« Il faut que la peinture serve à autre chose qu’à la peinture » René Magritte
Lauréat du Prix Marcel Duchamp 2006, décerné durant la Fiac , Philippe Mayaux fait l’objet d’une étonnante monographie ou l’on découvre une oeuvre essentiellement picturale, qualifiée facilement et abusivement de kistch ou de mauvais goût. Il s’agit avant tout d’une oeuvre complexe ne s’offrant pas à une simple contemplation esthétique. Cette peinture, car il s’agit là du vrai problème, attire, fascine, répulse.
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Philippe Mayaux se plait a mettre à mal notre rapport à la question de la représentation. Prenant le contre pied de la mimésis, il dépasse la représentation du réél pour poser son interrogation sur la peinture. PM semble nous dire d’ arrêter de lire la peinture depuis cette transposition du réel. Que reste il à la peinture pour elle même ?
« Un mètre d’anti Xeusis » (1993) en est peut être la synthèse la plus évidente. Partant de la légende antique de Xeusis, PM compose une succession de monochromes noir, blanc et rouge ou il annule totalement l’idée de mimésis pour en produire une antithèse formelle. Le sujet n’est donc plus dans la retranscription du réél ou de l’objet via le médium mais bien dans l’utilité de la peinture. La peinture se fait alors motif, oeuvre domestique et familière comme semble le conforter l’usage du petit format. Cette peinture, à l’image de la série des « abstractions universelles », ne dit rien, ne laisse rien filtrer. Elle pose la question du non sens. PM tente ainsi une banalisation de la peinture. Si Marcel Duchamp porte l’objet en fonction de sa contextualisation au rang d’oeuvre et si le pop art glorifie l’objet de consommation, la peinture de PM procède à l’inverse d’une banalisation de l’oeuvre au rang d’objet. Ce dégoût de la peinture plastique et cette interrogation de sa valeur ne sont pas sans lien avec la peinture de René Magritte avec lequel il partage un certain goût pour l’humour. On trouve d’ailleurs dés le début de son travail, notamment dans la série « Des références intérieures »,des références nombreuses et revendiquées à certains artistes modernes, Matisse et Giorgio de Chirico aux cotés du BMPT. PM y déploie une art du mixage.
L’art de PM semble donc s’établir dans une recherche des fondamentaux. Aussi bien sur la critique ou le constat d’un après duchamp pictural comme dans les thématiques psychanalytiques qu’il dévoile. Remettant la figure humaine face à ses désirs instinctifs qui « renaissent avec chaque enfant. Ces désir primitifs sont ceux de l’inceste, du canibalisme et du meurtre ».
Le moindre cornet de glace renversé peut devenir un phallus objet de toute les attentions (Glace équivoque), le moindre paysage, une évocation sexuelle comme dans ce petit tableau anthropomorphique au doux titre de Chut l’eden s’écoute, qui semble avoir été peint à l’écoute des vers de La Géante de Baudelaire « parcourir à loisir ses magnifiques formes ; ramper sur le versant de ses genoux énormes, et parfois en été, quand les soleils malsains, lasse, la font s’étendre à travers la campagne, dormir nonchalamment à l’ombre de ses seins ».
Savoureux de toi joue sur ce sentiment amoureux et sur cette pulsion de dévorer l’être aimée, de vouloir goûter à cette chair défendue. Véritable banquet canibale ou les tartelettes de langues, de seins ou de vulves, disputent la place aux baguels de tranches d’organes relevés d’une farandole de phalanges jusqu’aux pièces montées aux formes architecturales complexes, ces séduisantes petites pâtisseries cannibales délivrées de toute violence, nous font saliver d’horreur devant notre propre monstruosité à vouloir y goûter. Il ne s’agit pas d’acquérir une énergie vitale quelconque mais bien de mettre en exergue cette frustrations de l’interdit.
Feuilleter cette monographie, c’est accepter de pénétrer dans cet univers débridé. D’une facture grossière largement revendiquée, PM ne triche pas, ne met aucun artifice. Cette oeuvre loin d’être kitsch ou grotesque, nous met face à notre propre monstruosité.
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