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Quand l’image amplifiée répare la mémoire

« Echos, versos et graphies de bataille » une exposition de Catherine Poncin

Echos...
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La mission pour le Centenaire de la Guerre de 14 a encouragé de nombreuses expositions de musées de société, où le document est censé seul faire objet de mémoire. Elle a donné aussi son label à la plus singulière des initiatives une exposition de Catherine Poncin en résidence aux Archives départementales du 9/3 qui sait que l’œuvre de mémoire ne peut s’accomplir sans une mémoire créative des images, en interrogeant leur statut et leur destin, indéfectiblement lié aux mots.

Voir en ligne : www.fillesducalvaire.com/fr/artists...

Au recto c’est une carte postale envoyée du front par un soldat de la première guerre mondiale qui s’épanche au verso pour ses proches et sa bien aimée restée à l’arrière. Au front c’est l’enfer des tranchées et des bombes, dont on n’entend les échos que par les confidences manuscrites qui allègent la situation à renfort de pudeur et de mots des pauvres gens. La célébration du centenaire de 1914 se profile ici dans le passage de destins individuels sacrifiés à un collectif reconstitué par Catherine Poncin grâce à l’invitation que lui a faite le conservateur des Archives Départementales de la Seine Saint Denis à Bobigny. Guillaume Nahon qui atteste de ce corpus et de son double statut : « Documents anodins, anecdotiques, instantanés, quand ils sont appréhendés isolément, les cartes postales conquièrent une force visuelle et narrative exceptionnelle une fois rassemblées en collection. »

Dans le drame historique qui se joue en ce début de siècle l’artiste recrée un ordre dans un parti pris de fiction anachronique. Elle y distingue les motifs des paysages et bâtiments, sujets rectos, dont elle identifie le choix à des « Passages de paix. » Ceux – ci restent cependant liés au voyage, au déplacement programmé des troupes, une plaque de rue dans la ville d’Orléans semble en tracer la destination « Passage de la Paix Conduit à la Gare ». Le terrain des conflits, le lieu des carnages défendu pied à pied, devient « Terres de chair ». Pour mieux cerner le territoire de ce que les médias appelleraient aujourd’hui les victimes collatérales Catherine Poncin a choisi de recourir à un second corpus. Ces photographies des dommages de guerre transmises à l’administration par les victimes à fin de dédommagement elle permettent à l’artiste de montrer en les rephotographiant ces civiles qui subissent les rigueurs de l’arrière , elle les évoque comme « Les encendrées ». Ses cadrages comme ses agrandissements leur redonnent visibilité et dignité.

Comme il faut trouver les mots pour dénoncer cette tuerie, cette boucherie sans nom, comme il faut tutoyer ces massacres elle puise dans le trésor calligraphié, reconstruisant une rumeur de messages toujours « En attente de réponse ». Composés, travaillés bout à bout par une syntaxe du désespoir, vocables et verbes d’action sans conséquence s’affichent, aussi bien sur la façade du bâtiment départemental que sur les palettes qui les recueillent pour mieux être lus à haute voix. Encore font ils l’objet d’une autre version, celle d’une création sonore de Jean-Louis Dhermy qui surenchérit sur ce mode d’écriture en plaçant sa pièce électro-acoustique sous l’égide des « Cadavres exquis ». Si la référence semble d’époque, dans la concomittance qui lie les avant-gardes et l’ère du conflit, cette écriture a moins à faire avec les calligramme qu’avec la violence syncopée par la coupure beat du cut up. Qu’on en juge

JE N’AI BESOIN DE RIEN entre vie et mort entre jour et nuit bougies terrer ligne neige purger IL Y A LA ROULANTE montés descendus panser cafard 90 000 morts ON BRICOLE JOUE A LA MANILLE notre foyer MA CHERIE m’attendre fidèle biscuits cake PASSE LE BONJOUR soupe miel bouillon de riz sucré singe MES CHERS PARENTS au front la glaise zone faction photo de vous ….

Comme le note Michel Poivert dans le préambule du livre d’artiste qui accompagne l’exposition scénographiée ce qui sépare l’historien de l’artiste c’est que ce qui était source pour le premier la seconde en forge un vestige. Cette transformation activée une nouvelle forme de rémanence peut se mettre en action sous le regard effectif du spectateur. Pour mettre en place ce passage de témoin à témoin les outils de conservation sont mis en scène dans le hall public de l’institution. Les boîtes d’archivage aux normes accueillent les originaux du mail art guerrier, et des tables de tris des documents recueillent les agrandissements présentés sans cadre dans des cellophanes de protection. Dans cette proximité elle induit comme le revendique le critique « une connaissance sensible qui réduit la distance qui nous sépare d’une époque révolue. »

Il accompagne l’artiste dans l’élaboration de ses fictions documentaires lui reconnaissant le mérite insigne de puiser « dans la fosse commune de l’histoire des images » pour en retirer des fragments mis en œuvre « au passé amplifié, temps où se conjugue la mémoire des Vaincus. »

En investissant le lieu, en se réappropriant ses outils documentaires Catherine Poncin oblige le visiteur à élaborer son propre parcours, entre images et textes, qui va redonner chair aux clichés d’une guerre risquant avec l ‘éloignement dans le temps de se perdre dans le pittoresque de ses clichés mémoriels.

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