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Paris Photo Retour de foire

Paris Photo 2009 : une bonne cuvée mais pas très longue en bouche !

Fondation arabe pour l'image
Fondation arabe pour l’image
Une foire est une foire, un espace dédié à la présentation de ce que chaque galerie entend promouvoir auprès des acheteurs potentiels ou réels. On peut donc comme chaque année tenter d’y déchiffrer les tendances du moment, remous de l’actualité, replis sur les valeurs sûres, incertitude face aux enjeux de demain. N’étant pas un lieu dédié au approches expérimentales, comme on le sait, une foire est néanmoins un lieu où l’on peut se dévoiler un peu. Cette année rien de cela. Les œuvres présentées sont globalement de qualité mais ce ne fut guère l’occasion de faire de grande découverte. Il semble que l’on ait voulu conforter public et collectionneurs dans les limites du déjà connu.

Voir en ligne : www.parisphoto.fr

La présence arabe à la foire, bien venue et qui promettait beaucoup s’est révélée plutôt décevante. En effet, les oeuvres classiques au demeurant intéressantes présentées par (La fondation arabe pour l’image n’étaient que des photocopies de mauvaise qualité pas digne de l’enjeu ni de la situation. Les œuvres présentées par les galeries quoique de bonne qualité semblaient en fait toutes ou presque épouser les critères occidentaux de la photographie contemporaine, un excès de formalisme pseudo baroque et de sujets consensuels. En tout cas rien qui n’ait eu la pertinence et la radicalité des oeuvres des jeunes artistes palestiniens que l’on pouvait encore voir à ce moment là à l’Institut du monde Arabe.

Visite : Le grand écart Certaines galeries spécialisées montrent chaque année, qui des photos « sans auteur » contemporaines qui des photos anciennes sans auteur ou de grand maîtres. Au-delà de l’attribution ou non d’une photo à un photographe, ce qui importe en fait c’est la possibilité offerte à nous « spectateurs » de faire en quelques pas un voyage irréel, incommensurable et absolument fabuleux en ceci qu’il révèle les deux aspects majeurs de la photographie, la forme d’une mémoire impensable et l’évidence d’une étrangeté non humaine. Il faut rendre hommage à l’exposition particulière proposée par la galerie Baudouin Lebon qui permettait en particulier de découvrir quelques photographies de Gustave Legray (1820-1884). Inventeur de deux procédés révolutionnaires, le négatif sur verre et le négatif sur papier ciré sec, il connaîtra sinon la gloire du moins une reconnaissance sociale importante, ce qui ne l’empêchera pas de finir ses jours dans la pauvreté au terme d’un exil en Égypte qui dura vingt ans, de 19864 à sa mort.

Les photographies de sites égyptiens datent donc d’une époque où ils sont encore peu fréquentés et en l’état où ils ont été abandonnés par le temps. Face à de telles images, c’est un sentiment d’étrangeté qui nous point. Nous avons tous vu tant d’images sur l’Egypte, nous y sommes souvent allés, mais rien ne prodigue un tel sentiment que des images de l’époque des débuts de la photographie. Cette étrangeté est moins due à la quasi absence d’êtres humains, qu’à la présence particulière que la photographie confère à ces ruines et plus encore à ces représentations des dieux sur les murs. L’irréalité implicite de toute image tend ici à resurgir et enveloppe la familiarité de notre regard avec un voile transparent qui fait chaque chose plus intense. Comme si l’intensité de cette vie coite venait faire surgir en nous le tremblement qui nous étreint au moment où l’on pense à la disparition, la nôtre, celle des choses, au moment où, tel un mort de l’ancien empire égyptien, nous nous présentons devant l’assemblée des dieux pour y être jugés.

C’est aussi de jugement dont parlent les images de la Nasa présentées par la galerie Blau .Images de la lune, images de la terre vue du ciel ou vue de la lune, images de saturne voire images de champignons atomiques engendrés par des essais d’armes nucléaires, la Nasa s’impose comme l’une des sources d’images pouvant nous faire vivre un lien entre ce qui relève des connaissances dont l’humanité d’impose et ce qui relève d’une expérience que personne ne fera, à l’exception des astronautes évidemment.

Face à ces images, nous pouvons expérimenter à la fois la fragilité de notre existence et l’immensité de notre ambition, la petitesse de notre corps et la grandeur du cosmos. Mais surtout ce qui nous arrive alors, c’est de faire coïncider ce que nous « savons » et une sensation, c’est de pouvoir enfin nous projeter dans l’univers de voir comme si nous y étions, de faire comme si nous marchions sur la lune en regardant un lever de terre. Bref nous « sommes » alors des humains qui vivent fût-ce pour quelques secondes l’expérience absolue d’être enfin un extra-terrestre.

