évolution semblable qui part d’un positionnement plastique sur le rôle de l’image dans l’espace public. La transformation de cette initiative en laboratoire de création et de diffusion,LMX, par Laurent Malone et Claire Dehove témoigne de l’ évolution de leur réflexion. Les différentes manifestations de LMX en écoles et centres d’art ou dans le cadre du mécénat culturel de la Caisse des Dépôts et Consignations prouvent la reconnaissance par le milieu artistique de leur action. Les collaborations menées avec des graphistes de première importance comme Rudi Baur ou des artistes de renommée internationale comme Antoni Muntadas montrent le double champ d’exigence prospective qui se matérialise actuellement par une structure de diffusion. Celle- ci est rendue possible par une réflexion sur l’économie de la distribution des produits culturels.

Par ailleurs un autre courant que l’on peut dire post-moderne mène une action critique sur le fonctionnement social de l’art hérité du mouvement conceptuel. Cela aboutit aujourd’hui à des productions comme celles du groupe Bureau d’Etudes dont les expositions , interventions et publications mettent en perspective la situation de la scène artistique à l’aide de graphismes, courbes , statistiques, généalogies dans une sociologie critique revendiquée. Philippe Mairesse avec GRORE Images, agence de photographies trouvées qu’il réinjecte dans le circuit de la communication culturelle, puis avec Accès Local, structure de propositions artistiques, pose les questions de la diffusion de l’art aujourd’hui. Labomatic participe de ces courants notamment par la mise en place de la structure Ultralab, qui ne fonctionne qu’avec trois de ses membres sur huit mais associe souvent des artistes, techniciens ou théoriciens invités en fonction des évènements auxquels ils sont conviés en tant que plasticiens.

Comment ils renouvellent l’héritage des Immatériaux et actualisent des TAZ

On n’a pas assez spécifié comment diverses attitudes contemporaines comme celles mentionnées ci-dessus mais aussi des intiatives éditoriales comme celles de Crash, ainsi que diverses propositions d’expositions comme ZAC 99 devaient à l’exposition "Les Immatériaux" présentée à Beaubourg en 1989. Sous l’influence de la pensée de Jean François Lyotard mais aussi grâce à un travail collectif cette exposition et son catalogue ont institué un modèle mental de création dont Labomatic/Ultralab reprend diverses avancées notamment en tant que fabricants de concepts modulaires. Un autre livre culte pour cette génération de créateurs est l’essai de Rachid Bay qui étudie chez les très jeunes musiciens, graffeurs, hackers la constitution de TAZ Temporary Autonomous Zones, en français Zone d’Autonomie Temporaires, Ces zones doivent beaucoup à l’enrichissemnet en actions ponctuelles de propositions déjà amorcées par l’Internationale Situationniste qui opposent à l’institution des alternatives critiques et même révolutionnaires. Par leur système indépendant de production comme par leur attitude critique Labomatic/ultralab se donne aussi la capacité d’instaurer de tels espace que je désignerai comme Zones d’Actions et d’autonomie graphique.

Comment le Bulldozer Graphique a permis Ultralab et la mise en chantier d’Ultracity

Réunis en goupe variant de six à huit personnes Labomatic a réussi à fonctionner selon une économie lui permettant de ménager des marges de production. Grâce à cette autonomie partielle ils ont pu publier pendant quatre ans la revue Bulldozer sous forme d’affiches-catalogues. Pour mieux définir leur territoire et du fait de la situation de reconnaissance encore du graphisme il y a quelques années ils ont décidé de consacrer chaque numéro à un graphiste ou à un groupe sensiblement de leur génération. Ils se sont gardés la responsabilité de la mise en page, en lien avec les productions de leur invité. Ils ont fait connaître ainsi, souvent grâce à un entretien et à la reproduction de réalisations du créateur retenu les démarches de Evans & Wong dont nous déplorons l’arrêt récent du catalogue de diffusion d’oeuvres plastiques et de design. Ils ont consacré d’autres numéros à Yorgo Tloupas responsable entre autres du design graphique de Crash, à l’agence H5 qui a développé ses créations centrées principalement sur la typographie au domaine de la musique (Label Solid, Alex Gopher etc) ou aux approches anticonformistes d’un Yohannes Camps Campins appliquées à différents domaines de communication.

Une certaine reconnaissance institutionnelle et privée du graphisme, liée à l’absence d’approches théoriques et critiques leur permet d’envisager aujourd’hui de préparer une nouvelle version plus conséquente de Bulldozer au format revue. Entre temps ils ont multiplié les collaborations avec des créateurs de tous horizons comme Florence Lebert, Samuel Bianchini, Nicolas Moulin… qui leur ont permis de nourrir cette nouvelle formule. Un noyau dur composé de Frédéric Bortollotti, graphiste et concepteur, Claude Nicolas Ledoux, plasticien venu au graphisme et Pascal Béjean, issu de la photographie a décidé la mise en place dUltralab. Ce fonctionnement en double instance de création modulée permet des passerelles d’une discipline à l’autre. Chaque situation plastique mise en place part d’un concept de fiction elle même modulaire qui débouche sur le recyclage d’outils de communication adaptés : affiche, flyers, livrets, dépliants. Chacune de ces productions dérivées constitue e en même temps la relecture de ces outils en relation à l’histoire du graphisme moderne.

