Voir en ligne : http://raphael.maze.over-blog.com/
Ses films récents, comme « Culture, Box, Lucidity » ou « Les couloirs du temps », en double écran sont des compositions qui ouvrent à une multitude de voyages et de déplacements possibles du spectateur dans la matière même du film. Le passage de paysages intérieurs à des paysages politiques découle d’images filmées lors de déplacements. Du plus lointain au plus proche, de la Cisjordanie, aux Etats-Unis… Auteur basé au Havre, Raphaël diffuse par de la programmation (Les Soirées « Vidéoscope ») et de l’enseignement (à l’Université du Havre) les formes d’un engagement indéfectible pour la synesthésie des arts avec notamment « l’exploration et la relation entre musique et film expérimental ». Entretien :
Corinne Peuchet : « Ton contact avec les programmations de cinéma expérimental pendant tes études, puis ta période dans les collectifs d’artistes t’a incité à t’éloigner des expositions et dispositifs de l’art contemporain, des thématiques, des installations, pour entrer dans un travail d’auteur de cinéma. Tu apprivoises ce que peut être un film expérimental. Peux-tu évoquer ces années d’expérimentation sur la structure, du found footage à ta propre écriture graphique ? »
Raphaël Maze : Les premiers films que j’ai vus étaient projetés à l’Ecole d’art du Havre au début des années 90, J’étais un étudiant en recherche de marge, d’images et de (non-) sens, ces films dans leurs formes et leurs structures opéraient une dérive de l’image, de glissement du temps, de frontières, de langages dressaient d’autres horizons, celles d’accélérations dans la lenteur de ma construction d’artiste. J’ai retenu les battements des pulsions / pulsations des films de Paul Sharits ,le graphisme des films peint de Len Lye, des films qui retracent une dimension bien antérieure à nous, un souffle premier, de notre cerveau antérieur, d’énergie…les rêves de tribus urbaines. Ces films ont mis en avant et en jeu le rapport au sonore. Ceux réalisés avec des matériaux trouvés « le found footage » créent, par le détournement, d’étranges compositions visuelles et sonores. Le ruban filmique contient des photogrammes et une piste sonore optique ou magnétique qui permet de recombiner des reliefs sonores. Autant de possibilités de (dé)jouer la relation musique/film.
Tout en accumulant des bobines 8, super 8, 16 mm, je tournais en super 8 et en vidéo. Plus tard, j’ai réalisé une installation d’agrandissement de photogrammes découpés provenant de cette collection. Les films « Up&down » , « Absence » sont réalisés avec des pellicules et des négatifs « trouvés », assemblés à mes images, puis numérisés. Je recherchais une fluidité, une forme de narration. Par la suite, j’ai utilisé la forme du double écran avec des films projetés en super 8 et joués en public. Ces improvisations musicales venaient en écho avec le journal filmé projeté.
En 2007, avec le mobile je commence la série des Situation ( Situation 1.1 Situation 2.2 Situation 3.3 Situation 4.4). La vidéo mobile est mixée avec d’autres sources ; la variété des supports, du 3G +, dv cam, au super 8, offre différentes vitesse de balayement et de textures. Ces films créent une relation au rythme, par le défilement à très grande vitesse, le montage flicker, la surimpression qui produisent un relatif accident.
Corinne Peuchet : « La narration est présente de plusieurs manières dans tes films. Elle prend sa source dans les collaborations que tu inities, qui se traduisent par des échanges d’images, de fichiers. Ces collaborations témoignent d’une communauté d’auteurs qui défendent des idées similaires aux tiennes…jusqu’à éditer un film « manifeste » sur le cinéma expérimental. Comment situes-tu ton engagement ? »
Raphaël Maze : La narration se situe dans le lieu et dans l’échange avec d’autres auteurs, j’ai proposé à Edson Barrus et yann beauvais de m’envoyer des fichiers 3G+ , le fruit de ces envois est devenu le film « Multitude », addition de séquences liées à des géographies différentes http://www.yannbeauvais.fr/. Le film avec Abigail Child , « Situation 2.2 » est un manifeste du film expérimental. J’ai interviewé Abigail au téléphone, de nuit, en recherchant à définir ce qui caractérise la vidéo et le cinéma expérimental dans son refus de la symétrie, d’une normalité, du rapport simpliste au pouvoir, des archétypes. En voici un extrait : « What I think experimental film and video art is a kind of refusal » (« Selon moi, le cinéma expérimental et l’art vidéo sont une forme de refus »), « …So when we talk about experimental film, it is really the common experience of our lives that has been silenced. And we are refusing that silence »( « …Donc, lorsque l’on parle de cinéma expérimental, on parle en vérité d’un vécu commun passé sous silence. Et c’est ce silence que nous refusons ») : http://abigailchild.com/ Je crois qu’il existe une communauté d’auteurs, avec qui ont se sens en filiation, des cinéastes des musiciens...