Jean-Louis Poitevin

Une découverte , Matt Wilson Galerie Les Filles du Calvaire

À différents moments de son histoire et surtout dans les périodes de mutation d’un art il se trouve toujours un créateur pour se ré-emparer des paramètres fondamentaux , ses procédures spécifiques, pour imposer son œuvre. Cette certitude se trouve de nouveau confirmée par les petits tirages couleurs de Matt Wilson.

D’origine américaine on se serait tenté de l’envisager comme le successeur de l’école New color new works tant la couleur apparaît essentielle dans la séduction immédiate de ses images. Mais il est vrai aussi que la taille restreinte, traditionnellement photographique de ses tirages nous invite à une lecture intime de ses petites formes parfaitement composées. D’autant que s’il emprunte ses sujets au quotidien ses images d’une Amérique apaisée sont à l’opposé de la nullissime école européenne du banal.

Chacune travaillant des paramètres techniques tels que profondeur de champ, contrejour, lumière d’ambiance sans flash les met au service d’une rencontre qui pourrait le début d’une aventure, d’une amitié ou d’une autre péripétie humaine. Chaque rencontre potentielle, lieu ou personne, est renforcée par la légende qui accompagne toujours l’image singulière ou la série pour susciter notre imaginaire. Photographié par lui chaque lieu - routes, espaces improbables ou demeures – semble chargé d’histoire personnelle.

Les ensembles d’images constitués marquent les temps privilégiés de ces rencontres, mais toutes les images sont produites pour être vues seules, sans les tics du sériel, et toutes cependant participent d’une même vision.

On retrouve dans une palette colorée pleine de sensualité une proximité aux sujets que Debbie Flemming Caffery a su saisir dans ses noirs charbonneux. On sent une familiarité avec la pratique d’un Alec Soth, sans l’efficacité programmatique du style Magnum, c’est à dire avec une légèreté qui fait œuvre hors de toute tactique, avec la modestie des grands.

Christian Gattinoni

Et quelques images.

Une édition presque austère de Paris Photo où était perceptible l’épuisement d’une photographie de montage et de retouche, l’affaiblissement d’une lignée de copier-coller glamour dont les n-ièmes générations n’ont plus l’éclat du triomphe numérique.

Window from my studio, Prague 1950 de Josef Sudek. Une vitre à demi couverte de gel et de bué et par laquelle on voit un jardin nu, un arbre et une grille. Le jeu n’est plus comme en peinture sur le motif de l’encadrement que produit la fenêtre mais sur sa surface même, la planéité et la supposée objectivité photographiques répondent à la fausse transparence du verre, l’ouverture sur l’extérieur rebondit vers l’intérieur du studio et l’œil de l’opérateur.

U.S. 10, Postfalls, Idaho, August 25, 1974 et El Paso Street, El Paso, Texas, July 5, 1975. Deux beaux vintages de Stephen Shore, démonstration de sa stupéfiante aisance dans la reprise du vocabulaire de Walker Evans. Dans la première image, la vue frontale de la devanture d’un magasin est obstruée par une série de véhicules et de cartons qui semblent déplier une image d’Evans en un diorama couleur. Quatre portes ouvertes dans l’image assurent le passage d’une strate à l’autre de l’image.

Un quadriptyque de Paul Graham extrait de Shimmer of possibilities montre un food store à Washington ou la Nouvelle-Orléans. Des voitures et camions passent sur la route tandis que quelques piétons traverses. Les images sont toutes de même format, encadrées séparément. Si l’effet est moindre que dans la version imprimée, Graham trouve tout de même un point d’équilibre entre séquence, narration et pure contemplation.

Plusieurs diptyques extraits de Déplacement de site, 2007, travail subtil d’Eric Baudelaire qui, ayant pris un ensemble d’images dans la région de Clermont-Ferrand a demandé à un photographe indien de reprendre en Inde même des images les plus semblables possibles dans leur cadrage, leur sujet, etc. On se souvient peut-être du coup de cet artiste qui avait commandé en Chine une centaine de monochrome rouge pour vendre sur un stand de la fiac aux allures de hard-discount. La démarche d’Éric Baudelaire est proche de ce geste mais ce qu’elle perd en polémique, elle le gagne en qualité et en intelligence. Le photographe indien qui réplique existe ici comme photographe autant que comme prestataire et la question du lieu de production prend un tout autre sens, les images produites se dévisagent plutôt que de seulement se délocaliser.

Snyder, Texas, 2005 de Mitch Epstein est extrait de sa série American Power. Le tirage en grand format de cette station-service fait le lien entre la modestie du lieu et l’ampleur du sujet qu’il recouvre. La manière dont Epstein affronte son sujet en laisse voir les ramifications dans et hors de l’image. Hors de toute mise en scène ou réalité augmentée, il produit une image quasi-parfaite, d’une imposante puissance et dont la dimension documentaire vient nourrir la force plastique.

Nicolas Giraud

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