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« Singulis et Simul » une joyeuse parade de voguing baroque

Une oeuvre de Frédéric Nauczyciel et du Studio House of HMU

Dale Blackheart © Laurent Philippe
Dale Blackheart © Laurent Philippe
Au croisement des arts visuels et des arts vivants Frédéric Nauczyciel mène depuis une dizaine d’années une création performative qui trouve ici sur la scène National d’Orléans un aboutissement avec « Singulis et Simul ». Cette recherche menée avec le Studio House of HMU regroupe sur le plateau toute une troupe haute en couleurs qui s’active composée de danseur·ses, chanteur·ses, performeur·ses dynamisé(e)s par une fanfare et deux clavecinistes.

Voir en ligne : http://www.fredericnauczyciel.com

C’est en 2011 à Baltimore que Frédéric Nauczyciel entre en contact avec des pratiquants du voguing de la communauté LGBTQI+ noire, après les avoir photographiés il décide de collaborer avec eux en créant le Studio House of HMU. Une première invitation au Mac Val dans le cadre de l’exposition collective Situations les incite à performer dans le cadre de l’installation photo-vidéo qui documente leur rencontre, ils poursuivront leurs expérimentations lors d’une résidence au Centre Georges Pompidou. C’est dans ce cadre qu’ils réaliseront ensemble le film Baroque Ball, s’appropriant une cantate de Bach en montrant une performance ménageant des séquences d’improvisation et des règles strictes établissant le processus de création qui se syncrétise dans Singulis et Simul . Ce titre détourne la devise de la Comédie Française en l’inversant pour insister sur ce qui peut faire communauté « être soi même pour être ensemble ».

En préambule à l’arrivée des danseurs une vidéo tournée au moment d’élections en France appelle ce désir de communauté, suivie par deux travellings avant réalisés dans des périphéries du 93 et dans celles de Baltimore. Puis la pièce s’ouvre sur un solo plutôt lent de Dale Blackheart qui décompose sa ligne en autant de figures stylisées rappelant les poses en couverture de Vogue, sa danse s’accélère ensuite jusqu’à la transe aux rythmes de l’harmonie qui parade sur scène. Elle voit ensuite arriver à cour et à jardin des performers agissant comme des pom pom girls, tandis qu’une caméra fixée dans les cintres donne une vue plongeante sur l’ensemble du plateau. En son centre un autre performer conduit un extraordinaire solo au sol géométrisé par la vue d’en dessus et les marques découpées sur le plateau.

Dans sa volonté rétrospective de réactiver l’origine historique du voguing dans les ballrooms de la Harlem renaissance des années 1920, la pièce intègre toutes sortes de musiques et de danse. Le danseur oriental de baladi tradition égyptienne réservée habituellement aux femmes Alexandre Paulikevitch fait une démonstration dynamique de sa sensualité. Nauczyciel lui-même traverse la scène dans une transversale de claquettes. A côté des réadaptations de grands airs baroques accompagnés au clavecin des défilés s’organisent.

Puis un chanteur dans une tenue de tulle rouge, Matyouz Ladurée, jusque là immobile prend le micro pour lancer la parade finale. Une caméra portée sur le plateau donne une autre vision au plus près des différents intervenants présents, en même temps qu’elle nous met en perspective nous spectateurs. Endiablé et bariolé ce final époustouflant montre cette fusion des esthétiques qui transcende la célébration de la féminité dans la communauté transgenre noire américaine vers une fête plus internationale qui se réapproprie toutes sortes de cultures dominantes.

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