Intervenant au Havre dans "Les Jardins temporaires" en Juillet 2001 ils ont produit ainsi pour toute intervention un dépliant sur le quartier portuaire de l’Eure un dépliant hérité du modèle des cartes d’orientation distribuées dans les stations d’essence dans le courant des années 60. Invités à Singapour en 2001 par l’atelier Franck & Lee ils exposent une série de photos numériques titrés "Implants" qui reprennent des vues de paysages célèbres partiellemen,t modifiés par des formes en effacement. Elles seraient le fruit de vols effectués lors de l’invasion des armées "d’Inasie" à Singapour. Le modèle de mise en page s’appuie sur un catalogue de vente des années 47 d’oeuvres confisquées par les nazis.Une des plus importantes fiction propose les plans et simulations d’une ville utopique rendue possible grâce aux échanges mondiaux sur internet, Ultracity. Ce projet s’appuie sur un marquage graphique de la peau des villes, avec pour invité Nicolas Moulin qui, à partir de photos d’architecturess réelles créée les structures à assembler pour produire un urbanisme virtuel.

Comment leur inscription dans la ZAC 99 les intronise dans la génération 2001

Le travail collectif d’Ultralab fut sélectyionné pour participer au projet controversé mais symptomatique ZAC 99 qui manifestait l’émergence des nouvelles attitudes souvent du fait de groupes ou d’artistes qui problématisent le fonctionnement de l’art contemporain et questionnent les situations de l’artiste comme médiateur, vecteur relationnel, entrepreneur … Ce fut l’occasion d’une auto-commande autour des propositions des autres participants. Ils ont édité à partir de fragments de leurs oeuvres une "bibliothèque de stickers" qu’ils ont utilisés dans les différents espaces réservés à chacun mais aussi dans le système architectural du bâtiment de l’ARC. Ils en ont ainsi marqué la fonctionnalité mais aussi le caratère contraignant et convenu de l’institution muséale. Comme dans Ultracity ils opéraient un transfert du réel vers le virtuel, travaillant leur espace graphique critique à partir d’un non-lieu potentiel qui se matérialisait seulement dans le regard, la curiosité et le déplacement des spectateurs.

Avec une différence d’échelle qui hors de la formule du stand caractérisait leur initiative. Si un ou deux artistes seulement ont refusé leur intervention c’est qu’ils la ressentaient comme une agression de leur petit territoire artistique, comme si graffeurs ou taggeurs avaient tenté de souiller leur white cube. La très grande majorité des autres artistes ont reconnu dans cette collaboration et dans l’action de sampling plastique qui en a découlé une démarche proche de la leur dans son minimalisme comme dans sa réflexion sur les extra-territorialité de l’art contemporain.

Il faut distinguer dans les réponses qu’ils ont apporté aux commandes institutionnelles celles qui ne s’adressent qu’à Labomatic, agence de graphisme mettant en page le numéro spécial de Beaux Arts sur l’Art dans le monde et d’autres où ils ont pu répondre sur le doublez registre Ultralab/labomatic. Vainqueurs en 2000 du concours organisé par l’AFAA pour sa manifestation internationale Génération 2001 regroupant 115 projets ils n’ont pâs seulement constitué avec grand talent la charte graphique de l’événement mais ont mis en place, en accord avec les organisateurs le 116° projet. Ils ont poussé ainsi les premières ébauches d’Ultracity dans leurs dimensions plus plastiques. Pour cela ils ont produit un cdrom, une édition de cartes postales et un site internet. La diversité de provenance des projets retenus venant de les horizons du globe leur ont permis de s’appuyer sur ce réseau mondial charpente de l’arborescence de leur réalisation multimédia. Et cela toujours grâce à une bonne gestion économique de leurs marges productives appuyée sur une réflexion quant à la distribution et à la médiatisation des productions artistiques. Là encore la mise en action de concepts modulaires a permis cette double réponse.

Comment ils poursuivent une écologie graphique des media, d’Ultracity à l’Ile de Paradis

Dans une des fictions annexes d’Ultracity, ils conçoivent une architecture de bureau susceptible d’accueillir dans des conditions décentes des victimes du système administratif de "la mise au placard". On sait que le nouveau capitalisme mondialiste génère des surproductions d’objets, d’informations, par ailleurs le système supppose une consommation qui laisse à l’écart de plus en plus de populations. Quant à la consommation de produits culturels, d’images d’informations elle entraîne aussi son lot de déchets de plus en plus difficiles à appréhender, à gérer. Même si le souci de l’archive et de son exploitation concerne de plus en plus de structures dans les pays riches et commence à préoccuper de plus en plus de pays en voie de développement ; de nombreux culturels sont débordés par l’importance de la tâche. Les capacités mémorielles des ordinateurs ont centuplé les possibilités de la conservation par numérisation des documents.

Cependant la démultiplication des informations sur internet pose de nouvelles questions quant à la pléthore de matières informatives sans hiérarchie. Ultralab invités par visuelimage.com à participer à l’exposition "from kom merz to dot com" en 2003 à la galerie Magda Danysz proposent une solution économique et ludique sous forme d’une décharge virtuelle structurée en parc de loisirs, Gomipark. Considérant le rôle de matraquage idéologique des parcs thématiques au service d’une économie du loisir on ne peut que s’amuser de la dérision d’une telle perspective. En tant que graphistes au servie de la pensée des autres mais aussi en tant que responsables de commandes quant à leur projet propre on peut considérer cette proposition critique d’Ultralab comme une réalisation de ce que les artistes multimédia Maria Klonaris et Katerina Thomadaki ont défini avec leur festival Astarti comme "une écologie des media". leur prise en compte théorique, économique, contre-idéologique définit ce territoire mixte de graphistes plasticiens en prise avec les mutations du monde auxquelles ils opposent avec bonheur et humour leur propre zone d’Action d’autonomie graphique.

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++INFO++

1er « Satellite » Commissariat Fabienne Fulchéri :

UltralabTM L’Île de ParadisTM (version 1.15) Un voyage au milieu du temps

Jeu de Paume site Concorde du 9 octobre au 30 décembre 2007

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