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Quand les points photographiques convergent vers la ligne d’eau

Entretien avec Viviane Zenner

Reflets
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Viviane Zenner expose actuellement une série photographique qu’elle regroupe sous le titre « Quand les points photographiques convergent vers la ligne d’eau » A découvrir jusqu’au 2 juin à la porte des allemands, Metz

Voir en ligne : https://metz.fr/actus/2024/240410_e...

Pauline Lisowski : Le paysage, genre qui traverse l’histoire des arts, suscite une réflexion contemporaine influencée par les enjeux climatiques. De quelle manière te positionnes-tu pour donner à voir différemment les paysages et notamment le fleuve, La Moselle  ?

Viviane Zenner : Mes photographies au ras de l’eau entretiennent un mystère tout en engageant silence et immobilité. À guetter les trouées du monde par le cercle étroit du regard, je m’apparente à un ermite transposant les zones d’évaporation sous l’emprise de l’instant.

PL : Tes photographies révèlent les milieux qui bien souvent échappent au regard, à l’occupation humaine. Quelle est ton attitude face au paysage  ?

VZ : Mes images insistent sur les étendues au bord de l’immobilité comme si j’étais déjà dans une image.

PL : Ce cours d’eau, témoin de la vie, de flux, de rythmes, de variations de lumière, t’inspire de nouvelles postures, non plus en face, mais dans le paysage. Comment ce changement t’incite-t-il à envisager des cadrages et à déclencher ton appareil photo  ?

VZ : Ce cours d’eau et surtout ma position dans le canoë mené par Damien Montovani — un athlète de haut niveau — me permet de mieux prendre en compte la ligne d’horizon. Et cette ligne d’horizon est située à la hauteur des yeux  ! Le fait d’adopter une position basse tout en regardant droit devant moi, ou presque, pour obtenir une ligne d’horizon basse m’a permis d’imaginer des moments de pures présences.

PL : Pour cette exposition, de quelle façon as-tu pensé l’organisation du cheminement de tes photographies  ?

VZ ; L’idée de me saisir par l’œil, de la couleur invisible me permet de découper des limites et par les vertus de l’image, de construire une transgression, un passage au travers des gris si complexes et étendus. Les clichés se lisent dans les faibles contrastes, affirmant que cela va enfin pouvoir être vu.

PL : Brume, ombre et lumière, basculement de points de vue, recherche de là où se pose le regard… Tes photographies inspirent un mouvement, des ouvertures vers des ailleurs où faire l’expérience du rêve, du songe et de la douceur. Quelles sensations as-tu éprouvées en étant sur l’eau  ?

VZ : Je suis toujours imprégnée par un silence que je provoque. L’enregistrement d’un moment n’est pas forcément une saisie de la réalité, mais peut être saisi par tous ces moments vécus en binôme. Échouant par-là, j’ai subtilement été portée.

PL : Un dessin in situ d’Agathe Bokanowski complète ton accrochage. Comment as-tu pensé les relations avec ton travail photographique, notamment par le prisme de la question du temps  ?

VZ : L’infiniment subtil d’une vision intérieure nous est un point commun, comme si tout à coup, tout pouvait disparaître, s’il nous venait l’idée de souffler sur nos constructions si précises et les estomper. Nous travaillons toutes les deux dans le temps d’une éclipse, seulement avec la force de se dire et de se donner une singularité.

PL : À ce dessin s’ajoute la bande-son «  Bruit blanc  » créée par Jean-Sébastien Grunfelder. Son rythme ajoute une expérience d’écoute nous transportant dans les profondeurs. De quelle manière est née cette association entre le son et ta série de photographies  ?

VZ : La création musicale «  bruit blanc  » offre un son permettant de s’isoler de l’environnement, de s’envelopper dans une bulle, éloignée de ces bruits parasites. Regroupant toutes les fréquences audios, cette ambiance sonore reprend le même principe que la lumière blanche, à laquelle je tiens et si présente dans mes images. D’emblée, j’ai su qu’il serait mon pendant et que sa composition transformerait les sons en musique et capterait l’essence de l’eau. Il a su offrir un son qui se mêle au bruit blanc, créant une harmonie naturelle. Comme il le signifie, les gouttes d’eau deviennent des notes, les vagues des accords.

PL : Images, dessins et œuvre sonore invitent à un déplacement du regard et à un voyage intérieur. Tu crées ainsi un dispositif engageant le visiteur à se laisser emporter par le son et par le mouvement, au cœur de tes photographies… Pourrais-tu préciser ton intention  ?

VZ : L’idée de fréquences sonores audibles additionnées donne le vertige à mes images. L’univers du son et celui de l’image se sont croisés, pour faire naitre un fil continu et ainsi laisser aux visiteurs un moment pour appréhender différemment le monde.

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