Corinne Peuchet : Les deux derniers films puisent dans des images issues de notre collaboration et voyages communs en Cis Jordanie et à NYC . Ce sont des propositions de croisements entre rythme et Histoire, strates et sites. Comment opères-tu cette périlleuse jonction entre des choses invisibles et le politique ?
Raphaël Maze : « Les couloirs du temps » et « Culture / box / lucidity » sont deux approches de la question. Ce qui fait lien est le passage d’un paysage intérieur à un paysage politique qui contient comme tu le présentes dans ton travail des strates historiques. C’est le cas des images tournées au Proche-Orient. Dans « Les couloirs du temps » l’idée du road movie était le point de départ de cette traversée de la Cis-Jordanie, nous captions des images des Territoires en rétablissant une fluidité, comme une jonction à un dépassement possible de cette situation. L’usage du super 8 et de la vidéo a intensifié la matière de l’image, lui conférant une charge onirique, très claire. Le dispositif retenu du double écran replace le film dans un espace de dialogue , avec le diptyque, c’est le politique que nous suggérons.
Dès l’ouverture du film « Culture/ Box / Lucidity » (un seul écran), - je parle d’ouverture comme en musique - l’écran reçoit les battements lumineux, de plus en plus rapides. L’image nous apparaît, la musique augmente, nous commençons à discerner ce que nous voyons, mais déjà, les paysages industriels et désertiques viennent par rencontres et fracas suggérer un autre état de la présence de ces images, très personnel. Ce que nous voyons, par association et par imprégnation développe un nouvel espace ; cet espace se (re)compose.
Des vues du Proche-Orient, des Etats-Unis, d’Europe forment une représentation chaotique, de signes, de lignes de constructions graphiques, intensifiés par un noir & blanc très contrasté, la dimension sonore est là, cette fois-ci, en contrepoint de l’image.
Corinne Peuchet : Depuis 2009, ton travail sur le rythme te mène à une construction des films comme des « compositions ». Paysages sonores, traduction de partitions musicales, vers quelle forme de production et de diffusion souhaites-tu aller ?
Raphaël Maze : Je développe depuis le début des collaborations avec des musiciens, Emmanuel Lalande http://www.piednu.fr/, Jacques Brodier , http://ascendre.free.fr/radio/details/filtrederealite.html, id m theft able (USA) http://www.kraag.org/id/. Les musiques et les banques sonores qu’ils fabriquent sont la continuité de mes images. Nous partageons un univers commun. Ils multiplient dans le champs sonore leurs explorations de paysages graphiques. Actuellement nous travaillons à un projet de film qui comporterait plusieurs pistes sonores possibles, un film pour 8 musiques. Je prépare avec ce projet des lieux de résidences où le film sera joué, retravaillé. Cela prendra du temps….
Aux USA, en Allemagne, Hollande, et en France, un peu partout, on montre ces films. Ces films s’attaquent aux diverses formes de représentation, avec humour, distance, jouant du temps comme des durées. Il faut garder la notion d’auteur, de cinéma d’auteur qui n’est pas nécessairement élitiste, car il n’est pas non plus dans une course à la technique et aux gros moyens. En France, des coopératives et des diffuseurs tels que le CJC, Light Cone proposent une liste importante de films expérimentaux. Ils sont à l’initiative de manifestations en France et ailleurs. Il existe à Paris le festival Pocket films qui présente chaque année des programmations d’une très grande variété, avec beaucoup d’énergie.
Au Havre l’association ELUPARCETTECRAPULE propose depuis le début des années 90, des projections régulières de films en format 16mm, Beta SP, http://eluparcettecrapule.over-blog.com/. Depuis le mois de mai dernier, le centre Le 116, au Havre organise les « soirées vidéoscope », où l’on peut voir des films dans leurs premières présentations et d’autres qui ont fait date dans ce domaine. http://le116.blogspot.com/
Liens http://www.festivalpocketfilms.fr/edition-2009/seances-speciales-pocket- films/article/etudes-de-mouvement-mcinnis
http://www.lightcone.org/fr/cineaste-1649-raphael-maze.ht
http://www.anthologyfilmarchives.org/download/anthologycal2.pdf