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Retours express sur la photographie en Capitale

Roger Ballen
Roger Ballen

Face à une excellente édition de paris Photo 2014 la sélection du Mois de la Photo paraît bien traditionnelle. Du côté du Off, Fotofever ne tient absolument pas les promesses ébauchées l’an dernier alors que Photo Off se maintient à un joli niveau d’exigence. Le mois Off quant à lui proposait quelques belles initiatives.

A ressasser des thématiques rebattues telles que l’intime ou l’anonyme mâtinées d’un peu de géographie méditerranéenne le Mois de la Photo à Paris n’offre que deux perles absolues Dirck Breakman au Bal et Alix Cléo Roubaud à la BNF Tolbiac. Nous y reviendrons


Voir en ligne : www.parisphoto.com

Paris Photo, de quelques face à face à hauts risques

Entrant dans le grand palais on peut choisir l’élégance classique d’un Mapplethorpe portraitiste élégant dans le choix d’Isabelle Huppert ??? ou lui préférer chez Karsten Geve l’expressionnisme plein de tensions et desiderata des affections animales et humaines scénographiées par Roger Ballen.

Si l’on est plus attaché à l’art contemporain et à ses grands représentants faut il préférer les sensibles polaroïds préparatoires de Balthus exposés par Gagosian ou pour rester dans les petits formats s’extasier devant les sublimes portraits mixed media de Kiki Smith chez Pace Mac Gill ?

Veut on s’attacher à l’image anonyme sans qualité on peut défendre le parti-pris du collectionneur avec plusieurs séries très convaincantes de Joachim Schmid ou se réjouir de la découverte d’un très jeune artiste allemand, Sebastian Riemer, élève de Thomas Ruff, qui organise sur le délitement de la matière argentique un des stands les plus réussis de la foire à la galerie Dix9.

Veut on comprendre les enjeux de deux directions de recherche qui se complètent et s’opposent deux galeries se faisant face nous éclairent sur les grandes possibilités du medium. Eric Poitevin risque un accrochage mêlant des séries noir et blanc et couleurs de différentes époques qui prouve la singularité de sa vision proprement photographique. Nus, paysages, vanités et et natures mortes animales expriment la même densité du vivant. Thibault Hazelzet bien que plus jeune développe une recherche d’une portée remarquable. Il sature le stand de la galerie Christophe Gaillard de ses œuvres produites en studio à la chambre 4x5 inches dont la plasticité doit autant au pictural revisité qu’à l’iconique exalté.

Quelques singularités du mois Off

Peut on sauver une foire de sa médiocrité et de sa prétention en y repêchant une seule exposition monographique et un hommage à une galerie pionnière ? C’est le triste constat à faire après Fotofever. Les espaces réservés aux éditeurs pourtant de haute qualité comme les éditions Loco étaient mal concus. Dans le marasme d’images à l’esbrouffe, de stands saturés de reprises ignorant l’histoire de l’art comme celle du medium, un travail d’une grande tenue comme celui que mène depuis plusieurs années Philippe Soussan nous réconcilie avec la recherche. Le projet de l’artiste se bâtit lentement en interrogeant la représentation , ou comme l’écrivait Clément Rosset « Le réel et son double ». La galerie Intuiti de Paris et Bruxelles accompagne cette quête sensible. Les choix toujours aussi pertinents d’Agathe Gaillard étaient l’occasion de revenir sur l’histoire contemporaine du médium avec des œuvres repères. A revoir l’an prochain.

La galerie Satellite poursuit pour son compte son exploration d’une image liée aux pratiques pauvres avec un ensemble d’une belle densité d’œuvres de Yannick Vigouroux. La construction de son univers fragile se poursuit dans les zones littorales avec toutes sortes d’outils qu’il s’approprie ou qu’il invente comme ces sténopés numériques. Les obstacles à une vision directe se multiplient pour donner une version plus tactile des réels quotidiens.

Jouant du caché et du montré Christophe Beauregard après sa série de mises en scène de faux sdf plus vrais que nature, organise une belle mascarade de portraits détournés, au regard mis hors champ dans un jeu de dévoilement Under Cover. Les responsables de la Golan Rouzkhosh Gallery sont aussi les éditeurs de ce nouveau magazine défendant nos productions nationales au nom de la French Touch.

Dans son soutien de la jeune création Olympus accompagne et soutient les étudiants de l’ENSP d’Arles, Photo Off les invitait, Mouna Saboni montrait ses calmes images de Palestine qui ont tant troublé les autorités israéliennes qu’elle y est interdite de territoire, Lila Neutre et Leslie Moquin retour du Japon en exploraient mode et postures, toujours au féminin Sajedeh Sharifi donne une vision iranienne de la femme en mouvement qui répond aux collages engagés de Jeannie Abert.

Un autre dialogue pouvait s’établir avec la toujours exigeante galeriste Basia Embiricos qui nous offrait un travail post conceptuel d’une grande finesse, reprenant l’idée commerciale de banques proposant la personnalisation des cartes de crédit avec une photo ; Victoria Campillo imagine une histoire de l’art contemporain à travers cette collection fictive mais qui renvoie non seulement à l’identité de ses principaux créateurs, mais aussi à leurs protocoles de création.

Emeric Lhuisset poursuit quant à lui son parcours engagé auprès des populations en lutte dont il dresse les portraits en pied dans leur dignité qui nous interpelle. Il présente ici les volontaires de la place Maydan à Kiev dans la latence du pouvoir ukrainien.

Topographie des passions

L’espace Topographie de l’Art présente une des plus intéressantes expositions du Mois Off 2014. Si elle se plie à l’une des thématiques officielles, l’intime, elle en détourne le caractère trop généraliste en lui accolant les deux termes apparemment contradictoires avers et revers. Par delà le jeu de sonorités l’opposition entre les deux mots n’est que partielle. Tous deux ont une connotation négative, si l’on pense avers de la famille d’aversion.

Bien que plus l’intime l’exposition mise en œuvre par Catherine Rebois, artiste et universitaire, pose la question des affects liés au corps. Ces liens peuvent concerner la relation sexuelle chez Antoine d’Agata, l’indéfinition du genre dans les photos et vidéos de Dorothée Smith ou à la maladie mentale chez David Nebreda.

C’est d’ailleurs un des points forts de cette exposition de nous redonner à voir, grâce à la collection de Madeleine Millot-Durrenberger, les œuvres singulièrement dérangeantes de cet artiste dont les troubles schizophréniques sont la source de rituels douloureux. Les rapports complexes aux sens sont traversés par les œuvres d’une autre grande artiste trop rarement vue en France, Ann Mandelbaum, comme Patrick Tosani elle interroge avec subtilité la synesthésie.

La scénographie nous suggère des rapprochements thématiques et formels tout en laissant des respirations monographiques aux œuvres de chacun. On y retrouve avec plaisir les séries de Dieter Appelt, Roger Ballen ou Andres Serrano. S’il est mal perçu en France , contrairement aux pays anglo-saxons d’exercer en tant que critique en même temps qu’artiste Catherine Rebois affronte ses invités prestigieux avec une série de petits tirages noir et blanc mis en tableaux qui révèlent un univers corporel lui aussi très prégnant.

Quand elle s’appuie sur des projets singuliers la photographie actuelle a encore de très beaux jours, cela apparaît encore plus évident si l’on compare le dynamisme de Paris Photo à la médiocre FIAC 2014 sans réelle prise de risque malgré sa volonté hégémonique.

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